La loi de l’em­mer­de­ment maxi­mum

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Mag dimanche -

C’est tou­jours quand on ne s’y at­tend pas. Je rou­lais en voi­ture. Tran­quillou. Quand sou­dain Bip ! Bip ! Bip ! Une alarme ru­git : Biiip ! Biiip ! Biiip !…. Alerte sur le ta­bleau de bord : comme si le frein à main était ti­ré, alors que non. Fausse alarme, mais bou­can in­sup­por­table. C’était ven­dre­di à 18 h 01. Pas n’im­porte quel ven­dre­di : le 23 dé­cembre, veille de Noël. J’ap­pelle le ga­rage : « Dé­so­lé, les mé­ca­nos sont par­tis à 18 heures et ex­cep­tion­nel­le­ment, on se­ra fer­mé de­main sa­me­di. Ben oui : c’est fête ! » T’ap­pelles ça une fête ? Puis le jar­di­nier est ve­nu cou­per les ronces. Des mois qu’il avait pro­mis. Il dé­boule le 24. Oh joie ! Mais en éla­guant le lierre du toit, son sé­ca­teur tranche le câble in­ter­net. Va faire ré­pa­rer de la fibre op­tique entre Noël et le jour de l’an. In­ter­net plan­té. Reste le té­lé­phone. Je ra­conte mes dé­boires au pa­tron du jour­nal. Il se marre : ça te fe­ra un su­jet de ch­ro­nique ! Tou­jours res­pec­ter les voeux du pa­tron. C’est ce qu’on ap­pelle la loi de l’em­mer­de­ment maxi­mum ; ver­sion ul­time de la Loi de Mur­phy : « Tout ce qui est sus­cep­tible de tour­ner mal tour­ne­ra né­ces­sai­re­ment mal ». Cer­tains phé­no­mènes s’ex­pliquent : les feux qui passent tous au rouge jus­te­ment quand vous êtes à la mé­ga­bourre. Il­lu­sion ré­tros­ pec­tive : la mé­moire est sé­lec­tive, elle n’en­re­gistre pas les feux rouges en temps nor­mal, car ce n’est pas un évé­ne­ment. Ex­pli­cable aus­si, le por­table qui sombre juste à l’ex­pi­ra­tion de la ga­ran­tie. Mais il y a le reste. Au su­per­mar­ché, au péage, je suis tou­jours dans la file qui bloque. J’ignore pour­quoi. Je ne suis pas com­plo­tiste. Je crois à la rai­son et non aux es­prits, mais je ne compte plus les fois où le la­ve­linge a choi­si de tom­ber en panne un jour fé­rié. Sans par­ler des fuites d’eau. Et le fioul ? De­man­dez à la chau­dière si elle ne prend pas un ma­lin plai­sir à fi­nir à sec en dé­but de week­end. Si pos­sible en hi­ver. La loi de l’em­mer­de­ment maxi­mum im­pose que les bonnes nou­velles de­viennent mau­vaises. Les chiffres du chô­mage qui baissent, c’est une bé­né­dic­tion : sauf si tu as an­non­cé trois se­maines plus tôt que tu ne te re­pré­sen­tais pas à la pré­si­den­tielle. Bon Ok, faut d’abord être Pré­sident. À la ren­trée 2014, Fran­çois Hol­lande y croyait en­core. Pour re­con­qué­rir l’opi­nion et sur­tout les jeunes, ses stra­tèges avaient mi­ton­né une émis­sion sur me­sure : « En di­rect avec les Fran­çais » (TF1, 6 no­vembre). Les ré­seaux so­ciaux ont fré­mi. Mais le sur­len­de­main, Na­billa a poi­gnar­dé son boy­friend, et fi­ni en ca­bane. Ré­sul­tat : il y a eu quatre fois plus de tweets sur la bim­bo si­li­co­née que sur le Pré­sident de la Ré­pu­bli­ que. Cha­cun sa bombe ato­mique. À droite, pas mieux. Christian Es­tro­si, l’ex­maire de Nice, avait mo­qué la sé­cu­ri­té à Pa­ris après les at­ten­tats du Ba­ta­clan : « À Nice, les frères Koua­chi n’au­raient pas pas­sé trois car­re­fours sans être neu­tra­li­sés ». Car il a do­té sa ville d’un spec­ta­cu­laire ré­seau de 1.200 ca­mé­ras de sur­veillance. Oui mais voi­là : l’at­ten­tat de Nice, 86 morts le 14 juillet, si mes in­fos sont exactes c’était… à Nice. Au­pa­ra­vant, Mo­ha­med La­houaiej Boul­hel, le chauf­feur du ca­mion, avait pu faire 11 re­pé­rages en ville sans être re­pé­ré ni in­quié­té, y com­pris sur la Pro­me­nade des An­glais. Pire, l’été d’avant, le même in­di­vi­du avait fait un sel­fie sur la même Pro­me­nade avec… Es­tro­si ! Certes, l’élu n’y est pour rien. C’est jus­te­ment ça, la loi de l’em­mer­de­ment maxi­mum. Le mau­vais mo­ment, le mau­vais en­droit. Voyez Em­ma­nuel Ma­cron qui flâne avec son épouse Bri­gitte sur une plage de Biar­ritz. Pas de bol : au mo­ment où ils ba­gue­naudent main dans la main, ils croisent un nu­diste, ro­bi­net­te­rie en avant. Pas de bol : au même ins­tant, il y a là un pho­to­graphe de Pa­ris­match. Clic­clac, pile­poil. Comme dit Woo­dy Al­len : « Non seule­ment Dieu n’existe pas, mais al­lez trou­ver un plom­bier le di­manche ».

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