Une le­çon de choses en trois ma­nus­crits

L’his­toire du ly­cée pro­fes­sion­nel Amé­dée­gas­quet (3) res­sur­git à tra­vers des cours d’agri­cul­ture

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont vivre sa ville - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Clin d’oeil de l’his­toire : Le pré­cé­dent ar­ticle de cette ru­brique « Pa­tri­moine » a fait res­sur­gir du pas­sé des do­cu­ments uniques. Des cours dis­pen­sés vers 1890.

Une lec­trice, Ma­rie­pierre, a écrit au jour­nal en mi­lieu de se­maine : « Le di­manche 4 dé­cembre, j’ai lu avec at­ten­tion votre ar­ticle sur l’agri­cul­ture en­sei­gnée à Cler­mont. Je pos­sède trois livres ma­nus­crits qui pour­raient cor­res­pondre à cette époque… » Ren­sei­gne­ments pris, il s’agit de cours qui re­coupent très exac­te­ment les trois an­nées d’en­sei­gne­ment don­nés vers 1890 par les frères de Saint­vincent­dePaul aux élèves de l’or­phe­li­nat si­tué à l’em­pla­ce­ment de l’ac­tuel ly­cée Amé­dée­gas­quet.

Trois ma­nus­crits

Ces cours de « L’école d’hor­ti­cul­ture de Cler­mont­fer­rand » se di­visent en culture ma­raî­chère (220 pages, 1886), la flo­ri­cul­ture (590 pages, 1887) et l’ar­bo­ri­cul­ture (584 pages, sans date). Ces trois ma­nus­crits ré­di­gés sur des car­nets à li­gnage iden­tiques sont re­liés de­mi­cuir et bé­né­fi­cient d’un épais car­ton­nage mais se montrent dif­fé­rents d’as­pect et de cou­leur, même si les dos portent tous le nom du même au­teur A(nnet) Cha­tain. Au­de­là de la ri­gueur des le­çons pro­di­guées et le foi­son­ne­ment de conseils ju­di­cieux, la lec­ture de ces do­cu­ments nous ra­mène à une époque, la fin du XIXE siècle, où les en­grais chi­miques sont en­core in­con­nus. Les jar­di­niers de ces temps re­doutent beau­coup les « nui­sibles » (cette no­tion a évo­lué au­jourd’hui : NDLR), ani­maux et in­sectes, ré­per­to­riés comme suit : les mam­mi­fères les plus « dan­ge­reux », lièvres, la­pins, mu­lots, sou­ris et cam­pa­gnols « tous friands de feuilles »… les oi­seaux, moi­neaux, char­don­ne­rets, pin­sons, bruants « qui s’at­taquent aux fruits » ; les mol­lusques, es­car­gots et li­maces et les in­sectes dont les clo­portes et les arai­gnées rouges, les han­ne­tons et les cour­ti­lières, in­sectes fouis­seurs « qui sec­tionnent les ra­cines », etc.

À cette époque, ils fai­saient du « bio » sans le sa­voir…

Mais comme la na­ture fait bien les choses ! L’ou­vrage consa­cré à la culture ma­raî­chère se fé­li­cite aus­si des ser­vices ren­dus par les « utiles » : hé­ris­sons, mu­sa­raignes, chauves­sou­ris « dont le ré­gime se com­pose ex­ clu­si­ve­ment d’in­sectes » ; les oi­seaux car­nas­siers et in­sec­ti­vores, cré­ce­relles, éper­viers, éme­rillons, chouettes et bien sûr les pies grièches, les mé­sanges, la fau­vette, les ros­si­gnols, les en­gou­le­vents « sortes de cra­pauds vo­lants, es­pèce d’hi­ron­delles noc­turnes » tous grands ama­teurs d’in­sectes, en­fin les coc­ci­nelles « qu’on ne de­vrait ja­mais dé­truire parce qu’elles rendent de grands ser­vices à l’agri­cul­ture… » y ob­tiennent une men­tion très fa­vo­rable. Une belle le­çon de sa­gesse et de res­pect de la na­ture qui a tra­ver­sé plus d’un siècle grâce à notre lec­trice Ma­rie­pierre, qu’elle en soit vi­ve­ment re­mer­ciée. Con­for­mé­ment à ses sou­haits, ces ou­vrages se­ront dé­po­sés dans une bi­blio­thèque pu­blique pour être mis à la dis­po­si­tion de tous.

Di­manche pro­chain. À dé­cou­vrir, di­manche pro­chain, tou­jours à l’em­pla­ce­ment de l’ac­tuel Amé­dée-gas­quet : une École nor­male d’ins­ti­tu­teurs et une École pri­maire su­pé­rieure de gar­çons.

SAU­VÉS. Les pages de titres des trois livres-ma­nus­crits ti­rés de l’ou­bli. ARCHIVES MP

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