La grippe aviaire « va chan­ger le pay­sage » du Gers

Re­por­tage dans une ex­ploi­ta­tion du Gers où 32.000 ca­nards ont dû être abat­tus

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & monde actualités -

Des jours qu’ils ne veulent « sur­tout pas re­vivre » : dans le Gers, la fa­mille Pu­jos a dû faire abattre les 32.000 ca­nards de son éle­vage après un cas de grippe aviaire, dans une région où la pro­fes­sion se mo­bi­lise pour en­di­guer cette nou­velle épi­zoo­tie.

Ven­dre­di, des sa­la­riés en blouses blanches ont mul­ti­plié les al­lers­re­tours en trac­teur entre les im­po­sants bâ­ti­ments d’éle­vage. À l’abri des re­gards, les ca­nards sont un à un eu­tha­na­siés d’une brève dé­charge élec­trique. « Cette ma­la­die, c’est hor­rible », se dé­sole Jean­pierre Pu­jos, bottes aux pieds et mains dans les poches. « Quand vous voyez les ca­nards mou­rir de cette fa­çon », ajoute l’éle­veur qui s’est aper­çu il y a une se­maine « que le lot n’était pas nor­mal ».

Gé­rant d’une ex­ploi­ta­tion de 450 hec­tares de­puis 37 ans, il dit tra­ver­ser des jours qu’il ne veut « sur­tout pas re­vivre » et se « voit mal re­dé­mar­rer sans qu’ils soient vac­ci­nés ».

Avec l’ar­rêt de l’ac­ti­vi­té, au­de­là du désoeu­vre­ment, « il y a la perte éco­no­mique et il y a la perte des clients » qui achè­te­ront ailleurs, « puis l’image de nos tra­di­tions, de notre sa­voir­faire », sou­pire son fils.

Sur cette ferme, l’abat­tage a dé­bu­té mer­cre­di, la veille de l’an­nonce par le mi­nis­tère d’un nou­veau plan de lutte contre le vi­rus. D’ici au 20 jan­vier, en­vi­ron un mil­lion de pal­mi­pèdes éle­vés à l’air libre vont être abat­tus pré­ven­ti­ve­ment dans 150 com­munes du Gers, des Landes, des Hautes­py­ré­nées et des Py­ré­nées­at­lan­tiques.

À l’au­tomne 2015, la grippe aviaire H5N1 avait tou­ché le Sud­ouest : le gou­ver­ne­ment avait alors dé­cré­té un « vide sanitaire » de jan­vier à mai 2016, dans 18 dé­par­te­ments. Les éle­veurs avaient vi­dé pro­gres­si­ve­ment leurs éle­vages, net­toyé et re­pris leur ac­ti­vi­té.

Mais fin no­vembre, un autre vi­rus, H5N8, pré­sent dans d’autres pays d’eu­rope, a été si­gna­lé en France. Dans les pay­sages val­lon­nés de l’ouest du Gers, le mi­nis­tère de l’agri­cul­ture dé­nom­brait 51 cas, sur les 100 comp­ta­bi­li­sés dans toute la France. « L’an der­nier, on n’a pas été tou­chés par le vi­rus », pré­cise Va­lé­rie Pu­jos, l’épouse de Sé­bas­tien, de­bout à quelques mètres d’un han­gar rem­pli de maïs. « Au­jourd’hui, on ne sait pas où l’on va », avec « vingt sa­la­riés à temps com­plet, une di­zaine d’autres oc­ca­sion­nels » et « 6 mois sans ren­trée fi­nan­cière ». « On at­tend vrai­ment les aides […] pour pou­voir dé­jà sau­ver nos em­plois, et puis après, es­sayer de nous sau­ver nous­mêmes ».

Un coup por­té au tou­risme

Dans la région, « l’éco­no­mie, c’est l’agri­cul­ture », ré­sume la maire de la com­mune, Clau­dine La­dois ve­nue sur l’ex­ploi­ta­tion. « C’est l’éco­no­mie qui va vrai­ment en prendre un coup, et aus­si le tou­risme in­duit », car ces épi­sodes vont « chan­ger pro­fon­dé­ment le pay­sage de l’agri­cul­ture ».

EX­PLOI­TA­TION PU­JOS (GERS). Le vi­rus est sans dan­ger pour l’être hu­main mais clas­sé « hau­te­ment pa­tho­gène » pour les vo­lailles. PHOTO AFP

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