Une aven­ture entre la langue et la mé­lo­die

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Grand angle - Pro­pos re­cueillis par Pierre-oli­vier Feb­vret

Le pia­niste ja­po­nais No­buyu­ki Na­ka­ji­ma, com­po­si­teur et in­ter­prète, a pro­po­sé des ar­ran­ge­ments si « dé­li­cats et émou­vants » à Jane Bir­kin lors d’un concert au Ja­pon, qu’elle a eu en­vie de pro­lon­ger ces ins­tants. Il s’est im­mer­gé dans la mu­sique de Serge Gains­bourg, comme Serge Gains­bourg s’était noyé dans les pages du grand ré­per­toire.

Ex­pli­quez-nous votre ren­contre avec la mu­sique de Serge Gains­bourg. Est-elle connue au Ja­pon ? J’ai fait connais­sance avec l’uni­vers mu­si­cal de Serge Gains­bourg lors de ma ren­contre avec Jane Bir­kin, à To­kyo. C’était au mois d’avril 2011, nous nous sommes ren­con­trés quand elle est ve­nue toute seule au Ja­pon pour ap­por­ter son mes­sage de sou­tien aux si­nis­trés de Fu­ku­shi­ma. Lors de sa tour­née à l’étran­ger Via Ja­pan à la­quelle j’ai par­ti­ci­pé, toutes les mu­siques jouées étaient celles de Serge Gains­bourg. Comme les pa­roles, les moyens d’ex­pres­sion et les élé­ments com­po­sants les mor­ceaux ne sont pas si simples, toutes les chan­sons de Serge Gains­bourg ne sont pas gé­né­ra­le­ment connues au Ja­pon. Mais par exemple L’aquoi­bo­niste est une chan­son très connue car c’était la mu­sique d’une sé­rie dra­ma­tique ja­po­naise. Et si on prend un autre exemple, La Ja­va­naise, cette mu­sique est pour les Ja­po­nais to­ta­le­ment as­so­ciée au chan­teur Serge Gains­bourg.

Se­lon vous, quel est le vé­ri­table ta­lent de Serge Gains­bourg dans l’uti­li­sa­tion du grand ré­per­toire ro­man­tique ? Sait-il par­fai­te­ment

Une chose très im­por­tante que je vou­drais dire, c’est que par­mi tous les com­po­si­teurs de la grande pé­riode ro­man­tique choi­sis par Serge Gains­bourg, ne fi­gurent pas de com­po­si­teurs fran­çais. Ci­tons Bee­tho­ven, Cho­pin, Brahms et Grieg… Tous des étran­gers. J’ima­gine qu’il a lan­cé une sorte d’ex­pé­ri­men­ta­tion et d’aven­ture sur la re­la­tion entre la langue et la mé­lo­die. Je vou­drais dire par là qu’il ne faut pas pen­ser que Serge Gains­bourg s’est conten­té de « col­ler » ses pa­roles sur une belle mu­sique clas­sique ro­man­tique. À vrai dire, je ne suis pas fort en fran­çais, mais je peux ima­gi­ner qu’il a tra­hi l’es­sence même de l’oeuvre clas­sique, mais aus­si qu’il ne l’a pas tra­hie, mais plu­tôt sou­te­nue en la mo­der­ni­sant, en la « dé­pous­sié­rant » et en la met­tant au pre­mier plan.

Com­pre­nez-vous que cer­tains puissent crier au pillage de ce ré­per­toire ? Si on com­prend « pillage » au sens lit­té­ral du terme, on peut crier, mais si on com­prend comme « une sorte d’ex­pé­ri­men­ta­tion et d’aven­ture », ce­la nous rend pai­sible.

Vous vous re­trou­vez entre Serge Gains­bourg et Jane Bir­kin… Quel est votre sen­ti­ment ? J’ai l’im­pres­sion qu’ils ne sont qu’un homme et une femme. Leur re­la­tion est plus trans­cen­dée, c’est­à­dire… Une hu­ma­ni­té et une hu­ma­ni­té.

NO­BUYU­KI NA­KA­JI­MA. L’ar­ran­geur. PHO­TO DR

choi­sir les thèmes… Trou­ver les moyens de les mo­der­ni­ser sans les tra­hir… ?

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