La France pho­to­gra­phiée comme une pla­nète à part en­tière

Pho­to­graphe de la na­ture de­puis une ving­taine d’an­nées, Fa­brice Mi­lo­chau a com­pi­lé ses plus belles images dans Pro­di­gieuse pla­nète France. Ou comment être dé­pay­sé tout en res­tant dans l’hexa­gone. Por­trait d’un pas­sion­né.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Mag dimanche - Pau­line Ma­reix ma­ga­zine@cen­tre­france.com

Fa­bri­ceMi­lo­chau, bien­tôt 50 ans, n’était pas du tout des­ti­né à de­ve­nir l’un des pho­to­graphes de pay­sages les plus doués de sa gé­né­ra­tion. Son re­cueil de pho­to­gra­phies, Pro­di­gieuse pla­nète France, pu­blié en 2006, a pour­tant fait l’ob­jet d’une ré­édi­tion en oc­tobre der­nier. Mais le che­min a été long avant de se faire un nom.

Con­sul­tant en mar­ke­ting pen­dant une di­zaine d’an­nées, « un mé­tier flat­teur pour l’ego car on conseille des gens plus ex­pé­ri­men­tés que soi », Fa­brice Mi­lo­chau a des en­vies d’ailleurs, de na­ture, « quitte à de­ve­nir garde fo­res­tier », plai­san­tet­il. Il quitte donc son poste et at­ter­rit à Sciences et na­ture, ma­ga­zine au­jourd’hui dis­pa­ru, comme se­cré­taire de ré­dac­tion.

Fon­tai­ne­bleau comme point de dé­part

Là­bas, il en­tend par­ler de na­ture du ma­tin au soir, voit les pho­to­graphes dé­fi­ler quo­ti­dien­ne­ment, ve­nus des quatre coins du monde pour pro­po­ser leurs su­jets. « Une chouette vie », se di­til. Fa­brice Mi­lo­chau fi­nit par dé­mis­sion­ner de nou­veau. On vou­lait qu’il s’oc­cupe de la par­tie com­mer­ciale du ma­ga­zine, lui qui avait vou­lu quit­ter le mar­ke­ting à tout prix.

Re­tour à la case dé­part. L’un de ses amis pho­to­gra­ phes – pro­thé­siste den­taire avant de se re­con­ver­tir, c’est dire si tout est pos­sible – lui conseille de se lan­cer. C’était en 1998.

S’en suivent des di­zaines, des cen­taines d’images prises dans la fo­rêt de Fon­tai­ne­bleau. « J’en ai ra­té des ki­los au dé­but, et puis j’ai pro­gres­sé très vite. Au bout d’un an, j’avais 150 dia­pos qui te­naient la route, je les ai pro­po­sées par­tout mais per­sonne n’en vou­lait. Alors je me suis dit que je n’avais rien à perdre, et j’ai ap­pe­lé GEO ! » Le ha­sard fait bien les choses… Le men­suel pré­pare jus­te­ment un dos­sier sur les fo­rêts fran­ci­liennes. « Je sor­tais de nulle part et les choses se sont en­chaî­nées très vite. »

La photo, avoue­t­il, n’est qu’un « pré­texte ». Une fa­çon de lé­gi­ti­mer le temps qu’il passe dé­sor­mais dans la na­ture.

Sou­vent, dans les ré­dac­tions pour les­quelles il a tra­vaillé, la même re­marque : « C’est super ce que tu fais, on se croi­rait pas du tout en France ! » Fa­brice Mi­lo­chau a d’abord peur d’avoir un re­gard trop dé­ca­lé par rap­port à ses pairs. Avant d’en faire une force. Il ras­semble ses meilleures prises de vue et le concept de Pro­di­gieuse pla­nète France naît. Le pre­mier re­cueil sort en 2006. Neuf ans plus tard, à l’oc­ca­sion de la COP21, les pho­tos du livre sont ex­po­sées sur la fa­çade du res­tau­rant le Fou­quet’s, à Pa­ris. « Un pe­tit évé­ne­ment », ra­conte Fa­brice Mi­lo­chau. De­vant son suc­cès, le lourd ou­vrage de plus de 300 pages est ré­édi­té, « en plus jo­li ».

Pro­di­gieuse pla­nète France est le fruit d’une di­zaine d’an­nées de tra­vail dont les pho­tos étaient, au dé­part, des­ti­nées à une sé­rie de guides tou­ris­tiques. En col­la­bo­ra­tion avec Fré­dé­rique Ro­ger, géo­logue de for­ma­tion, Fa­brice Mi­lo­chau a par­cou­ru le pays en­tier, sans ja­mais se las­ser. « Au­cun autre pays n’a la même di­ver­si­té que la France », s’en­thou­siasme le pho­to­graphe. À chaque site vi­si­té, son équi­va­lence es­thé­tique ou géo­lo­gique ailleurs dans le monde.

Sur place, l’im­pro­vi­sa­tion est to­tale et le rythme, ef­fré­né. « Qu’il pleuve, qu’il vente, on ne re­ve­nait pas au même en­droit le len­de­main, il fal­lait bou­cler ra­pi­de­ment les guides. » Ses confrères, qui peuvent at­tendre un mois avant de faire la photo de leur rêve, y voient une mé­thode trop contrai­gnante. Fa­brice Mi­lo­chau, lui, parle d’une « école extraordinaire. Une fa­çon de faire avec la na­ture, sans pré­voir ce qu’on veut d’elle ». Le pro­fil est aty­pique. Dans la pro­fes­sion, ne se can­ton­ner qu’à la France quand les grands es­paces de l’amé­rique ou de l’afrique s’offrent à vous, peut prê­ter à sou­rire.

Une pro­fes­sion en crise

Fa­brice Mi­lo­chau re­ven­dique une li­ber­té to­tale, sa­voure l’oc­ca­sion de fré­quen­ter « des coins de na­ture fan­tas­tiques »… Le mé­tier peut faire rê­ver. Mais il y a une contre­par­tie : l’in­sta­bi­li­té. « Au dé­but, je ne re­gret­tais rien. Mais de­puis quelques an­nées, vivre de ma seule ac­ti­vi­té de pho­to­graphe de­vient très dif­fi­cile. Ré­gu­liè­re­ment, je me de­mande comment je vais réus­sir à te­nir fi­nan­ciè­re­ment », confie­t­il.

Il sait ce­pen­dant qu’il fait par­tie des « chan­ceux » re­con­nus pour leur tra­vail et re­nom­més dans la pro­fes­sion. « Mais tout le monde n’est pas Yann Ar­thus­ber­trand. D’au­tant que les images ma­gni­fiques qui se ba­ladent dans les agences peuvent au­jourd’hui s’ache­ter pour rien du tout. » Fa­brice Mi­lo­chau dresse un pa­ral­lèle avec la mu­sique, « main­te­nant, tout le monde veut des pho­tos, mais per­sonne ne veut les payer ». S’es­ti­mant « au creux d’un cycle », il es­père ce­pen­dant que, « dans quelques an­nées, tout ce­la puisse re­ve­nir dans le bon sens ». Pour vivre de sa pas­sion plus se­rei­ne­ment.

LES ORGUES D’ILLE-SUR-TÊT. En plein coeur du Rous­sillon, il suf­fit que le so­leil inonde ce mur de roches pour se croire dans la Cap­pa­doce turque, région vol­ca­nique d’ana­to­lie.

L’AU­TEUR. Proche de la na­ture, tou­jours… PHOTO DR

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