Le ba­ron de Mont­suc était un triste sire

Des messes étaient dites, des bat­tues or­ga­ni­sées pour chas­ser le fléau, même les nuits de pleine lune, mais cette bête dé­jouait tous les pièges…

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Festivites - Ain­si s’achève… notre sé­rie des contes d’hi­ver qui vous a aac­com­pa­gné entre Noël et l’an neuf. Tous ces contes sont adap­tés de contes et lé­gendes de la tra­di­tions orales d’auvergne et Li­mou­sin. On les re­trouve sur le site In­ter­net de votre jour­nal.

C’était bien un triste sire. le ba­ron de Mon­suc avec piètre ré­pu­ta­tion, il fai­sait ré­gner la ter­reur sur ses do­maines entre Ve­lay et Haute-auvergne. Un jour il fut tué par un bû­che­ron et se­rait re­ve­nu en loup-ga­rou.

Àl’époque des guerres de re­li­gion, l’auvergne souf­frait de mille maux. Cette ré­gion était ti­raillée entre les ca­tho­liques et les pro­tes­tants, et bien en­ten­du, les pay­sans en étaient les pre­mières vic­times.

Tout n’était que mas­sacres, tue­ries, bû­chers. En re­vanche, les sei­gneurs se dé­lec­taient de cette si­tua­tion, ils ai­maient guer­royer, et se dé­cla­raient tour à tour ca­tho­liques ou pro­tes­tants pour as­sou­vir leur soif de pou­voir. Mais au­cun n’at­tei­gnit la cruau­té du ba­ron de Mont­suc, dont les ruines du châ­teau fort sont au­jourd’hui si­tuées aux li­mites du Can­ tal et de la Haute­loire.

Voi­ci quelques exemples de sa cruau­té : il y avait, ja­dis, des pri­vi­lèges ac­cor­dés aux sei­gneurs dans les églises tel le droit de banc. Mais le ba­ron exi­geait plus. Le cu­ré ne de­vait pas com­men­cer l’of­fice avant que le ba­ron ne fut ren­tré et as­sis dans l’église. Mais un jour, son com­por­te­ment dé­pas­sa toute la cruau­té.

Le cu­ré, qui at­ten­dait le ba­ron de­puis une heure pour son of­fice, dé­ci­da de com­men­cer sans lui. Alors qu’il dé­bu­tait, vint du fond de l’église un grand fra­cas fait de bruits de chaises, de ju­rons et de me­naces. C’était le ba­ron. Il pé­né­tra dans le choeur, sai­sit le cu­ré au col­let, le frap­pa avec sa canne, avant de ga­gner son siège. Au­cun des fi­dèles n’avait bou­gé.

Le ba­ron consi­dé­rait qu’il avait droit de vie et de mort sur tous les pay­sans, mais aus­si sur la no­blesse. Il lui plai­sait alors de se rendre chez les gens, et de se faire don­ner leurs maigres pro­vi­sions. Un jour, il de­man­da une jeune fille de grande no­blesse et de grande beau­té en ma­riage, mais celle­ci re­fu­sa. On la re­trou­va peu de temps après, pen­due par les pieds, à un arbre, près de chez elle.

Tout le monde ac­cu­sa le ba­ron, mais rien ne per­mit de le prou­ver. Le frère de la jeune fille as­sas­si­née n’avait au­cun doute sur l’au­teur du crime, il avait ju­ré de se ven­ger, et quelques mois après, le ba­ron dis­pa­rut.

Une sorte de sé­ré­ni­té in­ha­bi­tuelle s’ins­tal­la sur tout le pays, les pay­sans purent al­ler va­quer sans crainte, le cu­ré dire ses messes à l’heure an­non­cée et les pe­tits te­nan­ciers gar­nir leurs gardes man­gers sans risque d’un pillage in­opi­né.

Cette trêve ne fut que de courte du­rée. Au bout d’un mois, un bruit cou­rut qu’un ani­mal fan­tas­tique, tel un très gros un loup, se je­tait sur les voya­geurs, les trou­peaux, et les dé­pe­çait de rage.

Des messes étaient dites, des bat­tues or­ga­ni­sées pour chas­ser le fléau, mais cette bête dé­jouait tous les pièges. Les bonnes gens avaient fi­ni par croire que le ba­ron s’était ré­in­car­né en loup­ga­rou.

Un jour de dé­cembre, un bû­che­ron avait pris sa co­gnée pour al­ler cou­per du bois. Il en­ten­dit des cris, et vit non loin de là la bête te­nant dans sa gueule une jeune ber­gère. Il se pré­ci­pi­ta, et d’un seul coup d’un seul, il abat­tit sa co­gnée sur l’ani­mal qui tom­ba raide mort, lâ­chant sa proie. Le bû­che­ron res­ta pan­tois, il crut voir s’échap­per du corps de l’ani­mal une forme hu­maine : le ba­ron de Mont­suc. De­puis ce jour, nul n’en­ten­dit plus ja­mais par­ler du ba­ron. Beau­coup croient en­core que ce loup était la ré­in­car­na­tion du triste sire.

Lorsque le loup ex­pi­ra, de son corps s’échap­pa une forme fan­to­ma­tique et hu­maine

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