L’éco­no­miste qui bous­cule

Jacques Gé­né­reux, un éco­no­miste « at­ter­ré » chez J.­L. Mé­len­chon

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 jours en politique - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Avec sa « Dé­con­no­mi », Jacques Gé­né­reux met un coup de pied dans la pen­sée unique. Il ar­gu­mente pour Jean-luc Mé­len­chon et sa « France in­sou­mise ».

Jacques Gé­né­reux bous­cule. Éco­no­miste, uni­ver­si­taire, proche de Jean­luc Mé­len­chon, il porte le fer dans la théo­rie éco­no­mique do­mi­nante. « Elle est ab­surde ! », écri­til dans son der­nier livre pu­blié aux édi­tions du Seuil (*). Et il n’est pas tendre avec ses confrères éco­no­mistes qui font le bruit mé­dia­tique. « Nous sommes gou­ver­nés par des aveugles, écrit­il. Aveugles avant la crise : ils ne l’ont pas vu ve­nir, alors qu’elle était iné­luc­table. Aveugles pen­dant la crise : ils l’ont ag­gra­vée, au lieu de la com­battre. Aveugles après, ou plu­tôt dans ce qu’ils ima­gi­naient être l’après­crise : ils ont créé les condi­tions d’une pro­chaine ca­tas­trophe fi­nan­cière, sans doute plus dra­ma­tique en­core que la pré­cé­dente. »

Les pri­maires : « Une mas­ca­rade ! »

Et qu’on ne vienne pas plai­der pour le sys­tème des pri­maires au­quel le cham­pion de Jacques Gé­né­reux, Jean­luc Mé­len­chon, se sous­trait. « C’est un sys­tème qui conduit le can­di­dat à faire un pro­gramme pour la pri­maire, pour son camp et à lui tour­ner le dos dès qu’il se­ra nom­mé pour s’adres­ser à la ma­jo­ri­té des Fran­ çais. C’est vrai avec Fillon et vous voyez bien que c’est dé­sor­mais vrai avec Valls. C’est une mas­ca­rade qui dé­va­lo­rise la pa­role pu­blique. »

Dé­non­çant le consen­sus « fou pour main­te­nir en place les condi­tions de la pro­chaine crise fi­nan­cière », Jacques Gé­né­reux s’in­ter­roge sur l’in­té­rêt des po­li­tiques à pé­ren­ni­ser un sys­tème qui court à la ca­tas­trophe.

Au pre­mier chef du mal, ce sont les po­li­tiques d’aus­té­ri­té en Eu­rope. « Avec quel but et quel suc­cès ? Le suc­cès : au­cun ! Re­gar­dez la Grèce. Quel in­té­rêt à avoir cette at­ti­tude qui fait mon­ter en Eu­rope les mou­ve­ments na­tio­na­listes voire car­ré­ment xé­no­phobes ? Qu’y gagnent­ils ? Rien ! »

Et l’éco­no­miste, consta­tant la force des trai­tés in­ter­na­tio­naux qui ver­rouillent la marge de ma­noeuvre des États, consi­dère qu’il y a « une au­to­mu­ti­la­tion du po­li­tique. Si la fi­nance a tant de pou­voir au­jourd’hui, c’est bien parce que les po­li­tiques ont mis ces trai­tés qui em­pêchent les États d’agir ! »

Quant aux po­li­tiques d’aus­té­ri­té, Jacques Gé­né­reux les consi­dèrent comme le mal à com­battre. « Dans un contexte où les gens sont crain­tifs, qui va croire que la so­lu­tion c’est d’en ra­jou­ter une louche pour que les gens se serrent la cein­ture da­van­tage et dé­pensent en­core moins ? Ça n’a juste pas de sens ! »

Li­mi­ter le pou­voir de l’ar­gent

Dé­non­çant l’évo­lu­tion des gauches vers la po­li­tique de l’offre, l’au­teur consi­dère que les po­li­tiques de re­lance et l’em­ploi pu­blic ne sont pas des maux, au contraire. Et écrit­il, il n’y a pas de fa­ta­li­té avant d’ajou­ter : « Dans un pays plei­ne­ment sou­ve­rain, il ne faut que quelques heures ou quelques jours pour li­mi­ter le pou­voir de l’ar­gent et ren­for­cer celui des ci­toyens. » On au­ra com­pris que Jacques Gé­né­reux es­père une vraie ré­forme de la re­la­tion du ci­toyen à la pratique de la dé­mo­cra­tie. Pour ce­la il pose une ques­tion de fonds sur le fait po­li­tique en Oc­ci­dent : « En ac­cep­tant fi­na­le­ment la dé­mo­cra­tie re­pré­sen­ta­tive, les riches et les ca­pi­ta­listes ont pa­rié sur la bê­tise des masses et l’abru­tis­se­ment de la ma­jo­ri­té par la consom­ma­tion, d’une part, et sur la pres­sion sys­té­mique de la concur­rence in­ter­na­tio­nale qui li­mite les marges de ma­noeuvre des re­pré­sen­tants, d’autre part. » Comment bous­cu­ler tout ça ? Bien sûr Jacques Gé­né­reux a une piste : « Le chan­ge­ment, c’est le pro­jet de la “France in­sou­mise” », conclut­il.

(*) En Li­brai­rie. « La Dé­con­no­mie », de Jacques Gé­né­reux. Édi­tions du Seuil. 404 pages, 19,50€.

JACQUES GÉ­NÉ­REUX. « La pri­maire est un concours de beau­té dé­bi­li­tant ! » PHOTO BEP

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