« Main­te­nant, ma prio­ri­té, c’est de voya­ger » Eras­mus, école de la vie…

Le pro­gramme, ac­cé­lé­ra­teur de ma­tu­ri­té, fait l’ob­jet de beau­coup de cli­chés

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième Jour - Pau­line Ma­reix ig@cen­tre­france.com

Le pro­gramme de mo­bi­li­té qui per­met de par­tir étu­dier en Eu­rope fête son tren­tième an­ni­ver­saire. Avec onze pays au dé­part, il s’est éten­du au fil des an­nées à une tren­taine de par­ti­ci­pants, sans comp­ter les 169 pays par­te­naires. Pour ceux qui l’ont vé­cu, Eras­mus reste sou­vent l’un des meilleurs mo­ments de leur vie.

En 30 ans d’exis­tence, le pro­gramme Eras­mus a bé­né­fi­cié à 5 mil­lions d’eu­ro­péens – étu­diants pour la plu­part. Et à en­tendre ceux qui sont par­tis, c’est un suc­cès qui saute aux yeux. Pour les autres, en re­vanche, le dis­cours est sou­vent bien dif­fé­rent : c’est bien connu, en Eras­mus, on « donne » quoi qu’il ar­rive leur an­née aux étu­diants et la beu­ve­rie est quo­ti­dienne ! Une vi­sion des choses lé­gè­re­ment ré­duc­trice.

Dé­cou­vrir et se dé­cou­vrir

Le sen­ti­ment de li­ber­té, les ren­contres et les voyages im­prègnent les té­moi­gnages de celles et ceux qui sont par­tis voir ailleurs. Des té­moi­gnages qui se suivent, se res­semblent et dé­montent les cli­chés.

Des nuits d’ex­cès ? Oui, mais pas que. « Il y avait tel­le­ment de choses à voir, ça au­rait été dom­mage de ne vivre que la nuit », ex­plique Vic­to­rine Han­ne­bicq, qui a fait ses ba­gages pour Lünd, en Suède, lors de sa troi­sième an­née d’études po­li­tiques. En un an, elle a fait le tour de son pays d’ac­cueil et vu la Fin­lande, le Da­ne­mark, la Hon­grie, la Ré­pu­blique tchèque et les pays baltes… « C’est là­bas que j’ai ap­pris à me connaître », ra­conte­t­elle.

Peu d’heures de cours ? C’est vrai aus­si. Les étu­diants qui partent en Eras­mus ne passent pas leur temps à ci­rer les bancs des am­phis, mais ils tirent des en­sei­gne­ments ailleurs…

Parce qu’elle rê­vait de dé­cou­vrir l’amé­rique, Es­telle Des­coux est par­tie quelques mois au Ca­na­da, il y a deux ans, lors­qu’elle était en école de com­merce. Au dé­part, elle vou­lait amé­lio­rer son an­glais. Elle a fait bien plus que ça. « La di­men­sion hu­maine, la dé­cou­verte d’autres cultures, je ne m’y at­ten­dais pas. Les cours, c’était le der­nier de mes sou­cis, j’ai sim­ple­ment mis les bou­chées doubles juste avant de va­li­der mon se­mestre », ex­plique­t­elle.

De son pas­sage sur le conti­nent amé­ri­cain, elle re­tient sur­tout qu’elle a ap­pris à se dé­pas­ser : « J’ai vi­si­té Mon­tréal, Ot­ta­wa, Qué­bec, To­ron­to, New York… J’ai ap­pris que je pou­vais mar­cher des heures et dor­mir très peu sans me plaindre ! En France, j’au­rais râ­lé après deux heures de ran­don­née. »

À son re­tour en France, Es­telle a ob­te­nu un stage dans une grande en­tre­prise de sa ré­gion grâce, dit­elle, à son ex­pé­rience à l’étran­ger qui a « beau­coup de va­leurs » dans le monde pro­fes­sion­nel. Et à la confiance qu’elle a ac­quise, aus­si. « C’est quand tu re­viens dans ton en­vi­ron­ne­ment de base que tu sens la ma­tu­ri­té que tu as ga­gnée. Je me sens ca­pable de fran­chir tous les obs­tacles. »

Dans la même veine, Gil Tan­ghe as­sure elle aus­si que plus rien ne va l’em­pê­cher de pour­suivre ses ob­jec­tifs. Elle a pro­fi­té de toutes les pos­si­bi­li­tés qu’offre Eras­mus : un stage de trois mois à Bruxelles, une an­ née de li­cence à Malte puis une an­née aux États­unis, lors de son mas­ter. Alors qu’elle sui­vait des études de com­mu­ni­ca­tion, elle a réa­li­sé qu’elle vou­lait tra­vailler dans l’in­dus­trie du ci­né­ma. Entre deux sé­jours à l’étran­ger, elle a « osé ap­pe­ler une pro­duc­trice ». Et a ob­te­nu un stage comme as­sis­tante de pro­duc­tion sur le tour­nage d’un long­mé­trage.

Au­jourd’hui, pour ces trois­là, plus ques­tion de re­ve­nir à leur vie d’avant. À peine de re­tour en France, cha­cune a cher­ché à re­par­tir. « Avant, je ne sa­vais pas quelles étaient mes bar­rières. Main­te­nant, ma prio­ri­té, c’est de voya­ger », conclut Es­telle. Alors, qui a dit qu’eras­mus était une co­quille vide ?

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