De cu­rieux « dé­cors » ave­nue Mi­che­lin

Et si nous par­tions à la re­dé­cou­verte de Cler­mont­fer­rand au tra­vers de ses at­traits ar­chi­tec­tu­raux

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont | Vivre sa ville - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Vos té­moi­gnages vont sou­vent dans le même sens : nous ne per­ce­vons pas suf­fi­sam­ment les at­traits ar­chi­tec­tu­raux de la ci­té. Exemple ave­nue Edouard-mi­che­lin.

Vous êtes pra­ti­que­ment una­nimes sur le su­jet : nous avons tout à ga­gner à ap­pré­hen­der, à sai­sir, le dé­cor qui fait notre quo­ti­dien de fa­çon tout à fait dif­fé­rente.

Pour com­men­cer, pre­nons le temps de flâ­ner, de nous ar­rê­ter au fil des rues et ap­pre­nons à le­ver les yeux. Cha­cune de nos rues re­cèle un im­meuble ancien ou se­mi­mo­derne in­té­res­sant, une porte, une sculp­ture, une pers­pec­tive ou une cu­rio­si­té… Mal­gré un manque de co­hé­rence glo­bale dans l’ur­ba­ni­sa­tion de Cler­mont, phé­no­mène qui ne date pas d’hier et s’est amé­lio­ré de­puis vingt ans, après avoir culmi­né dans les an­nées 1950/1980, de nom­breuses « pé­pites ar­chi­tec­tu­rales » ont sur­vé­cu… Bien des mys­tères aus­si.

Un dé­cor éton­nant

Pour cette pre­mière chronique de l’année, je vous pro­pose de nous in­ter­ro­ger sur la sur­vi­vance d’un « dé­cor » qui pour­rait nous ra­me­ner deux siècles en ar­rière. Il s’agit pré­ci­sé­ment de très cu­rieuses traces qui se trouvent sur la droite en re­mon­tant l’ave­nue Edouard­mi­che­lin, juste avant l’im­meuble ré­cent du siège de Pôle Em­ploi. Une fa­çade aveugle pré­sente plu­sieurs en­ca­dre­ments de portes et de fe­nêtres de style Louis XVI des plus éton­nants, sur fond de han­gars et d’ate­liers in­dus­triels.

S’agit­il de ré­em­plois ? On le voit sou­vent, no­tam­ment dans les construc­tions de nos cen­tre­bourgs avec des man­teaux de che­mi­nées, des fron­tons de portes, des « cor­beaux », sortes de pierres saillantes, le plus sou­ vent en pierre de Vol­vic, ré­cu­pé­rés après la dé­mo­li­tion de construc­tions an­té­rieures… Mais, ici, ce­la ne semble pas être le cas pour cette énig­ma­tique fa­çade.

Ce genre de construc­tion était aus­si ap­pe­lé « fo­lies »

Nous dis­tin­guons bien deux portes d’in­égale lar­geur en pierre claire. L’une se montre bien tra­vaillée avec une élé­gante frise taillée sur son pour­tour. Entre les deux portes, ain­si qu’à l’étage, nous per­ce­vons l’em­pla­ce­ment de fe­nêtres avec leurs ap­puis en res­saut tou­jours bien ap­pa­rents. L’en­semble a été ma­çon­né avec des par­paings de mâ­che­fer (ré­si­du de char­bon ag­glo­mé­ré, très uti­li­sé dans les an­nées 1930 à 1960), le tout re­cou­vert d’un en­duit mon­trant une es­quisse de dé­cor géo­mé­trique (rec­tangles et lo­sanges) qui est at­ta­qué par les in­tem­pé­ries en de nom­breux en­droits. Quelle était la des­ti­na­tion pre­mière de ce bâ­ti­ment dont la fa­çade semble tron­quée ? Se­rions­nous en pré­sence des ves­tiges d’une « mai­son de plai­sance » dans le plus pur style an­tique des vil­las pal­la­diennes ?

Se­rions­nous en pré­sence des ves­tiges d’une « mai­son de plai­sance » ?

Ce genre de construc­tion était aus­si ap­pe­lé « fo­lies » en rai­son des sommes ex­tra­va­gantes dé­pen­sées pour leur construc­tion à la fin du XVIIIE siècle et jus­qu’au mi­lieu du XIXE siècle. Un riche né­go­ciant cler­mon­tois avait­il fait édi­fier à cet em­pla­ce­ment une luxueuse mai­son de cam­pagne à une époque où cette par­tie de Cler­mont n’était pas ur­ba­ni­sée ? L’ave­nue EdouardMi­che­lin s’ap­pe­lait alors « route de Lyon », et le lieu­dit, sem­blet­il, « Mon­dé­sir ». Est­ce une piste ? Qui sau­rait nous en dire plus ?

MYS­TÉ­RIEUSE. Une fa­çade pour le moins éton­nante dans un quar­tier en pleine mu­ta­tion… PHO­TO PGG

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