La Doume, mon­naie com­plé­men­taire la plus dif­fu­sée en Au­vergne-rhô­nealpes, dé­mul­ti­plie l’in­té­rêt de consom­mer lo­ca­le­ment.

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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­pragh@cen­tre­france.com

«Je n’ai pas un eu­ro sur moi. » Ce­la n’em­pêche pas An­gèle Dran­sart, sans sor­tir ni ché­quier ni carte ban­caire, d’ache­ter du fro­mage, de faire son mar­ché dans une épi­ce­rie, avec une pré­di­lec­tion pour les pro­duits bio ou lo­caux, de man­ger une piz­za, d’aller au cinéma et au théâtre par­fois, de boire un verre dans un bar…. Elle pour­rait même pra­ti­quer le yo­ga !

« On sait où va notre ar­gent : dans l’éco­no­mie lo­cale et non dans un pa­ra­dis fis­cal »

Comme 981 uti­li­sa­teurs, An­gèle règle ses dé­penses en doumes : c’est­à­dire chez plus de 200 com­mer­çants et pro­duc­teurs du Puy­de­dôme à qui la mon­naie lo­cale, avec son ré­seau, ap­porte une clien­tèle nou­velle et fi­dèle a prio­ri. La jeune femme s’est con­ver­tie le jour même du lan­ce­ment de la Doume, il y a tout juste deux ans. Elle en est de­ve­nue l’un des pi­liers, s’oc­cupe du site in­ter­net, de la page Fa­ce­book…

« Avec la Doume, on sait où va notre ar­gent : dans l’éco­no­mie lo­cale et non dans un pa­ra­dis fis­cal », ex­plique An­gèle. Pour se pro­cu­rer une doume, il faut ver­ser un eu­ro, la conver­sion est simple et double la mise : les 97.270 doumes en cir­cu­la­tion ont donc li­bé­ré 97.270 eu­ros. Ils abondent un fonds de ré­serve pour ré­pondre aux pos­sibles de­mandes de re­con­ver­sion de doume en eu­ro et pro­fitent aus­si à des ac­tions me­nées sur le ter­ri­toire, à uti­li­té so­ciale, éco­lo­gique ou cultu­relle.

« Je peux par exemple sou­te­nir la pro­duc­tion lo­cale d’éner­gie re­nou­ve­lable avec Com­brailles Du­rables comme l’agri­cul­ture so­li­daire via Terre de liens sans perdre de pou­voir d’achat », se fé­li­cite An­gèle Dran­sart.

La Doume est née d’un élan ci­toyen – une cen­taine de mi­li­tants au­tour d’at­tac et d’as­so­cia­tions éco­lo­gistes – d’un ras­le­bol des banques om­ni­po­tentes, du dik­tat des agences de no­ta­tion et des cours de la Bourse…

Un bien commun

« Face à un sys­tème fi­nan­cier qui nous échappe, à une crise comme avec les sub­primes qui, de­puis l’amé­rique ou ailleurs, peut dé­mo­lir notre éco­no­mie, nous avons res­sen­ti la né­ces­si­té de nous ré­ap­pro­prier l’usage de la mon­naie, si­tue Da­nielle Na­dal pour le col­lec­tif d’ani­ma­tion. C’est un bien commun et il nous est ap­pa­ru im­por­tant de sa­voir avec qui on le par­tage, à l’échelle d’une ville, d’un dé­par­te­ment. Nous n’al­lons pas chan­ger l’éco­no­mie du Puy­de­dôme, ni re­non­cer à l’eu­ro. Mais à notre échelle, nous contri­buons à re­dis­tri­buer les cartes, à don­ner un autre sens à l’ar­gent, à être des consom’ac­teurs. »

La Doume est la mon­naie com­plé­men­taire la plus ac­tive par­mi les onze de la région Au­vergne­ Rhône­alpes (*) alors qu’elle n’est pas la plus an­cienne. « Jus­te­ment, la troi­sième an­née semble sou­vent fa­tale, si­gnale Da­nielle Na­dal. Nous de­vons nous ac­cro­cher et évi­ter l’usure. » D’au­tant que la mon­naie lo­cale nu­mé­rique, dé­ma­té­ria­li­sée, sans billets, ar­rive à grands pas et a dé­jà sé­duit des villes comme Nantes.

L’as­so­cia­tion (ADML 63), sans sa­la­rié et sans sub­ven­tions, mise sur l’ex­pé­rience du ter­rain et sa gou­ver­nance par­ti­ci­pa­tive mar­quée par le consen­sus pour pour­suivre l’aven­tu­ re. « La Doume at­tire au­jourd’hui des gens très divers, de tous les âges, tous les mi­lieux. Nous sommes par­ve­nus à par­ta­ger notre idéal bien au­de­là de notre cercle mi­li­tant, se ré­jouit Da­nielle. Il nous reste à convaincre les col­lec­ti­vi­tés lo­cales de pou­voir ré­gler la pis­cine ou l’ac­cès à la mé­dia­thèque avec des doumes. »

(*) Six sont en pro­jet dont une dans l’allier.

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ÉCHANGE. En deux ans, la mon­naie lo­cale a élar­gi ses ailes avec près de 1.000 uti­li­sa­teurs et plus de 200 pres­ta­taires. PHO­TO THIER­RY NI­CO­LAS

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