« Une femme pom­pier, c’était nou­veau » Ch­ris­tian Le­fèvre

Le lieu­te­nant Jac­que­line Villeneuve est vo­lon­taire de­puis trente­six ans à Saint­amant­tal­lende

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Puy-de-Dôme - ch­ris­tian.le­fevre@cen­tre­france.com

« Cette vo­lon­té d’ai­der les autres » « Tou­jours ac­cro du ter­rain » !

Dans la fa­mille Villeneuve, on est pom­pier de père en fils. Et en fille. Le lieu­te­nant Jac­que­line Villeneuve est en­trée en jan­vier 1980 au centre de se­cours de Saint-amant Tal­lende. À une époque où la fé­mi­ni­sa­tion des pom­piers n’était pas vrai­ment d’ac­tua­li­té !

Il y au­ra bien­tôt tren­te­sept ans que le lieu­te­nant Jac­que­line Villeneuve a en­fi­lé pour la pre­mière fois sa te­nue de sa­peur­pom­pier au centre de se­cours de SaintA­mant­tal­lende. Elle avait alors à peine dix­huit ans et la fé­mi­ni­sa­tion des pom­piers, dans le Puy­de­dôme comme ailleurs, n’en était qu’à ses bal­bu­tie­ments…

Quand avez-vous in­té­gré la ca­serne de Saint-amant-tal­lende ? Of­fi­ciel­le­ment, le 1er jan­vier 1980. J’avais vrai­ment in­sis­té pour de­ve­nir pom­pier ! À cette époque, il y avait en­core beau­coup de pré­ju­gés par rap­port à l’ar­ri­vée des femmes. C’était quelque chose de nou­veau. On a fi­na­le­ment dé­ci­dé de me don­ner ma chance. En me di­sant bien que je n’avais pas in­té­rêt à me plaindre et que j’al­lais sans doute en ba­ver !

Pour­quoi cette vo­lon­té achar­née d’en­dos­ser la te­nue ? C’était na­tu­rel, évident. J’ai tou­jours eu en moi cette vo­lon­té d’ai­der les autres. J’au­rais aus­si pu faire de l’hu­ma­ni­taire. Mais, au dé­but des an­nées 80, ce n’était pas simple de se lan­cer là­de­dans…

Votre pa­pa, An­toine, qui était lui aus­si pom­pier à Saint-amant, vous a-t-il en­cou­ra­gé dans cette voie ? Pas vrai­ment. Mais je sais qu’il vou­lait sur­tout me pro­té­ger. Nous avons été pom­piers en­semble pen­dant dix ans, jus­qu’à sa re­traite, en 1990. Il a 80 ans et je sais tout ce que je lui dois, comme aux autres an­ciens de la ca­serne. J’ai beau­coup de res­pect pour eux. Notre de­vise, « La mé­moire pour ave­nir », est une fa­çon de le rap­pe­ler.

Les pre­miers temps ont-ils été

dif­fi­ciles ? Cer­tains pom­piers mas­cu­lins – mais pas à SaintA­mant ! – avaient des doutes quant aux ca­pa­ci­tés phy­siques des femmes, à leurs com­pé­tences… J’ai ren­con­tré de vrais ma­chos ! Mais, au fil des ans, j’ai mon­tré qu’avant d’être une femme, j’étais d’abord un pom­pier comme les autres. Et que je ne vou­lais au­cun trai­te­ment par­ti­cu­lier. Ça m’a pous­sée à ne ja­mais bais­ser les bras, à me sur­pas­ser, à me sur­mo­ti­ver pour mon­trer que je mé­ri­tais ma place. Sans ja­mais me plaindre de rien… Comme cette fois, il y a plu­sieurs an­nées, où je suis par­tie en in­ter­ven­tion en en­fi­lant mes bottes en cuir sans mettre de chaus­settes. J’ai fi­ni avec les pieds en sang, mais j’ai ser­ré les dents. Et quand le phy­sique ne suit pas, c’est la tête qui com­pense ! D’autres femmes sont-elles pom­piers à Saint-amant-tal­lende ? Bien sûr ! Elles sont huit, sur un ef­fec­tif de qua­rante pom­piers.

Com­ment se dé­roule votre quo­ti­dien de pom­pier vo­lon­taire ? Je suis lieu­te­nant de­puis 2011. Je prends les per­ma­nences de chef de groupe (qui lui per­met de com­man­der un groupe d’in­ter­ven­tion de trois en­gins, NDLR)

une se­maine pleine par mois. Le reste du temps, je suis opé­ra­tion­nelle en fonc­tion des dis­po­ni­bi­li­tés que me laisse mon mé­tier de cui­si­nière à l’ins­ti­tut mé­di­co­édu­ca­tif de Theix, qui a si­gné une conven­tion de mise à dis­po­si­tion avec le ser­vice dé­par­te­men­tal d’in­cen­die et de se­cours.

Trente-six ans après vos dé­buts, la mo­ti­va­tion est-elle tou­jours là ? Je suis tou­jours ac­cro du ter­rain ! L’adré­na­line est là… C’est un peu mon car­bu­rant. Le jour où cette mo­ti­va­tion dis­pa­raî­tra, le mo­ment se­ra sans doute ve­nu d’ar­rê­ter. J’ai 54 ans. Je peux conti­nuer jus­qu’à 65 ans. Mais je n’ai rien pla­ni­fié ! Ce qui est sûr, c’est que je ne re­grette rien de tout ce que j’ai pu vivre comme pom­pier. Si c’était à re­faire, je ne chan­ge­rais rien !

SUR TOUS LES FRONTS. Lors­qu’elle en­file sa te­nue d’of­fi­cier, le lieu­te­nant Jac­que­line Villeneuve par­tage son temps entre le centre de se­cours de Saint-amant-tal­lende (en haut), les per­ma­nences men­suelles comme chef de groupe (en bas) et les in­ter­ven­tions sur le ter­rain (au centre, au len­de­main du feu de fo­rêt de « Prades », près d’ay­dat, en août der­nier). PHO­TOS PIERRE COUBLE ET CH­RIS­TIAN LE­FÈVRE

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