La re­vanche d’une élève « cancre » « Je suis la Cen­drillon de la lit­té­ra­ture ! »

On peut souf­frir de graves troubles de l’ap­pren­tis­sage, avoir une or­tho­graphe « ca­tas­tro­phique » et écrire un livre. So­phie de Char­pin Feu­ge­rolles le prouve et prend une « re­vanche » écla­tante sur la vie.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Tan­guy Ol­li­vier tan­guy.ol­li­vier@cen­tre­france.com

«So­phie, tu n’y ar­ri­ve­ras pas… » La phrase de ce prin­ci­pal de col­lège cler­mon­tois lui re­vient sou­dain comme un coup de fouet. « Tiens, j’ai­me­rais bien lui en­voyer mon livre à lui. Et même lui faire une dé­di­cace ! »

Ado­les­cente, So­phie de Char­pin Feu­ge­rolles fi­gu­rait dans la ca­té­go­rie cancres. « J’étais vrai­ment le mau­vais élève », souffle­telle. Ses co­pies, bour­rées de fautes d’or­tho­graphe, lui ont taillé une so­lide ré­pu­ta­tion au sein des éta­blis­se­ments qu’elle a fré­quen­tés, à Mont­lu­çon et Cler­mont­fer­rand. Tout ça à cause d’un han­di­cap, qui lui a « pour­ri la vie » : So­phie est dys­lexique et dys­pha­sique. Des troubles de l’ap­pren­tis­sage qui lui ont long­temps bar­ré la route de la lec­ture et de l’écri­ture. « Quand il fal­lait lire des pièces de Mo­lière, je re­gar­dais les adap­ta­tions à la té­lé­vi­sion », sou­rit­elle.

La « ré­vé­la­tion » ar­rive à l’âge de trente ans, quand on lui offre ses pre­miers livres. Jus­qu’alors, les « pa­vés de quatre cents pages » lui sem­blaient aus­si in­ac­ces­sibles que les cimes de l’eve­rest. D’ou­vrage en ou­vrage, elle réa­lise que cet uni­vers est en fait à sa por­tée. Et pour­quoi pas écrire ? « Un ami m’a dit que ce n’était pas si com­pli­qué, qu’il fal­lait par­tir d’une base réelle et cons­truire une his­toire au­tour. Alors je me suis lan­cée. »

Voi­là com­ment est né Les Choix de Cla­ra, un ro­man pa­ru le 5 oc­tobre qui met en scène… une jeune femme de 35 ans souf­frant de dys­pha­sie et de dys­lexie, sa­la­riée au ser­vice suc­ces­sion d’une banque pa­ri­sienne. « C’est aus­si mon mé­tier, il y a évi­dem­ment une part per­son­nelle, mais le reste de l’his­toire est in­ven­té », pré­cise So­phie de Char­pin Feu­ge­rolles, qui a si­gné son livre sous le nom de So­phie di Pao­lan­to­nio.

Écit en pho­né­tique

Elle a mis cinq mois pour ac­cou­cher d’un ma­nus­crit ré­di­gé « en pho­né­tique. Je ne sais pas si le lo­gi­ciel que j’ai uti­li­sé s’en est re­mis, ri­gole­t­elle. En­suite, ce sont des amis de Mont­lu­çon et un membre de ma fa­mille, prof de Fran­çais, qui se sont col­lés à la re­lec­ture. Il fal­lait cor­ ri­ger toutes mes fautes d’or­tho­graphe. »

Le ro­man a tout de suite plu à Flam­ma­rion, qui a ce­pen­dant de­man­dé à So­phie de Char­pin Feu­ge­rolles deux adap­ta­tions. « Ils ont vou­lu que mes per­son­nages, Cla­ra et Alexandre, se ren­contrent plus ra­pi­de­ment. Et sur­tout, alors que j’avais ten­té de dé­ta­cher Cla­ra de ma propre per­son­na­li­té, ils ont ai­mé les quelques er­reurs de lan­gage pro­vo­quées par la dys­pha­sie que j’avais ra­con­tées. Ils m’ont même de­man­dé d’en ajou­ter. Je n’ai pas eu de mal, car el­ les sont toutes vraies. J’ai réel­le­ment cher­ché un « scotch spor­tif » (au lieu d’un coach) et dit que j’es­saie­rais « coude­à­coude » (au lieu de coûte que coûte) de fi­gu­rer en haut d’un clas­se­ment ! »

La maison d’édi­tion a eu un vrai « coup de coeur » pour ce pre­mier livre plein de sim­pli­ci­té et de sin­cé­ri­té. « Pour moi, c’est une re­vanche sur la vie, glisse So­phie de Char­pin Feu­ge­rolles. S’il y a bien un do­maine dans le­quel on ne m’at­ten­dait pas, c’est

l’écri­ture. Je rêve que les profs de mon en­fance tombent sur ce livre et se sou­viennent de moi. Je suis un peu la Cen­drillon de la lit­té­ra­ture ! »

Son livre, So­phie s’en est aus­si ser­vi comme d’une thé­ra­pie. Au­jourd’hui, elle croit re­mar­quer qu’elle a fait « des pro­grès. Dans mon tra­vail, je dois beau­coup écrire, je suis tou­jours obli­gée de biai­ser, de me faire ai­der. Main­te­nant, j’ar­rive mieux à me concen­trer. »

« J’ai réel­le­ment dit que je cher­chais un « scotch spor­tif !»

DÉ­DI­CACE. So­phie de Char­pin Feu­ge­rolles le sa­me­di 19 no­vembre à l’es­pace cultu­rel de Do­mé­rat, où une séance de dé­di­caces était or­ga­ni­sée. PHO­TO FLO­RIAN SALESSE

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