Les bons pe­tits plans de la cam­pagne

Les Bis­trots d’hi­ver ré­veillent les vil­lages à la morte­sai­son. La re­cette ? Cui­sine simple et bonne mu­sique. Dix­hui­tième édi­tion, jus­qu’à la fin mars, aux confluences de la Creuse, de la Corrèze et du Puy­de­dôme.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Mag dimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

Tout dé­bute comme dans un conte d’hi­ver lors de la tem­pête de 1999. « Un pe­tit groupe d’amis se re­trouve au­tour d’alain Fau­riaux, fon­da­teur de l’as­so­cia­tion Pays’sage, dans une salle des fêtes du pla­teau de Mille­vaches, sans élec­tri­ci­té. Gui­tare, dî­ner im­pro­vi­sé, chants et pe­tites his­toires se char­ge­ront de don­ner à ce mo­ment un ca­rac­tère in­so­lite et in­ou­bliable. »

Cer­tains, en s’y ren­con­trant, ont trou­vé chaus­sure à leur pied jus­qu’à s’épou­ser

Les Bis­trots d’hi­ver sont nés : de­puis dix­huit ans, de jan­vier jus­qu’à mars, d’un di­manche à l’autre, les ta­lents et tous les styles mu­si­caux in­ves­tissent les au­berges des vil­lages de la Creuse prin­ci­pa­le­ment, avec des dé­tours par la Corrèze et des in­cur­sions en Haute­vienne et dans le Puy­de­dôme. Pour ces ca­fés ou ces res­tos de cam­pagne, qui ouvrent, de concert, la table et la scène, le bouche­à­oreille est as­su­ré pour le reste de l’an­née. L’évé­ne­ment est donc at­ten­du de pied ferme. « Dès le mois d’oc­tobre, ils s’im­pa­tientent, nous de­mandent le pro­gramme, les li­vrets. Nous avions pris quinze jours de re­tard cette an­née. Ils ont tous gro­gné », ri­gole Ay­me­ri Ne­bout, co­pré­sident de Pays’sage.

Le la­bel « bonne mu­sique et bons pe­tits plats » des Bis­trots d’hi­ver draine une po­pu­la­tion de fi­dèles. Cer­tains, en s’y ren­con­trant, ont trou­vé chaus­sure à leur pied jus­qu’à s’épou­ser ; d’autres s’y re­joignent comme pour un pè­le­ri­nage. « Il y a les co­ pains “Bis­trots d’hi­ver” qui ne se voient qu’à cette oc­ca­sion, sur deux ou trois concerts », re­lève Ay­me­ri. Et des fans qui sui­vront « toutes les étapes » comme sur le Tour de France, à par­tir du cro­chet dans l’indre, à Sainte­sé­vère, le 15 jan­vier, jus­qu’au 19 mars « Chez Na­nou », en Corrèze, à Mille­vaches – 90 ha­bi­tants.

De­puis plu­sieurs hi­vers, l’apé­ro­tchatche ap­porte un hors­d’oeuvre de choix au ti­cket « re­pas et concert ». « On re­fuse du monde. Il y a des gens qui ne viennent que pour ce temps de dé­bat ci­toyen sur un su­jet de proxi­mi­té. » L’af­fron­te­ment d’idées à propos d’une ac­tua­li­té lo­cale sou­le­vant par­fois la po­lé­mique n’em­pêche ja­mais aux contra­dic­teurs de pro­lon­ger la dis­cus­sion au­tour d’un verre ou des plai­sirs de la table. Une ta­ ble que les convives exigent qu’elle soit com­mune.

« Met­tez-nous avec des in­con­nus ! »

« Nous man­geons tous les jours face à face avec ma femme (mon ma­ri), met­tez­nous avec des in­con­nus ! », est la de­mande la plus cou­rante adres­sée aux au­ber­gistes. Ay­me­ri Ne­bout, de­puis deux ou trois ans, sent mon­ter au sein des troupes l’en­vie gran­dis­sante d’être en­ semble. Un re­tour à l’autre, à la réunion comme une ré­ponse face à la du­re­té du monde ?

« Je ne sais pas, peut­être est­ce lié aux at­ten­tats, mais nous re­ce­vons l’ex­pres­sion d’une gra­ti­tude, des flots de re­mer­cie­ments, ce qui n’ar­ri­vait pas si sou­vent au­pa­ra­vant. »

HARMONIE. Am­biance coun­try « Chez Na­nou », à Mille­vaches, en 2011, où Nor­folk AC avait trou­vé un cadre fa­mi­lier pour chan­ter son Amé­rique des pion­niers et des grands es­paces. PHOTO PASCAL CHAREYRON

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