La pé­tanque à Ma­da­gas­car, une vé­ri­table religion

Sur la Grande Ile, cham­pionne du monde 2016, le jeu sus­cite un vé­ri­table en­thou­siasme

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Sports -

Il n’est pas en­core mi­di, en pleine se­maine, et des di­zaines de bou­listes ama­teurs tirent et pointent sur un ter­rain de for­tune au bord du ma­jes­tueux lac Ano­sy, au centre de la ca­pi­tale mal­gache.

L’im­po­sante ra­cine qui trône au mi­lieu de ce bou­lo­drome im­pro­vi­sé per­turbe à peine la pré­ci­sion des joueurs, qui ri­va­lisent d’in­gé­nio­si­té pour faire la meilleure ap­proche.

« Les gens qui jouent ici sont presque tous des chô­meurs. La pé­tanque, c’est très, très im­por­tant, c’est tout pour nous ! », clame An­dry Ma­mi­ni­ri­na, qui a créé ce ter­rain sau­vage il y a trois ans.

Des boules d’oc­ca­sion

De l’autre cô­té du lac, au pied de la col­line où les lettres « An­ta­na­na­ri­vo » s’étalent sur l’ho­ri­zon à la ma­nière de celles d’hol­ly­wood à Los An­geles, l’ac­ti­vi­té bat éga­le­ment son plein au Club Bou­liste de Ta­na (CBT). Ici, pas de ra­cine pour com­pli­quer les tra­jec­toires, les ter­rains sont bien en­tre­te­nus. Une cen­taine de pas­sion­nés de pé­tanque, hommes et femmes réunis, viennent tous les jours y ta­qui­ner le co­chon­net. Ils s’af­frontent avec des boules d’oc­ca­sion, sou­vent ré­cu­pé­rées au­près de leurs fa­milles ex­pa­triées en France.

« Les boules manquent à Ma­da­gas­car. Et s’il y en a, elles sont très chères », re­grette Mi­chel Ra­na­ri­ve­lo.

En ce ven­dre­di de la fin no­vembre, l’ex­ci­ta­tion était à son comble, à une se­maine du coup d’en­voi à Ma­da­gas­car des cham­pion­nats du monde de pé­tanque, les pre­miers mon­diaux tous sports confon­dus ja­mais or­ga­ni­sés sur la Grande Ile. Ils se sont sol­dés le 4 dé­cembre par la vic­toire en fi­nale de Ma­da­gas­car sur le Bé­nin, le­quel avait sor­ti en de­mi­fi­nale la France, jusque­là fa­vo­rite et in­vain­cue de­puis 2001. Une sen­sa­tion.

Dé­jà cham­pion du monde en 1999, Ma­da­gas­car ne compte qu’une ving­taine de pro­fes­sion­nels, mais le pays avait tou­te­fois ac­cu­mu­lé les titres de nu­mé­ro 2 ces der­nières an­nées.

« La pé­tanque à Ma­da­gas­car, c’est comme le foot au Bré­sil ! Au dé­but, c’était un loi­sir, mais la vic­toire de 1999 a per­mis de vul­ga­ri­ser le jeu dans les dif­fé­rentes villes du pays », se ré­jouit Be­ryl Ra­za­fin­drai­no­ny, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion.

Lut­ter contre la cor­rup­tion

Au CBT, plu­sieurs joueurs évoquent les pro­blèmes de « cor­rup­tion » qui gan­grènent la pé­tanque de haut ni­veau dans le pays, avec des fi­nales « ven­dues » pour quelques mil­liers d’eu­ros, une somme as­tro­no­mique dans un pays où le sa­laire moyen dé­passe à peine 45 € men­suels.

Pour évi­ter qu’un tel scé­na­rio ne se re­nou­velle, les bou­listes mal­gaches ont été mis au vert dans un lieu te­nu se­cret avant les Mon­diaux, leurs por­tables confis­qués et toute com­mu­ni­ca­tion, y com­pris avec les fa­milles, in­ter­dite.

« Il y a tou­jours des gens mal in­ten­tion­nés pour ve­nir em­mer­der nos joueurs », re­grette Be­ryl Ra­za­fin­drai­no­ny. « Les joueurs sont mo­ti­vés. Mais la sus­pi­cion est tou­jours là et, pour évi­ter tout ça, nous les met­tons en re­cul de la so­cié­té ».

La mé­thode semble avoir por­té ses fruits. Pro­fi­tant de l’éli­mi­na­tion en de­mi­fi­nale de la France, Ma­da­gas­car n’a pas man­qué l’oc­ca­sion de re­prendre sa cou­ronne : dans une af­fiche plu­tôt in­ha­bi­tuelle pour le sport au ni­veau mon­dial, les joueurs mal­gaches, por­tés par une am­biance digne d’une fi­nale de foot­ball, ont écra­sé le Bé­nin 13 à 5.

Avec ce nou­veau sacre, dix­sept ans après le titre qui a lan­cé la fièvre de la pé­tanque dans le pays, l’en­goue­ment des Mal­gaches pour cette dis­ci­pline ne semble pas prêt de s’éteindre.

« C’est comme le foot­ball au Bré­sil ! »

PAS­SION. Ici, les bou­listes de tous âges s’af­frontent avec dé­ter­mi­na­tion et fra­ter­ni­té.

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