L’ap­pren­tis­sage cherche ses marques

A la re­dé­cou­verte de l’his­toire des écoles, col­lèges et ly­cées cler­mon­tois : l’école pro­fes­sion­nelle

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont vivre sa ville - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Un re­tour sur les écoles pro­fes­sion­nelles cler­mon­toises qui, cu­rieu­se­ment, fait écho à notre ac­tua­li­té pé­da­go­gique.

Au dé­but du XIXE siècle, l’his­to­rien Tar­dieu écri­vait : « la ville de Cler­mont pos­sède, sous le titre d’école com­mu­nale pro­fes­sion­nelle, des cours gra­tuits fon­dés par elle sur l’ar­chi­tec­ture, le des­sin, la mu­sique, la sculp­ture, l’arith­mé­tique, l’al­gèbre et la géo­mé­trie… » Il pré­ci­sait que ces cours étaient ou­verts de­puis juin 1818.

Bien plus tard, dans le XIXE siècle, la mu­ni­ci­pa­li­té cler­mon­toise dé­ci­dait la créa­tion d’une « école pri­maire su­pé­rieure laïque et gra­tuite » où les en­fants ad­mis dès 6 ans res­taient jus­qu’à 18 ans. Cette école est ins­tal­lée à la Halle aux toiles, place de Jaude (sous l’ac­tuel opé­ra). Elle est pla­cée sous la di­rec­tion de M. Ger­mot et de deux maîtres qui sont re­joints ra­pi­de­ment par deux autres en­sei­gnants.

« A par­tir de treize ans, beau­coup d’en­fants dé­sertent l’école. La plu­part d’entre eux sont des­ti­nés à la pro­fes­sion d’ou­vrier »

En 1875, les édiles se pré­oc­cupent d’or­ga­ni­ser des études sur­veillées gra­tuites, comme le montre cet ex­trait d’un con­seil mu­ni­ci­pal : « Il man­quait à l’école pri­maire su­pé­rieure dé­jà si pros­père une chose in­dis­pen­sable à son dé­ve­lop­pe­ment : c’était la sur­veillance. En ef­fet, beau­coup d’en­fants au sor­tir de l’école n’ont pas la pos­si­bi­li­té de faire leurs de­voirs sans dé­penses pour leurs fa­milles ; quelques­uns étaient ex­po­sés à des dis­trac­tions nui­sibles à toute étude sé­rieuse, d’autres en­fin pou­vaient avoir be­soin pour la confec­tion de leurs de­voirs d’ex­pli­ca­tions ou de ren­seigne­ ments que per­sonne ne pou­vait leur don­ner. La sur­veillance de­vrait faire ces­ser tous ces in­con­vé­nients… »

En 1878, le « cours su­pé­rieur pro­fes­sion­nel » prend son in­dé­pen­dance de l’école pri­maire et voit son en­sei­gne­ment por­té à quatre an­nées.

Comme des do­mes­tiques…

Cette évo­lu­tion pré­fi­gure la créa­tion d’une vé­ri­table école d’ap­pren­tis­sage ap­pe­lée de ses voeux par un membre de l’as­sem­blée mu­ni­ci­pale : « à par­tir de treize ans, beau­coup d’en­fants dé­sertent l’école. La plu­part d’entre eux sont des­ti­nés à la pro­fes­sion d’ou­vrier, et on peut se de­man­der si l’ins­truc­tion pu­re­ment in­tel­lec­tuelle qu’ils re­çoivent les pré­pare suf­fi­sam­ment à cet ave­nir qui veut de la force, de la dex­té­ri­té, je di­rai presque de l’es­prit d’in­ven­tion et le goût du tra­vail pour le tra­vail, sans le­quel il n’est pas d’ha­bile ou­vrier… »

À l’époque pour les fa­milles mo­destes, la so­lu­tion consiste à pla­cer les en­fants en ap­pren­tis­sage afin d’aug­men­ter les re­ve­nus du foyer. Le plus sou­vent, ces ap­pren­tis sont consi­dé­rés comme des do­mes­tiques, servent aux taches su­bal­ternes, font les courses – d’où leur sur­nom de « ga­lo­pins » – et n’ap­prennent au fi­nal rien d’utile ou si peu de choses.

Un autre ex­trait des dé­li­bé­ra­tions du con­seil mu­ni­ci­pal à propos de l’école d’ap­pren­tis­sage se montre plein de bons sens : « En ef­fet le fils du pay­san, celui du tailleur, du cou­te­lier, de l’ou­vrier ne per­dront ja­mais de vue que c’est au prix de beau­coup d’ef­forts et de leur ac­ti­vi­té, tant phy­sique qu’in­tel­lec­tuelle, qu’ils ar­ri­ve­ront à ga­gner leur vie, à ac­qué­rir même une hon­nête ai­sance. Dans ce mi­lieu sco­laire (l’école d’ap­pren­tis­sage), on n’ap­pren­dra pas à mé­pri­ser le tra­vail ma­nuel, tan­dis qu’au ly­cée, bien sou­vent, après avoir bâ­ti des châ­teaux en Es­pagne, l’éco­lier qui au­rait fait un bon ou­vrier, un hon­nête père de fa­mille, vien­dra s’échouer pi­teu­se­ment sur les bancs d’un bu­reau aux ap­poin­te­ments de 1.200 frs par an (sa­laire très bas à l’époque) »…

Fi­na­le­ment, vers 1900, l’école d’ap­pren­tis­sage, après avoir sé­ jour­né aux Sa­lins puis rue Go­nod se trans­for­me­ra en vé­ri­table école pro­fes­sion­nelle dans des lo­caux spé­cia­le­ment amé­na­gés pour elle à l’angle de la rue de Chan­turgue et de la rue Si­doine­apol­li­naire. À suivre.

SÉ­RIEUSE. L’école pro­fes­sion­nelle, sur l’em­pla­ce­ment de l’ac­tuel Ly­cée Si­doine-apol­li­naire. © DR. ARCHIVES YC

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