La guerre des places d’ur­gence

Entre les as­so­cia­tions et les po­li­tiques, la ba­taille des chiffres est en­ga­gée

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & monde actualités -

Les as­so­cia­tions s’alarment d’un des pires hi­vers pour les sans-abri, le gou­ver­ne­ment ré­plique que ce « n’est pas le plus dif­fi­cile », les po­li­tiques s’en mêlent… Tan­dis que des cen­taines de SDF dorment dans la rue chaque soir, sur le front de l’hé­ber­ge­ment, c’est la ba­taille des chiffres.

Alors que les tem­pé­ra­tures des­cendent et que la France vit ce week­end un pic de froid ex­cep­tion­nel, com­bien sont­ils à dor­mir de­hors ? En dé­cembre, plus de 23.000 per­sonnes dans 45 dé­par­te­ments ont ap­pe­lé le 115, nu­mé­ro d’ur­gence des­ti­né aux SDF. « Moins d’une per­sonne sur deux » com­po­sant le 115 « est prise en charge » se­lon la Fnars, fé­dé­ra­tion d’as­so­cia­tions lut­tant contre la pau­vre­té.

Mais nom­breux aus­si sont ceux qui ne sont pas par­ve­nus à joindre un in­ter­lo­cu­teur, ou qui ont ces­sé de ten­ter leur chance, dé­cou­ra­gés. A Pa­ris, en moyenne, chaque jour de dé­cembre, 312 fa­milles, 343 hommes seuls et 87 femmes seules ont ap­pe­lé ce nu­mé­ro d’ur­gence. En fin de nuit, 158 fa­milles, 75 hommes seuls et 43 femmes seules, en moyenne, n’avaient pas eu de pro­po­si­tion d’hé­ber­ge­ment, contraints de dor­mir sur le trot­toir. Avec des consé­quences par­fois dra­ma­tiques : le 30 dé­cembre, un homme d’une cin­quan­taine an­nées est mort d’hy­po­ther­mie à La Ro­chelle. Les as­so­cia­tions tirent la son­nette d’alarme de­puis des mois. Pour le di­rec­teur gé­né­ral de la Fnars, « c’est l’un des hi­vers les plus dif­fi­ciles sur le front de l’hé­ber­ge­ment ».

« Si tous les hi­vers sont dif­fi­ciles, celui­là n’est pas plus dif­fi­cile que les autres », a ré­pli­qué ven­dre­di la mi­nistre du Lo­ge­ment Em­ma­nuelle Cosse. « En 2012, il y avait 80.000 places d’hé­ber­ge­ment. Nous sommes pas­sés à plus de 128.000 et nous conti­nuons à en ou­vrir ». Mais la ba­taille des chiffres fait rage. Pour Vincent Peillon, can­di­dat à la pri­maire ini­tiée par le PS, il « manque en­core 25.000 pla­ ces ». Une es­ti­ma­tion qui in­ter­roge les as­so­cia­tions. « Je ne sais pas d’où ça sort », com­mente Florent Gue­guen, de la Fnars. « Mais ce qui est sûr, c’est qu’il manque plu­sieurs di­zaines de mil­liers de places d’hé­ber­ge­ment sur les grandes villes, plus de 25.000 ». Pour lui, la so­lu­tion c’est aus­si de « pro­duire des lo­ge­ments très so­ciaux ».

Car les as­so­cia­tions es­timent que 30 % des per­sonnes ac­cueillies peuvent pré­tendre à un lo­ge­ment social. Si elles y ac­cé­daient, ce­la li­bé­re­rait quelque 40.000 places d’hé­ber­ge­ment. Le FN es­time de son cô­té que ces­ser d’ac­cueillir les mi­grants est « la pre­mière des choses à faire » pour ai­der les SDF.

« Il n’est pas ques­tion de faire le tri entre les Fran­çais et les autres. Toute per­sonne en dé­tresse a droit à un hé­ber­ge­ment »

« Il n’est pas ques­tion de faire le tri entre les Fran­çais et les autres. Toute per­sonne en dé­tresse a droit à un hé­ber­ge­ment », ba­laie Florent Gue­guen. Il note ce­pen­dant que « la crise mi­gra­toire a eu un im­pact ». Par­mi les per­sonnes ap­pe­lant le 115, « 40 % sont des étran­gers ex­tra­com­mu­nau­taires. On a beau­coup de de­man­deurs d’asile qui de­vraient être dans des centres d’ac­cueil pour de­man­deurs d’asile (Ca­da) mais, faute de place, ils ap­pellent le 115 ».

SDF. « Moins d’une per­sonne sur deux » com­po­sant le 115 « est prise en charge » se­lon la Fnars, fé­dé­ra­tion d’as­so­cia­tions lut­tant contre la pau­vre­té. PHOTO AFP

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