Mieux com­prendre ce qui ré­git nos vies

Pe­tit jeu de ques­tions/ré­ponses avec le pro­fes­seur de philosophie cler­mon­tois Gé­rard Guièze

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont Vivre Sa Ville - Guy Le­maître guy.le­maitre@cen­tre­france.com

Gé­rard Guièze peut pré­tendre vivre une se­conde exis­tence grâce à la philosophie qu’il a en­sei­gnée et qui, au­jourd’hui, lui per­met d’ani­mer de nom­breuses confé­rences. Un pu­blic de plus en plus éten­du et de tous ho­ri­zons le sol­li­cite en quête d’élé­ments de com­pré­hen­sion sur tous ces su­jets qui nous pré­oc­cupent, nous ré­voltent ou nous ré­jouissent.

L’an­née 2016 vient de re­fer­mer ses portes avec son lot d’évé­ne­ments, de doutes et de ques­tion­ne­ments. Le pro­fes­seur de philosophie cler­mon­tois Gé­rard Guièze tente de nous pro­cu­rer quelques « clefs » pour y voir plus clair. Et sai­sir les mé­ca­nismes de nos com­por­te­ments et res­sen­tis.

Pour­quoi tant d’in­ter­ro­ga­tions sur l’éducation ? Elle est confron­tée à une crise de l’au­to­ri­té pa­ren­tale, pro­fes­sion­nelle et éta­tique qui la met, à son tour, en crise. Il n’existe pas de re­la­tion édu­ca­tive sans une re­la­tion d’au­to­ri­té. Il est sou­vent pen­sé que le dé­fi­cit d’éducation est cause de vio­lence chez les jeunes, car la re­la­tion édu­ca­tive est consi­dé­rée comme dé­ci­sive. Or édu­quer c’est trans­mettre. Et l’au­to­ri­té n’a rien à voir avec l’exer­cice d’un pou­voir. On a même une au­to­ri­té lorsque l’on n’a pas be­soin d’exer­cer un pou­voir.

Y au­rait-il une crise de l’au­to­ri­té ? Elle se dé­fi­nit par rap­port à son ca­rac­tère lé­gi­time et ne se suf­fit pas à elle­même. Elle a be­soin d’une source qui lui confère son sens et sa va­leur (ex : la science, la re­li­gion). Au­jourd’hui, l’au­to­ri­té ren­voie moins au sa­cré mais a des sta­tuts et rôles re­con­nus : le maître, le chef, le pa­rent, le juge…

Peut-on par­ler d’une nou­velle ci­toyen­ne­té ? Elle est de­ve­nue po­li­tique car cen­trée sur la dif­fé­rence et non plus sur l’iden­ti­té des êtres (mas­cu­lin, fé­mi­nin).

Elle doit prendre en compte les dif­fé­rences de sexe, de culture et ne plus se conten­ter d’une si­mi­li­tude entre les êtres, en rai­son de la plu­ra­li­té de leurs ap­par­te­nances. Re­pen­sons la no­tion de ci­toyen­ne­té pour la rendre apte à cette ou­ver­ture !

Dé­mo­cra­tie et Ré­pu­blique, quelle dif­fé­rence ? Nos contem­po­rains (classe po­li­tique, élec­to­rat) sont di­vi­sés sur un point : com­ment rendre la Ré­pu­blique plus dé­mo­cra­tique ou l’in­verse, rendre la dé­mo­cra­tie plus ré­pu­bli­caine. Mais la Ré­pu­blique se fonde sur le droit, la loi et l’opi­nion pu­blique. Ce qui la rend beau­coup plus fragile, car l’opi­nion est chan­geante.

L’idée de pro­grès perd de son évi­dence

On sait, au­jourd’hui, fa­bri­quer l’opi­nion par un pou­voir mé­dia­tique très ef­fi­cace. C’est l’ajus­te­ment de leurs liens qui de­vient un en­jeu.

Le pro­grès des sciences est-il neutre ? La science pose elle­même des pro­blèmes éthiques, c’est­à­dire l’exer­cice de nos pou­voirs sur la pro­créa­tion, les soins, les tech­no­lo­gies mé­di­cales, les pro­thèses et, sur­tout, les ma­ni­pu­la­tions gé­né­tiques et cé­ré­brales. Aus­si, pour res­ter dans un monde hu­main avec de tels pou­voirs, il faut ré­flé­chir à l’usage de nos sa­voirs qui ne sont pas né­ces­sai­re­ment des chances, mais com­portent des risques et me­naces. L’idée de pro­grès perd ain­si de son évi­dence.

Pour­quoi s’in­quiète-t-on au­tant des re­la­tions entre re­li­gion et po­li­tique ? Il existe un pro­blème. Le re­tour à un usage po­li­tique de la re­li­gion, au­tre­ment dit la re­li­gion comme moyen au ser­vice de la po­li­tique, si­gni­fie que la su­per­sti­tion est aus­si un moyen de gou­ver­ner. Les hommes sont cré­dules et non pas d’au­then­tiques croyants. Et on ex­ploite cette cré­du­li­té à des fins po­li­tiques. Ici, la re­li­gion n’est pas pen­sée comme une éthique, mais comme une tech­nique de po­li­tique de per­sua­sion.

La mort est-elle tou­jours un ta­bou ? C’est le plus im­por­tant ! Plus que la sexua­li­té, car ce que re­doutent les hommes, c’est moins la mort que la conscience de la mort.

Cette der­nière peut être vé­cue comme une tra­gé­die ou bien comme un prin­cipe d’es­pé­rance pour des hommes de foi. Et elle n’est pas ré­duc­tible à la simple mor­ta­li­té na­tu­relle.

Et le bon­heur dans tout ça ? Il est de­ve­nu une fi­na­li­té de l’exis­tence hu­maine. Avant, il y avait eu la re­cherche de la sa­gesse, celle d’un sa­lut sur­na­tu­rel et le pro­grès. Ces quatre buts ont dé­ter­mi­né les fon­de­ments de l’in­ter­ro­ga­tion dans la longue his­toire de notre hu­ma­ni­té.

COURS. La philosophie pour avan­cer. PHO­TO THIER­RY LINDAUER

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