Jane Bir­kin à Cler­mont-fer­rand pour Gains­bourg Sym­pho­nique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - La une - Ju­lien Do­don C’est com­plet. Il ne reste plus au­cune place pour le concert de mer­cre­di à Cler­mont, co-réa­li­sé par la Co­mé­die et la Co­opé­ra­tive de Mai.

« A quel point Serge était un for­mi­dable écri­vain de mu­sique » « La seule chose que je pou­vais faire, c’était les chan­ter bien, pour qu’il pleure »

Serge Gains­bourg lui a of­fert des bi­joux qu’elle continue à por­ter ma­gni­fi­que­ment au­jourd’hui. Jane Bir­kin.

Jane Bir­kin vient, avec l’or­chestre d’au­vergne, cé­lé­brer le Gains­bourg sym­pho­nique. Ce se­ra mer­cre­di. Un évé­ne­ment. Ar­ri­vée à Cler­montFer­rand hier, elle a bien vou­lu évo­quer, avec une im­mense gen­tillesse et une vraie sim­pli­ci­té, ce ren­dez­vous si par­ti­cu­lier.

Pou­vez-vous nous rap­pe­ler le contexte de ce Gains­bourg Sym­pho­nique ? Serge a uti­li­sé beau­coup de mu­sique clas­sique. J’avais par­lé de ce­la à une amie jour­na­liste à Mon­tréal. Quelques an­nées plus tard, de re­tour dans cette même ville avec Mi­chel Pic­co­li et Hervé Pierre pour jouer « Gains­bourg poète ma­jeur », cette co­pine me dit : “C’est fait, le chef d’or­chestre est ok pour faire des concerts avec des or­chestres sym­pho­niques”. J’ai trou­vé ça for­mi­dable, j’ai ap­pe­lé Phi­lippe Le­ri­chomme…

Phi­lippe Le­ri­chomme, di­rec­teur ar­tis­tique his­to­rique de Serge Gains­bourg. Vous avez fait le choix des titres en­semble ? Non, c’est uni­que­ment Phi­lippe. Moi j’ai de­man­dé à No­bu (voir ci­contre) de tra­vailler sur les or­ches­tra­tions. Nous avons fait deux dates au Ca­na­da puis, la Chine ayant fi­na­le­ment an­nu­lé le concert pré­vu à Shan­gaï et de fait l’en­re­gis­tre­ment du disque qui était pré­vu là­bas, nous sommes al­lés à Var­so­vie. C’était ex­tra­or­di­naire ! Cer­taines per­sonnes m’ont dit : ”Nous avions ou­blié à quel point Serge était un for­mi­dable écri­vain de mu­sique”. Ca m’a fait tel­le­ment plai­sir ! Donc entre « Gains­bourg poète ma­jeur » et « Gains­bourg sym­pho­nique », j’ai le sen­ti­ment d’avoir tout fait.

Serge Gains­bourg avait un rap­port ai­gu aux grands, mu­si­ciens, écri­vains, peintres ; il au­rait été… Je crois qu’il au­rait été très très ému. Oui, c’est évident. My la­dy Hé­roïne, chan­son dont peut­être peu de per­sonnes se sou­viennent, est par exemple, in­sou­te­nable d’émo­tion en ver­sion sym­pho­nique. Heu­reu­se­ment Ini­tials BB vient adou­cir un peu, et puis c’est La ja­va­naise… ; c’est su­blime, les or­ches­tra­tions sont ma­gni­fiques.

Comment avez-vous ap­pré­hen­dé la chose du point de vue du chant ? Je crois que j’ai chan­té très bien (rires) ! C’est vrai ! En tout cas sur le disque. No­bu sait que je ne peux pas lut­ter contre un or­chestre, évi­dem­ment. Il a su faire en sorte que je ne sois pas lar­guée. Au contraire on m’en­tend très bien. Je chante bien et je suis contente. On me di­sait… “avec ton fi­let de voix...” Là, je chante, et voi­là !

C’est im­por­tant pour vous cette no­tion de chant, de voix. Oui ! Je veux être par­faite. J’as­sume ce que je suis mais je veux être à la hau­teur des autres et forte pour les autres.

Je ne vou­lais pas évo­quer la qua­li­té même de votre voix, je vou­lais évo­quer la ma­nière de la pla­cer par exemple ? (Rires) ! Non, ça, je n’ai rien mo­di­fié, je ne sais pas faire. Il n’y a tou­jours au­cune tech­nique (rires). Par­don !

Le concert Cler­mon­tois est mer­cre­di. Comment s’ar­ti­culent les jours d’ici là ? Lun­di et mar­di : ré­pé­ti­tion. Lun­di, on com­mence par le pia­no, avec le chef d’or­chestre et No­bu au pia­no. Ce qui est ma­gique, c’est de jouer à chaque fois avec un or­chestre dif­fé­rent. Les mor­ceaux sont les mêmes, mais ils ap­pa­raissent sous un jour nou­veau en fonc­tion des sen­si­bi­li­tés, des cultures, etc.

Cler­mont rai­sonne par­ti­cu­liè­re­ment pour vous ain­si que pour Serge Gain­bourg ? Il a sa rue ici et c’est la seule !

Vous étiez pré­sente lors de l’inau­gu­ra­tion. Oui, bien sûr. Mais, vous sa­vez, j’ai dé­cou­vert Cler­mont lors du tour­nage de « Sept morts sur or­don­nance » avec Gé­rard De­par­dieu, dif­fi­cile à ou­blier ! C’était gé­nial ! Il y avait aus­si Mi­chel Pic­co­li bien sûr. Voi­là… et, ah oui, avec JeanMarc, on s’est per­du dans les vol­cans aus­si un jour. Le brouillard est tom­bé su­bi­te­ment. On a pen­sé mou­rir là­bas. J’adore me ba­la­der dans les vol­cans. Après, pour ren­trer sur Cler­mont, ce n’était pas évident non plus, mais j’ai pu jouer « Electre » et pas mal en plus (rires).

Sans cette re­la­tion par­ti­cu­lière avec Jean-marc Gran­gier, di­rec­teur de la Co­mé­die de Cler­mont, vous n’au­riez pas joué ce sym­pho­nique ici ? La vie est une his­toire de ren­contres, de faits qui… Si je n’avais pas été quit­tée par John Bar­ry, il n’y avait au­cune rai­son que je vienne en France… Je pré­fère les bi­fur­ca­tions plu­tôt que les grands bou­le­vards droits.

Vous évo­quiez votre ar­ri­vée en France. Et votre pre­mière scène ? Oui, en 1987. Au Ba­ta­clan. Pas seule­ment ma pre­mière scène, mais la pre­mière fois que je chante en vrai. Jus­que­là, nous ne fai­sions que du play­back pour les Car­pen­tier. Ni Serge ni moi n’avions chan­té en vrai. Comme tous les ar­tistes de va­rié­té. Serge fai­sait ex­près de sa­bor­der le play­back pour le dé­non­cer (rires). Bref… Ma pre­mière scène… Il fal­lait tour­ner le dos à l’or­chestre, re­gar­der le pu­blic, pfff… C’était une han­tise.

Une han­tise ? Ah oui. Mais tu sais, je n’ai ja­mais vrai­ment pris de plai­sir, sur scène en fait. Ce qui prime c’est de bien faire. L’autre rai­son pour la­quelle il n’y a pas de place pour la sa­tis­fac­tion, c’est qu’il faut une grande concen­tra­tion pour les mots com­pli­qués. Si l’on touche une note bien, il ne faut sur­tout pas s’at­tar­der des­sus si­non tu peux tom­ber vite fait.

Le plai­sir vient en­suite ? Oui. Et je suis si contente lorsque les gens viennent me dire qu’ils étaient émus aux larmes.

A ce pro­pos, quelle est LA chan­son, la vôtre, celle qui est au-des­sus des autres ? La Ja­va­naise peut­être ? Et puis (si­lence…) c’est dif­fi­cile. Les des­sous chics, c’est le meilleur por­trait de Serge. Après Ba­by alone in Ba­by­lone… Il s’agis­sait de chan­sons de l’après. J’étais par­tie. Les des­sous chics, Fuir le bon­heur… Si je com­mence à pen­ser pour­quoi et comment il a écrit Fuir le bon­heur, c’est trop ter­rible…

La seule chose que je pou­vais faire, c’était les chan­ter bien, pour qu’il pleure. Et c’est ce qu’il a fait. Les des­sous chics c’est comme un mi­ni­por­trait de lui. C’est la pu­deur des sen­ti­ments, ma­quillés ou­tra­geu­se­ment rouge sang ; c’était lui, pas moi. C’est se gar­der au fond de soi, fra­gile comme un bas de soie ; c’était lui, pas moi. Il m’a don­né des bi­joux. Lost song avec le sym­pho­nique, c’est ter­rible ! Ton ar­ro­gance me tue. Tu me dis vous après tu…. C’est ter­rible, ter­rible. Il ne faut pas pleu­rer. Les chan­sons que j’aime le plus c’étaient… Oui… Les chan­sons de rup­ture…

À CLER­MONT-FER­RAND. Jane Bir­kin se­ra sur scène avec l’or­chestre d’au­vergne, mer­cre­di, jour de son soixante-dixième an­ni­ver­saire, pour cé­lé­brer une fois en­core le gé­nie de Serge Gains­bourg. PHO­TO NI­CO BUSTOS

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