La grande histoire des chan­son­niers Jean-marc Laurent

Der­nier théâtre de chan­son­niers à Pa­ris, le théâtre des Deux Ânes cé­lèbre ses 100 ans cette sai­son. Une libre ré­pu­blique du rire et de l’hu­mour po­li­tique di­ri­gée de­puis 1995 par Jacques Mail­hot.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Entre place Cli­chy et Mou­lin Rouge, la fa­çade Art­dé­co du théâtre des Deux Ânes marque l’an­crage de l’éta­blis­se­ment dans le Pa­ris des an­nées 1900. 100, bou­le­vard de Cli­chy, l’adresse est his­to­rique.

Sa des­ti­née avait dé­bu­té en 1905 avec l’ou­ver­ture de la Ta­verne des Truands, ca­ba­ret au dé­cor mé­dié­val. Il chan­ge­ra sou­vent d’en­seigne et de style au fil des modes et lu­bies de ses pro­prié­taires. En 1922 il prend le nom des Deux Ânes, ouvre avec une nou­velle fa­çade et une nou­velle de­vise : « Bien braire et lais­ser dire ».

Der­nier sur­vi­vant des ca­ba­rets de chan­son­niers, il a dé­ci­dé de fê­ter cette sai­son ses 100 ans sous la hou­lette de Jacques Mail­hot. Le chan­son­nier au­ver­gnat, qui y avait fait ses dé­buts en 1978, a ra­che­té et re­lan­cé l’éta­blis­se­ment en 1995.

Tant d’autres théâtres de chan­son­niers ont dis­pa­ru, quel est le se­cret de la lon­gé­vi­té des Deux Ânes ? Une bonne ges­tion fi­nan­cière et sur­tout le re­nou­vel­le­ment de nos pro­grammes. De­puis une ving­taine d’an­nées, nous mi­sons sur le re­nou­vel­le­ment per­ma­nent en fai­sant co­ler nos pro­grammes à l’ac­tua­li­té po­li­tique et so­ciale.

Com­ment com­pose-t-on une équipe de chan­son­niers ? De ma­nière em­pi­rique ! J’ai fait ap­pel aux ca­ma­rades avec qui j’avais tra­vaillé à la ra­dio et à la té­lé­vi­sion. Mes ba­siques quand j’ai ra­che­té le théâtre, ont été Mau­rice Horgues d’abord, mon com­plice de L’oreille en coin sur France In­ter, puis Mi­chel Gui­do­ni, jeune imi­ta­teur qui est tou­jours avec nous. En­suite j’ai fait re­ve­nir les va­leurs em­blé­ma­tiques, Anne­ma­rie Car­rière, Jean Ama­dou… Et quand ceux­ci ont at­teint un cer­tain âge, nous avons fait ap­pel à Jean Rou­cas, Flo­rence Bru­nold… j’ai pui­sé dans mon car­net d’adresses per­son­nel.

Com­ment a évo­lué l’art du chan­son­nier au cours du siècle ? Il a énor­mé­ment chan­gé. Au dé­but du siècle, les chan­son­niers com­po­saient de pe­tits cou­plets, d’où leur nom, en vers. À par­tir des an­nées 50, avec no­tam­ment l’im­pul­sion de Jean Ri­gaux, qui a beau­coup mo­der­ni­sé notre pro­fes­sion, les chan­son­niers sont al­lés vers la prose et le stand­up. Le stand­up ve­nu d’outre­at­lan­tique a été in­ven­té par les chan­son­niers.

La TV a-t-elle fait évo­luer l’art du chan­son­nier ? Ab­so­lu­ment. Elle nous a don­né un bon coup de pouce quand Pa­ris pre­mière m’a pro­po­sé une col­la­bo­ra­tion ré­gu­lière. Ce­la m’a per­mis de ra­me­ner des chan­son­niers sur le de­vant de la scène et sur­tout dans les mé­dias. La té­lé­vi­sion et les ré­seaux so­ciaux sont de­ve­nus une source d’ins­pi­ra­tion im­por­tante pour nous.

Le chan­son­nier se doit-il d’avoir été « vu à la TV » ? Il doit être in­ves­ti dans tous les mé­dias connexes. Un chan­son­nier est au faîte de l’ac­tua­li­té. Ce­la ne sup­porte pas l’iso­le­ment.

Peut-on par­ler d’une écri­ture chan­son­nière ? Il y en a eu une à l’époque où les chan­son­niers écri­vaient en vers. Il y avait de très belles plumes, comme Jacques Grel­lo, Ro­bert Roc­ca, Mau­rice Horgues, Anne­ma­rie Car­rière qui était avo­cate… Et avant eux il y avait des gens comme Noël­noël qui a fait une belle car­rière ci­né­ma­to­gra­phique avec Les vieux de la vieille. Mais cette écri­ture évo­lue. L’hu­mour est gé­né­ra­tion­nel.

Quels sont vos maîtres chan­son­niers ? D’abord Ro­bert Roc­ca, l’in­ven­teur du chan­son­nier mo­derne. Jean Ri­gaux et Mau­rice Horgues m’ont aus­si beau­coup in­fluen­cé.

Peut-on par­ler d’une école Deux Ânes ? En tout cas d’un style. On conjugue les pres­ta­tions in­di­vi­duelles en pre­mière par­tie, de type stan­dup, et en se­conde la troupe joue une re­vue d’ac­tua­li­té à la ma­nière du Splen­did’ des an­nées 70.

Com­ment s’or­ga­nise une jour­née de Jacques Mail­hot ? Le ma­tin j’ad­mi­nistre le théâtre, l’après­mi­di j’en fais la pro­mo­tion, les re­la­tions pu­bliques. J’en pro­fite pour écrire ma re­vue de presse et le soir je suis sur scène.

Res­tez-vous at­ta­ché à la presse écrite ? Je suis un fan ab­so­lu. Et j’aime le jour­nal pa­pier. Il me faut ava­ler 2 ou 3 quo­ti­diens chaque ma­tin, Le Pa­ri­sien, Le Fi­ga­ro… Le Monde l’après­mi­di et l’édi­tion de Riom évi­dem­ment de La Mon­tagne, mes ori­gines, que je lis à Pa­ris sur in­ter­net.

Com­bien de nou­veaux spec­tacles par an ? Deux à trois, en fonc­tion de l’évo­lu­tion et de la ri­chesse de l’ac­tua­li­té. On met le pre­mier en route dé­but oc­tobre. Théo­ri­que­ment on le joue jus­qu’en fé­vrier. On fi­nit la sai­son avec un deuxième spec­tacle et si il y a de gros évé­ne­ments entre­temps, on en crée un troi­sième.

Quel est le pu­blic des Deux Ânes ? Il y a une grosse mixi­té. Une clien­tèle pa­ri­sienne for­cé­ment. Une clien­tèle pro­vin­ciale très forte. On fait par­tie du pé­le­ri­nage pa­ri­sien. Il y a un cir­cuit Co­mé­die fran­çaise, théâtre de bou­le­vard et Deux Ânes, entre deux mu­sées. Et nous avons une clien­tèle fran­co­phile et fran­co­phone dont nous sommes un peu le point d’an­crage au pays ma­ter­nel.

Com­ment ima­gi­nez-vous le pro­chain siècle des Deux Ânes ? Les fu­turs au­teurs et met­teurs en scène uti­li­se­ront de plus en plus la vi­déo, les écrans led, dans notre es­pace scé­nique ré­duit. Et la nou­velle gé­né­ra­tion ap­por­te­ra un re­nou­veau dans l’écri­ture, dans le lan­gage. Je suis en re­cherche de nou­veaux ta­lents, de nou­velles écri­tures.

JACQUES MAIL­HOT. Le chan­son­nier nous ouvre les portes du théâtre des Deux Ânes : « Dé­jà 100 ans, tou­jours mor­dant ! ». PHOTO AFP

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