Un­ge­rer im­mor­ta­li­sé par ses pairs

À l’oc­ca­sion du 85e an­ni­ver­saire de To­mi Un­ge­rer, 100 ar­tistes de France et d’ailleurs ont taillé leurs crayons pour illus­trer les liens que leur oeuvre en­tre­tient avec celle de leur aî­né.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Pra­tique. Ex­po­si­tion « To­mi Un­ge­rer Fo­re­ver. Plus de 85 ar­tistes pour ses 85 ans », jus­qu’au 19 mars au mu­sée To­mi Un­ge­rer à Stras­bourg (www.mu­sees.stras­bourg.eu). L’idée de cette ex­po­si­tion est le fruit d’une col­la­bo­ra­tion entre le Mu­sée To­mi Un­ge­rer-cen

«Je vais de l’avant : à 85 ans, il est trop tard pour faire marche ar­rière ! » Fa­cé­tieux et tou­jours in­di­gné par les in­jus­tices du monde, To­mi Un­ge­rer est ho­no­ré à Stras­bourg, à tra­vers les oeuvres de des­si­na­teurs ins­pi­rés par son uni­vers.

« Ce­la m’em­bar­rasse. Per­sonne n’est meilleur que les autres. J’ai un mu­sée – qui a un mu­sée de son vi­vant ? Il y a deux ans, j’étais le seul ar­tiste en France dans ce cas. Il fau­drait des mu­sées pour tout le monde ! » Alors que l’ex­po­si­tion « To­mi Un­ge­rer Fo­re­ver. Plus de 85 ar­tistes pour ses 85 ans » se tient dans sa ville na­tale, dans le mu­sée qui porte son nom, ce jeune homme aux che­veux blancs, au sou­rire com­mu­ni­ca­tif et à la canne équi­pée d’une son­nette de vé­lo se pré­sente comme un éter­nel cu­rieux, non comme un maître de l’illus­tra­tion.

« Pour­quoi ne pas lire du Ver­laine aux en­fants ? »

Ce sont pour­tant 100 ar­tistes, de Mor­dillo à Wil­helm, de Plan­tu à Ge­luck, qui montrent à tra­vers cette ex­po­si­tion quelle « le­çon gra­phique » ils ont ti­ré de son oeuvre foi­son­nante, qui na­vigue du des­sin à l’écri­ture, des illus­tra­tions pour en­fants aux af­fiches po­li­tiques, des « Trois bri­gands » ca­chés sous leurs im­menses cha­peaux aux maî­tresses do­mi­na­trices SM.

« Je m’en­nuie­rais à avoir tou­jours le même style. Chaque his­toire doit pos­sé­der un style cor­res­pon­dant. Même en une seule jour­née, je passe d’une chose à l’autre », ex­plique cet ar­tiste ja­mais à cours d’ins­pi­ra­tion. « À 85 ans, je tra­vaille mieux que ja­mais. Ce­la ne fait qu’une di­zaine d’an­nées que je suis vrai­ment content de ce que je fais, je pro­fite de 60 ans d’ap­pren­tis­sage », confie­t­il, alors que le mu­sée dis­pose de plus de 11.000 de ses des­sins ori­gi­naux.

Cet Eu­ro­péen qui écrit à tour de rôle en fran­çais, al­le­mand et an­glais a connu l’an­nexion de l’al­sace par l’al­le­magne et vit en Ir­lande de­puis plus de 40 ans. « J’ai mes ra­cines en Al­sace, mais mon feuillage, mon bran­chage, je l’em­mène avec moi », ré­sume ce fils d’un fa­bri­cant d’hor­loges as­tro­no­miques, qui était ar­tiste et his­to­rien à ses heures.

« Je parle le fran­çais avec un ac­cent al­le­mand, l’al­le­mand avec un ac­cent fran­çais et mon an­glais est tout à fait mi­mé­tique ou ca­mé­léo­nique : il s’adapte, où que j’aille. »

Rien de plus im­por­tant se­lon lui que de don­ner le goût de la lec­ture et ce­lui des langues aux plus jeunes. « Pour­quoi ne pas lire du Ver­laine aux en­fants ? Je consi­dère la plus grande par­tie de la lit­té­ra­ture en­fan­tine in­utile, sauf si elle ré­veille la cu­rio­si­té, mais pour ce­la il suf­fit d’un La­rousse illus­tré. Même aux ca­bi­nets, j’ai un dic­tion­naire ! », s’amuse­t­il, un brin pro­vo­ca­teur, se dé­cri­vant comme un « sans­ba­cho » qui s’est « éle­vé par la lec­ture ».

Loin de se re­tran­cher dans un monde ima­gi­naire, l’ar­tiste reste in­di­gné par la vio­lence et les pré­ ju­gés, un de­mi­siècle après ses des­sins contre la guerre du Viet­nam.

Do­nald Trump en « pre­mier ca­va­lier de l’apo­ca­lypse »

« J’ai pas­sé toute ma vie à être en­ga­gé : 50 % de mon éner­gie a pas­sé dans un en­ga­ge­ment po­li­tique ou mé­di­cal, comme pour le si­da, et main­te­nant plus que ja­mais », dit­il, tra­çant par exemple un portrait de Do­nald Trump en « père Ubu », en « pre­mier ca­va­lier de l’apo­ca­lypse ».

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