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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

la ma­chine à ca­fé, une col­lègue parle de sa fille. Je lui de­mande son âge. Elle me ré­pond avec ad­mi­ra­tion : « huit ans, mais c’est quand même la reine des chi­pies ». Chi­pie, c’est un com­pli­ment. La ga­mine lui fait des tours pen­dables, la mère tourne bour­rique, mais elle est aux anges. On ne compte plus le nombre de chiens et de chats qui s’ap­pellent Voyou ; je connais même un mini­po­ney. Au siècle der­nier, on les met­tait en pri­son (les voyous pas les po­neys). Au­tre­fois, les monstres fai­saient peur. Sur Fa­ce­book, il n’est pas une ma­man qui ne parle de ses « pe­tits monstres » qu’elle va cher­cher à la ma­ter­nelle. Non, les va­leurs n’ont pas dis­pa­ru. Elles se sont in­ver­sées. « Je ne vou­drais pas dire de mal mais il est gen­til ». De­puis Les Bron­zés, gen­til égale con, ag­gres­si­vi­té égale réus­site. En jan­vier 1995, en plein match Crys­tal Pa­lace­man­ches­ter, Eric Can­to­na se jette pieds en avant sur un sup­por­ter de l’équipe ad­verse qui l’avait in­sul­té. Il manque de fi­nir en ca­bane. Il écope d’une amende, d’une re­te­nue sur sa­laire et d’une sus­pen­sion de neuf longs mois. On pen­sait que les spon­sors al­laient fuir. Ce fut l’in­verse. Ces cram­pons dans la tronche lui ont don­né une sym­pa­thique image de re­belle et Nike a fait de lui une icône. Vingt ans plus tard, Can­to­na n’a qu’un re­gret, con­fié au ma­ga­zine spé­cia­li­sé « Four­four­two » : « J’au­rais dû frap­per plus fort ». L’opium et le poi­son sont in­ter­dits à la vente. En­fin, pas tou­jours : Opium et Poi­son sont jus­te­ment les noms de par­fums par­mi les plus cé­lèbres (et les plus chers). Iro­nie du sort : l’in­dus­trie du luxe est la pre­mière à son­ner la ma­ré­chaus­sée à la moindre illé­ga­li­té dont elle est vic­time (cam­brio­lage, contre­fa­çon, ar­naque carte bleue, etc). Dans la ca­té­go­rie « ap­pel­la­tions dou­teuses », men­tion spé­ciale pour la « Jeep Re­ne­gade ». J’ouvre le dic­tion­naire. Re­né­gat : « Per­sonne qui a tra­hi ses opi­nions, son par­ti, sa pa­trie. Voir : traître… » Un conseil : n’ache­tez sur­tout pas cette voi­ture. Vo­lez­la. Au diable les prin­cipes, re­né­gat ! Blague à part, c’est pas moins cy­nique que les 4X4 Cheyenne ou Che­ro­kee, deux tri­bus mas­sa­crées. Vous vous voyez dans une Twin­go Saint­bar­thé­le­my? L’ac­tua­li­té suit. Au som­met éco­no­mique de Da­vos, le pré­sident de la Ré­pu­blique po­pu­laire de Chine se pose en gar­dien du libre échange contre les ÉtatsU­nis. En face, Do­nald Trump – de­ve­nu mil­liar­daire grâce à la fi­nance dé­bri­dée – vante dé­sor­mais le protectionnisme. En France, éco­no­mistes et po­li­tiques quen­nat. En ar­ri­vant à l’ély­sée, Fran­çois Hollande a sup­pri­mé cette me­sure. Cinq ans plus tard, Ma­nuel Valls voit là une « er­reur » et pro­pose de la res­tau­rer s’il l’em­porte en 2017. Mais Fran­çois Fillon re­fuse de re­ve­nir sur les heures sup’ dé­fis­ca­li­sées, alors que c’est lui qui les avait ins­tau­rées comme chef du gou­ver­ne­ment… Je ré­sume : la droite était pour, la gauche était contre, la droite est contre, la gauche est pour. Au­tre­ment dit : la droite était pour, la droite est contre, la gauche était contre, la gauche est pour. Va com­prendre. N’ou­blions ja­mais que le fa­meux slo­gan de mai 68 « il est in­ter­dit d’in­ter­dire » n’a pas été in­ven­té par les soixante­hui­tards qui dé­fi­laient bou­le­vard SaintGer­main, mais par l’hu­mo­riste Jean Yanne, pour ri­di­cu­li­ser leurs dis­cours qu’il ju­geait creux. Et c’est sa pa­ro­die qui est en­trée dans l’his­toire. À bas les notes ! À bas les classements ! criaient les bons élèves, ins­crits dans les bons ly­cées, ve­nus des beaux quar­tiers. Au­jourd’hui, la marque C & A vend des sweat­shirts au rayon filles avec ce slo­gan en gros sur la poi­trine : « Too much pret­ty to do ho­me­work », tra­dui­sez : trop jo­lie pour faire mes de­voirs. Mi­racle du mar­ke­ting : les pa­rents payent pour que leurs en­fants soient des cancres.

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