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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

en­dant 21 ans, en France, le deuxième per­son­nage de l’état fut un noir. Un pe­tit­fils d’es­clave que la mé­ri­to­cra­tie ré­pu­bli­caine avait conduit jusque sur les bancs de la fa­cul­té de droit et que le suf­frage uni­ver­sel avait por­té d’abord à la Chambre des dé­pu­tés, puis au Sé­nat. Il est étrange que nous qui af­fi­chons l’or­gueil de notre « mo­dèle républicain d’in­té­gra­tion », nous ayons ou­blié Gas­ton Mon­ner­ville, pré­sident de la Chambre haute de 1947 à 1968. Lorsque en 1937, dé­pu­té de Guyane, il fut nom­mé sous­se­cré­taire d’état aux co­lo­nies, na­zis al­le­mands et fas­cistes ita­liens dé­non­cèrent la vo­lon­té de la France d’im­plan­ter, au coeur du vieux conti­nent une po­li­tique in­di­gène, « fo­lie pour la na­tion fran­çaise et dan­ger pour le reste de l’eu­rope ». En­ga­gé vo­lon­taire en 1939, Mon­ner­ville écri­vit à Pé­tain pour pro­tes­ter contre les pre­mières me­sures dis­cri­mi­na­toires prises par Vi­chy contre les juifs, les arabes et les hommes de cou­leur. Ré­sis­tant, il fut membre du mou­ve­ment Com­bat. C’est à son ini­tia­tive que fut vo­tée, en 1946, la loi ac­cor­dant le sta­tut de dé­par­te­ment aux « quatre vieilles co­lo­nies », Guyane, Mar­ti­nique, Gua­de­loupe et Réunion. Pour­tant, en 1948, ses conci­toyens ne re­nou­ve­lèrent pas leur confiance à leur bien­fai­teur, et c’est le Lot que re­pré­sen­ta jus­qu’en 1974 ce mi­li­tant ex­cep­tion­ nel qui avait dé­bar­ras­sé sa terre na­tale de l’ar­bi­traire des gou­ver­neurs. Aveu­gle­ment ? In­gra­ti­tude ? Non, ré­tor­sion. Car Gas­ton Mon­ner­ville avait aus­si été l’ar­ti­san de la sup­pres­sion du bagne de Cayenne et donc… des em­plois qu’il pro­cu­rait en abon­dance.

Comme le dit le pro­verbe an­glais, de cha­cun fait plus de bruit que le ton­nerre de Dieu » : le désa­veu in­fli­gé à Mon­ner­ville montre que c’est as­su­ré­ment le propre de l’homme que de n’en­tendre son­ner mi­di qu’à sa pen­dule. Ain­si nous ré­jouis­sons­nous d’ap­prendre que les vé­hi­cules au­to­nomes mis au point par une di­zaine de construc­teurs ap­por­te­ront dans les an­nées qui viennent une sé­cu­ri­té in­es­pé­rée. En sup­pri­mant l’er­reur hu­maine, disent les spé­cia­listes, de pa­reilles voi­tures di­vi­se­raient par dix le nombre d’accidents. Vies sau­vées (1,2 mil­lion de morts chaque an­née sur les routes du monde) ; drames épar­gnés (50 mil­lions de bles­sés) ; éco­no­mies pour la puis­sance pu­blique (12,5 mil­liards d’eu­ros dé­pen­sés en France au titre de la sé­cu­ri­té rou­tière plus 11 mil­liards de dé­penses de san­té) ; gain de pou­voir d’achat pour les mé­nages (de com­bien di­mi­nue­raient les 20 mil­liards d’eu­ros que dé­pensent les Fran­çais pour as­su­rer leur voi­ture ?). Oui mais… Oui mais, ob­serve l’uni­ver­si­té de l’état d’ari­zo­na, les 32.000 morts an­nuels sur les routes état­su­niennes sont les plus gros pour­voyeurs d’or­ganes pour les trans­plan­ta­tions. Si 94 % des accidents sont dus aux conduc­teurs, sup­pri­mer cette cause, pour­suit l’étude, c’est condam­ner à mort des di­zaines de mil­liers de per­sonnes. Dé­jà, en France, l’an pas­sé, ce sont 200 ma­lades et, aux ÉtatsU­nis, 7.000 qui ont at­ten­du en vain le coeur, le foie, les reins d’un don­neur. Si les au­teurs de cette alerte re­con­naissent po­ser un pro­blème dont ils ne voient pas la so­lu­tion, telle n’est pas la po­si­tion de cer­tains com­men­ta­teurs du compte­ren­du de cette étude pu­blié par Slate.us. L’un en dé­duit que le main­tien de la peine de mort s’im­pose ; l’autre qu’elle de­vrait être bien plus sou­vent ap­pli­quée et même éten­due à de nou­velles in­frac­tions ; un troi­sième sug­gère que l’on achète leurs reins aux pauvres du tiers­monde ; un qua­trième lui ré­pond que c’est dé­jà fait, mais qu’il fau­drait les payer da­van­tage ; un der­nier rap­pelle qu’après les ac­ci­den­tés de la route, ce sont les morts d’over­dose qui four­nissent le plus grand nombre d’or­ganes et il ajoute que ceux­là ne di­mi­nuent pas. Il est des conso­la­tions qui af­fligent.

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