Bien­ve­nue à Las­caux

Le 15 dé­cembre, une nouvelle ère s’ouvre à Mon­ti­gnac. Las­caux IV va faire re­dé­cou­vrir cette mer­veille de l’art pa­rié­tal sous un nou­veau jour, en of­frant, en plus, des cen­taines de pein­tures et gra­vures jus­qu’alors in­vi­sibles.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - La une - Oli­vier Chap­pe­ron oli­vier.chap­pe­ron@cen­tre­france.com

■ GROTTE. Une nouvelle ré­plique de la cé­lèbre grotte a été inau­gu­rée, hier, par Fran­çois Hol­lande, à Mon­ti­gnac, en Dordogne. Elle ou­vri­ra au pu­blic le 15 dé­cembre.

■ IN­ÉDIT. « Las­caux IV » va faire re­dé­cou­vrir cette mer­veille sous un nou­veau jour, en of­frant, en plus, des cen­taines de pein­tures et gra­vures jus­qu’alors in­vi­sibles.

Avec Las­caux II, les vi­si­teurs n’avaient pas les yeux as­sez grands pour em­bras­ser toutes les mer­veilles de l’art pa­rié­tal pré­sen­tées sur le fac­si­mi­lé de la salle des Tau­reaux. Avec Las­caux IV, ce sont tous les sens qui entrent en éveil. Bien sûr, le fac­si­mi­lé de la salle des Tau­reaux, la cha­pelle Six­tine de l’art pa­rié­tal, est tou­jours aus­si ma­gni­fique et émou­vant. Mais en re­pro­dui­sant une ga­le­rie sup­plé­men­taire consti­tuée de ce que les scien­ti­fiques ap­pellent le pas­sage, la nef et l’amorce de la ga­le­rie du Mond­minch, il est dé­sor­mais pos­sible de dé­cou­vrir l’in­té­gra­li­té des par­ties ac­ces­sibles de la grotte. Et de contem­pler 10 % des pein­tures, gra­vures et sculp­tures à ce jour connues dans le monde.

Si la tech­no­lo­gie du vir­tuel est om­ni­pré­sente à Las­caux IV, c’est bien un guide, fait de chair et d’os, qui en­cadre le vi­si­teur dans le fac­si­mi­lé. L’hu­main d’abord, se­rait­on ten­té de dire dans ce mo­nu­ment dé­dié aux sa­voir­faire d’un homme dont on ne sait tou­jours pas pour­quoi il s’est éver­tué à peindre, gra­ver, sculp­ter de telles fresques peu­plées de vaches, de tau­reaux ou en­core de che­vaux à la fois mer­veilleux et énig­ma­tiques. « Quand les ques­tions com­mencent par des “pour­quoi”, moi je n’ai pas la ré­ponse », s’amuse Jean­pierre Cha­delle, ar­chéo­logue au Con­seil dé­par­te­men­tal de la Dordogne, membre du co­mi­té d’ex­perts de Las­caux IV et cher­cheur au la­bo­ra­toire PACEA, à l’uni­ver­si­té de Bor­deaux.

« Il faut faire preuve d’une ex­trême pru­dence lorsque l’on cherche à se mettre à leur place car ils n’avaient peut­être pas les mêmes conven­tions que nous. Mais leur tra­vail est d’une per­fec­tion to­tale, le pre­mier trait de gra­vure sur la pa­roi donne la courbe par­faite, il n’y a pas de re­prise, de re­touche. Quand on re­garde l’en­semble, que l’on voit comment il est com­po­sé, comment les fi­gures se ré­pondent l’une l’autre, comment l’on trouve ici une vache noire et sur la pa­roi d’à cô­té, une autre vache noire lui ré­pond, comment à l’ex­tré­mi­té d’une ga­le­rie on va trou­ver un signe comme un XIII en chiffre ro­main et qu’à l’autre bout de la ga­le­rie on va re­trou­ver le même signe, il y a des choses qui nous échappent com­plè­te­ment ».

La créa­tion du fac­si­mi­lé au­ra tou­te­fois per­mis aux cher­cheurs de faire une belle dé­cou­verte. Grâce à la ma­chine qui a « pixe­li­sé » les pa­rois de la grotte ori­gi­nale en pre­nant seize re­pères au mm2, les cher­cheurs ont dé­cou­vert la gra­vure d’un che­val ja­mais ob­ser­vé jus­qu’alors. Ils ont aus­si beau­coup échan­gé avec les ar­tistes in­ter­na­tio­naux ve­nus re­pro­duire les oeuvres mil­lé­naires sur les gestes et les tech­niques de l’époque.

Une chose est tou­te­fois cer­taine, ces ar­tistes vieux de 20.000 ans étaient pour­vus d’une dé­ter­mi­na­tion à toute épreuve, ca­pables de des­cendre dans des puits, de ram­per dans des boyaux to­ta­le­ment obs­curs pour as­sou­vir leur ob­jec­tif. Avec l’ate­lier, un es­pace où ont été ins­tal­lés des fac­si­mi­lés de mor­ceaux choi­sis de la grotte, le vi­si­teur pour­ra com­prendre grâce à des mi­ ses en re­lief ou des éclai­rages par­ti­cu­liers, la tech­nique jus­te­ment et l’es­prit de groupe qui a me­né là cette en­tre­prise. Une ta­blette en mains, il suf­fit de poin­ter tout ou par­tie d’une pein­ture pour en connaître les moindres dé­tails.

« Les pro­jets in­di­vi­duels dans ces so­cié­tés n’ont pas de place, à mon avis, es­time Jean­pierre Cha­delle. Ce sont des so­cié­tés de pré­da­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Elles doivent avoir une très bonne connais­sance de ce­lui­ci. Et on ne réa­lise pas une oeuvre comme celle­là sans le tra­vail col­la­bo­ra­tif de tout un groupe hu­main qui va pen­dant, sans doute des mois, col­lec­ter des pig­ments, de la graisse pour les lampes, etc., afin d’être der­rière la main de l’ar­tiste ».

Un ar­tiste sû­re­ment fier s’il dé­cou­vrait à quel point, 20.000 ans plus tard, son tra­vail fas­cine tou­jours…

Des « pour­quoi » sans ré­ponse

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

REN­CONTRE. Le pu­blic va pou­voir re­trou­ver la salle des Tau­reaux dans toute sa splen­deur, ici pré­sen­tée par Jean-pierre Cha­delle, ar­chéo­logue (au pre­mier plan) et Jean Clottes, pré­his­to­rien (à droite) mais aus­si

une nouvelle salle où des cen­taines d’autres pein­tures sont vi­sibles. L’en­semble re­pré­sente 10 % des pein­tures connues dans le monde. PHOTOS FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

AR­CHI­TEC­TURE. Le bâ­ti­ment en bé­ton joue sur les angles et la no­tion de cou­loirs et de che­mi­ne­ment.

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