Le­çon mo­rale et mé­dia­tique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Blan­dine Hu­tin-mer­cier L’ef­froi.

Un chef d’or­chestre émi­nent entre en scène, se tourne vers ses mu­si­ciens… et fait le sa­lut na­zi.

Ce geste in­di­cible, la si­dé­ra­tion qui gagne tout un cha­cun, Fran­çois Garde les ra­conte à tra­vers le re­gard d’un homme or­di­naire, de­ve­nu en quelques se­condes, un hé­ros ex­tra­or­di­naire. Sé­bas­tien Ar­mant, al­tiste ano­nyme de l’or­chestre de l’opé­ra, ma­ri et père de fa­mille sans histoire, se lève, seul, et tourne le dos à Louis Craon.

De ces ins­tants d’ef­froi, le mu­si­cien n’en tire au­cune gloire. Mais la so­cié­té tout en­tière, no­tam­ment la sphère mé­dia­tique, a be­soin de hé­ros. Il se­ra donc ce­lui­là. À son corps dé­fen­dant, pris lui­même au piège de la no­to­rié­té, il en­chaîne les in­ter­views, porte un mes­sage, porte­éten­dard de va­leurs à dé­fendre. De­ve­nant un ob­jet d’étude ou d’in­quié­tude, un slo­gan pu­bli­ci­taire, une ban­nière po­li­tique, il est ado­ré avant d’être conspué. Trop pe­sant, le grand homme, sur une so­cié­té du zap­ping et de la fri­vo­li­té ?

Ren­voyé à l’ou­bli, ren­voyé tout court de l’or­chestre et de son quo­ti­dien ba­nal, Sé­bas­tien Ar­mant tâche de com­prendre, son ef­froi, l’em­bal­le­ment qui a sui­vi, le geste qui l’a cau­sé. En sort­il gran­di ? Qui, pour­quoi, com­ment lut­ter contre l’obs­cu­ran­tisme ? Des ques­tions d’ac­tua­li­té cru­ciales trai­tées avec fi­nesse et clar­té dans un livre à ne pas ou­blier.

FRAN­ÇOIS GARDE. Un 3e ro­man d’ac­tua­li­té. CA­THE­RINE HÉLIE

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