Un car­net de voyage long de 5 mètres

« Al­lier re­tour aux sources », un le­po­rel­lo édi­té par Luc Oli­vier. Mais les bouillon­ne­ments tech­niques n’ont pas frei­né le cours de ce livre ob­jet des­si­né par Ber­nard Deu­bel­beiss et écrit par Fran­çois Taillan­dier.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Fa­bienne Fau­rie

Quand une puis­sante ami­tié lie un car­net­tiste, Ber­nard Deu­bel­beiss et un écri­vain, Fran­çois Taillan­dier, qui se sont connus sur les bancs d’une école pri­maire cler­mon­toise, ce­la donne nais­sance à un livre, à deux voix, Al­lier re­tour aux sources (Ed. Hau­teur d’homme). Le duo a sou­mis son idée à Luc Oli­vier, édi­teur et pho­to­graphe ins­tal­lé au Puy­en­ve­lay, de re­mon­ter cette ri­vière em­blé­ma­tique du Mas­sif cen­tral de­puis le Bec d’al­lier dans la Nièvre, jus­qu’à sa source au Moure de la Gar­dille en Lo­zère. Et, cette ba­lade au bord de l’eau qui a ra­vi­vé la mé­moire des deux pro­ta­go­nistes, a pro­duit ce livre ob­jet ori­gi­nal.

1 For­mat le­po­rel­lo. « Quand les deux au­teurs m’ont pro­po­sé leur pro­jet, ce­la m’a sé­duit car il cor­res­pond bien à l’es­prit de ma mai­son d’édi­tion qui est de pu­blier sur ce ter­ri­toire Mas­sif cen­tral, re­late Luc Oli­vier. Al­lier re­tour aux sources est un car­net de voyage avec une seule image com­po­sée des des­sins aqua­rel­lés de Ber­nard Deu­bel­beiss. Il se dé­plie sur 5,22 mètres. Au ver­so, le texte de Fran­çois Taillan­dier suit la forme si­nu­soï­dale ca­rac­té­ris­tique de ce livre ob­jet. J’ai choi­si ce for­mat le­po­rel­lo, nom ins­pi­ré du va­let de Don Juan dans l’opé­ra de Mo­zart qui dé­plie ain­si les conquêtes de son maître sur un éven­tail. La réa­li­sa­tion tech­nique, re­liure et pliage, n’a pas été simple, mais le dé­fi a pu être re­le­vé. » La cou­ver­ture de l’ou­vrage est illus­trée d’une pho­to de Luc Oli­vier. Si le ru­ban bleu noué au­tour du livre ac­cor­déon lui confère son as­pect ca­deau, sa cou­leur sym­bo­lise la ri­vière.

2 Deux com­pa­gnons au long des méandres. Gui­dés par l’idée de « ce re­tour aux sources » Ber­nard Deu­bel­beiss et Fran­çois Taillan­dier ont donc re­mon­té le cours de l’al­lier. « On n’est pas très spor­tif, aus­si ce fut en voiture et une par­tie en train, avec le Cé­ve­nol, là où l’al­lier est in­ac­ces­sible dans ses gorges, ra­conte le car­net­tiste. Quand l’un des­sine, l’autre qui écrit peut s’en­nuyer, c’est long une aqua­relle. » Aus­si, pour ne pas ra­len­tir ce re­tour aux sources, Ber­nard Deu­bel­beiss a réa­li­sé de mul­tiples pe­tits cro­quis et pris des pho­tos. « J’ai aus­si une très grande mé­moire, j’en­grange beau­coup. »

Le duo com­plice a pé­ré­gri­né le long des méandres via des pe­tites routes. « On s’ar­rê­tait au gré de l’hu­meur du mo­ment, pour boire un ca­fé, s’as­seoir sur un banc en hau­teur. J’aime bien être les sens en éveil. Les sons et les odeurs montent. Mais, je suis un flem­mard et s’il y a une pe­tite fram­boise, je la croque ! Lors de ce voyage, cha­cun in­flue sur l’autre, en­suite, c’est cha­cun dans son coin, même si on s’in­ter­pelle sur les des­sins ou le texte. »

« Ber­nard des­sine ce qu’il voit, moi, je ra­conte ce que je res­sens, re­lève Fran­çois Taillan­dier. Ce n’est pas un guide tou­ris­tique, c’est to­ta­le­ment sub­jec­tif. J’évoque ce que cette ri­vière ré­veille dans ma mé­moire. C’est vi­vant et per­son­nel. C’est un par­cours lié à des sou­ve­nirs com­muns, à notre ami­tié. L’al­lier de la plaine, m’ins­pire peu. Elle de­vient plus in­té­res­sante à par­tir de Pont­du­châ­teau avec son an­cien port. La ri­vière re­flète ce qu’il y a au­tour d’elle, un ter­ri­toire plus ac­ci­den­té ou plus in­dus­tria­li­sé. Elle se mêle à la vie des hommes. L’ex­pé­rience édi­to­riale est in­té­res­sante. Il nous fal­lait un ar­chi­tecte. Ce fut Luc Oli­vier qui a réa­li­sé quelque chose de pas évident. Avec Ber­nard on est des hé­do­nistes, c’était le plai­sir de se re­trou­ver avec huit jours de­vant nous. »

3 De 3 à 5,22 mètres. Le Le­po­rel­lo a for­mé quelques pe­tits bar­rages sur le cours créa­tif. Mais, fran­chis­sables. Ber­nard Deu­bel­beiss adore peindre les dé­tails, « mettre des des­sins par­tout et des pe­tits bouts de texte comme dans mes autres car­nets Mais, je ne vou­lais pas ri­va­li­ser avec Fran­çois. (rire !) L’une des contraintes, c’était ce for­mat de fo­lie du livre ob­jet. J’ai conçu une ma­quette. Pas évident, de faire un seul des­sin de 3 mètres et de suivre la si­nuo­si­té de la ri­vière. Aus­si, j’ai réa­li­sé mes aqua­relles par tranches, sur des pages de 32 cm qui ont en­suite été col­lées entre elles.

Au dé­part, on pen­sait pla­cer le texte de Fran­çois avec mon des­sin, mais il ne pas­sait pas dans les 3 mètres, ce n’était pas li­sible. C’est Luc qui a eu l’idée de le mettre au ver­so. Et, on est pas­sé de 3 mètres à 5,22 mètres. Ce­la fa­çonne cette ri­vière de mots et m’a aé­ré, cô­té des­sin. Le livre se par­court en lon­gueur face des­sin et en hau­teur face texte. »

SI­NUO­SI­TÉ. Pa­lette bleu ou­tre­mer, verts tendres et pro­fonds, jaune vif pour Ber­nard Deu­bel­beiss et un flux de mots pour Fran­çois Taillan­dier. Le duo de ce livre ob­jet « Al­lier re­tour aux sources ». PHO­TO LUC OLI­VIER

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