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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

ue veulent les Sy­riens ? De­puis six ans que la vio­lence a en­flam­mé leur pays, per­sonne n’a pu vrai­ment ré­pondre avec pré­ci­sion à cette ques­tion. Les uns nous as­surent que « le peuple dans son en­semble veut se dé­bar­ras­ser » du dic­ta­teur Ba­char el­as­sad. D’autres tem­pèrent en af­fir­mant que le pré­sident jouit en­core du sou­tien de cer­tains de ses com­pa­triotes. Bref, c’est le trou noir dans le­quel s’en­gouffrent, pour étayer leurs thèses, tous les ama­teurs de sim­pli­fi­ca­tions et d’amal­games. son socle de par­ti­sans tra­di­tion­nels consti­tué des mi­no­ri­tés – la sienne, les alaouites, mais aus­si les chré­tiens et les druzes no­tam­ment. Même très af­fai­bli, l’état sy­rien ral­lie en­core éga­le­ment des membres de la ma­jo­ri­té sun­nite – celle­là même qui ali­mente l’es­sen­tiel de la ré­bel­lion. « Nos meilleurs al­liés, ce sont les op­po­sants, me confiait un homme d’af­faires de Da­mas en oc­tobre lors de mon der­nier sé­jour sur place. Les op­po­sants sont tel­le­ment di­vi­sés, ils ne nous ras­surent pas. Qui a en­vie d’être gou­ver­né par Daech, Al Qai­da ou même des sa­la­fistes ? », ajou­tait ce Sy­rien, at­ta­ché comme tant d’autres à la pré­ser­va­tion de mate de L’ONU qui a tra­vaillé deux ans en Sy­rie. Croire que toutes les per­sonnes qui vivent dans les zones gou­ver­ne­men­tales sou­tiennent As­sad est faux. Mais de la même ma­nière ju­rer que tous les Sy­riens vi­vant en sec­teur re­belles sont des op­po­sants est éga­le­ment er­ro­né. En­fin, après au­tant de vio­lences, le pré­sident sy­rien ne re­pré­sente pas l’ave­nir de son pays. Il convient d’avoir tout ce­la en tête quand on évoque la fin sou­hai­tée du drame qui se joue là­bas. La réconciliation entre ces com­mu­nau­tés frac­tu­rées par la vio­lence pren­dra des an­nées. De très nom­breux Sy­riens ont en tête le scé­na­rio de l’irak post­2003, un pays sans état où l’ap­par­te­nance confes­sion­nelle prime dé­sor­mais sur le sen­ti­ment na­tio­nal. Ou en­core la Li­bye, pays lui­aus­si plon­gé dans le chaos, li­vré à des mi­lices tra­vaillées en sous­main par des puis­sances ré­gio­nales. Ces trau­ma­tismes hantent beau­coup de Sy­riens. Leur pro­mettre qu’une chute de As­sad re­fer­me­rait du même coup leur mal­heur ne les convainc pas. C’est pour­quoi, faute de mieux, ils se ré­fu­gient vers l’état sy­rien – certes très af­fai­bli au­jourd’hui – plus que vers ce­lui qui l’in­carne, en es­pé­rant qu’un jour vien­dra où une tran­si­tion s’amor­ce­ra. C’est pour cette rai­son que des son­dages comme ce­lui pu­blié par la très sé­rieuse re­vue Fo­rei­gn Af­fairs est si peu com­men­tée : il dé­range car il re­met en cause les cer­ti­tudes de beau­coup de com­men­ta­teurs. Il faut s’in­di­gner des mas­sacres, les condam­ner, re­trou­ver les cou­pables et les ju­ger. Mais il ne sert à rien de nier ce « nou­vel ordre » que la Rus­sie ins­taure en Sy­rie, avec pro­ba­ble­ment bien­tôt un qui­tus qui lui se­ra ap­por­té par la nou­velle ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine. La France, hors­jeu de­puis des an­nées, pour­rait alors faire de nou­veau en­tendre sa voix. Afin de convaincre la Rus­sie d’en­ga­ger dans la fou­lée de sa « fausse vic­toire » à Alep une vraie tran­si­tion qui per­mette de ras­sem­bler les mor­ceaux bri­sés de la mo­saïque sy­rienne, en très grande souf­france de­puis six ans. AL­TER­NA­TIVE. « Convaincre la Rus­sie d’en­ga­ger dans la fou­lée de sa “fausse vic­toire” à Alep une vraie tran­si­tion qui per­mette de ras­sem­bler les mor­ceaux bri­sés de la mo­saïque sy­rienne, en très grande souf­france de­puis six ans ». Pre­mier en­sei­gne­ment : les op­po­sants sont ma­jo­ri­taires, ce qui ne consti­tue pas vrai­ment une sur­prise. Par­mi eux, 24 % des ré­fu­giés sy­riens sou­tiennent des op­po­sants na­tio­na­listes – en gros des mo­dé­rés qui sont les al­liés des dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales – 19,1 % les dji­ha­distes étran­gers – une adhé­sion très loin d’être né­gli­geable – et 9,7 % les is­la­mistes lo­caux. Plus sur­pre­nant en re­vanche c’est que près de 40 % disent sou­te­nir le gou­ver­ne­ment sy­rien. On est loin de la thèse dé­ve­lop­pée no­tam­ment en France d’un « dic­ta­teur seul face à son peuple ». Comme le drame d’alep l’a en­core mon­tré ces der­niers jours, la si­tua­tion en Sy­rie est net­te­ment plus nuan­cée qu’on ne le dit sou­vent. As­sad dis­pose en­core de sou­tiens, au­de­là même de

l’état, plus qu’au main­tien au pou­voir à long terme de Ba­char el­as­sad. Il ne faut pas sur­in­ter­pré­ter les ré­sul­tats de ce sondage. Mais ils sou­lignent une évi­dence : l’ex­trême mor­cel­le­ment de la so­cié­té sy­rienne. On ne peut plus par­ler au nom du peuple sy­rien. Le fos­sé est béant entre l’alaouite de Lat­ta­quié et le re­belle d’alep, entre le ch­ré­tien de Da­mas et l’is­la­miste de Der Ez­zor. Ces ré­sul­tats doivent donc nous in­ci­ter à la pru­dence dans nos ana­lyses. Les adeptes du po­li­ti­que­ment cor­rect de­vraient s’en ins­pi­rer. Du chaos sy­rien, quelques grands prin­cipes peuvent tou­te­fois être dé­ga­gés. « Croire que la plu­part des groupes re­belles – en par­ti­cu­lier les is­la­mistes – veulent ins­tau­rer la dé­mo­cra­tie telle qu’on l’en­tend chez nous est une hé­ré­sie », nous rap­pelle une di­plo­

AFP

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