Ja­mais de Noël sans sa bande­son

Qu’ils soient sa­crés ou pro­fanes, ils par­ti­cipent à la ma­gie du mo­ment

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Peut-on ima­gi­ner un Noël sans ses chan­sons ? Rien de mieux pour plan­ter un dé­cor de fin d’an­née que ces airs connus, en­chan­teurs et ras­su­rants, qui re­font plon­ger dans la ma­gie de Noël. Qu’il s’agisse de can­tiques ou de chants po­pu­laires tra­di­tion­nels.

Soyons hon­nêtes, cer­taines chan­sons de Noël sont de l’ordre de l’in­sup­por­table. Mais en cette pé­riode bien­veillante, on n’est pas là pour être désa­gréable. Ce ne se­rait pas très « es­prit de Noël ». Donc re­ve­nons aux sa­pins verts, vent d’hi­ver, p’tit renne au nez rouge, di­vin en­fant et pe­tits lu­tins.

Ce sont les anges, se­lon l’évan­gile se­lon Saint Luc, qui au­raient chan­té les pre­miers pour Noël. Mais l’église at­tend le IVE siècle pour cé­lé­brer la Na­ti­vi­té, et cinq siècles de plus pour la chan­ter. Au XVE siècle, com­mencent les choses sé­rieuses avec les « fai­seurs de noëls ». Des pa­ro­liers qui n’étaient pas très dif­fi­ciles, re­pre­nant des chants de vi­gne­rons ou de ven­dan­geurs comme des danses de cours, des chan­sons à boire comme des airs de chasse, pour pla­quer des­sus leurs textes. Entre le boeuf et l’âne gris…, le plus an­cien can­tique qui nous est par­ve­nu, date du dé­but du XVIE.

Douce nuit : mer­ci, la sou­ris !

Mais No ël ne se consti­tue pas en­core un vrai ré­per­toire… Il fau­dra at­tendre le XIXE siècle pour voir des créa­tions ori­gi­nales. Et des anec­dotes comme la mé­moire po­pu­laire en raf­fole. Celle au­tour de Douce Nuit est par­ti­cu­liè­re­ment ro­ma­nesque. Une histoire de souf­flet gri­gno­té par une sou­ris lais­sant en ca­rafe l’orgue d’une pe­tite église d’obern­dorf, dans les Alpes au­tri­chiennes, la veille de Noël 1818. La ca­ta ! Le prêtre ap­pelle à la res­cousse son ami, ins­ti­tu­teur dans le vil­lage voi­sin, qui vient avec sa gui­tare com­po­ser sur les pa­roles du cu­ré. Et c’est là qu’in­ter­vient le fac­teur d’orgue (ve­nu ré­pa­rer le souf­flet) : il s’em­pare de la par­ti­tion de Stille Nacht et la dif­fuse à tra­vers les contrées alen­tours, en un temps où les droits d’au­teur n’exis­taient pas. Mouais…

Par­mi les chants re­li­gieux, Mi­nuit, chré­tiens, écrit en 1847 par un franc­ma­çon (!) et com­po­sé par un juif, dé­fie la chro­nique ca­tho­lique. Les pa­roles un brin ré­vo­lu­tion­naires res­tent au tra­vers de la gorge des au­to­ri­tés ec­ clé­sias­tiques qui jugent le texte peu li­tur­gique. il se­ra même sup­pri­mé dans plu­sieurs dio­cèses.

Après la Se­conde Guerre mon­diale et la mon­tée en puis­sance d’un Noël pro­fane, mer­can­tile, la bande­son trou­ve­ra sa vi­tesse de croisière, entre chants re­li­gieux et chan­sons po­pu­laires (voir ci­des­sous). Un ré­per­toire pré­cieux, aus­si, parce qu’on ne peut le chan­ter qu’une fois l’an. Le temps s’est ar­rê­té. Les tubes ne semblent pas se re­nou­ve­ler de­puis plus de cin­quante ans, mal­gré quelques ten­ta­tives de la Com­pa­gnie Créole, Du­tronc, Claude Fran­çois, Hal­ly­day, etc... C’est parce que Noël est d’abord une af­faire de sou­ve­nirs douillets, jo­li­ment ser­tis de vieilles chan­sons char­gées d’une en­fance sou­vent plus fan­tas­mée que vé­cue.

NOËL EN MU­SIQUE. Le cé­lèbre Il est né le di­vin en­fant a été pu­blié en 1874 et s’ins­pi­rait… d’un air de chasse. AFP

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