Les quêtes de Théa

Théa de Ma­za­rine Pin­geot se dé­roule à Pa­ris au dé­but des an­nées 80. Un amour nais­sant se heurte aux fan­tômes d’al­gé­rie et d’ar­gen­tine.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Pas­cale Fau­riaux pas­cale.fau­riaux@cen­tre­france.com Théa.

Re­tour sur le dé­but des an­nées 80, à Pa­ris. À 22 ans, Jo­sèphe a quit­té ses pa­rents et leur ban­lieue étri­quée pour vivre sa vie d’étu­diante bû­cheuse et bê­cheuse à Pa­ris.

Peu ou pas d’amis, mais des re­la­tions mi­li­tantes. C’est lors d’une soi­rée or­ga­ni­sée par l’une d’entre elles qu’elle ren­contre An­toine, pré­nom de France pour ce beau ré­fu­gié ar­gen­tin qui a fui son pays et les hor­reurs de la dic­ta­ture. Le coup de foudre est ré­ci­proque entre les deux jeunes, qui ont sur­tout en commun une his­toire fa­mi­liale dif­fi­cile.

Un pe­sant pas­sé

C’est au mo­ment de cette ren­contre que les pa­rents de Jo­sèphe en­tre­prennent un voyage en Al­gé­rie, le pre­mier re­tour après un dé­part pré­ci­pi­té et tu, 23 ans plus tôt. Beaucoup de leurs sou­ve­nirs sont res­tés là­bas, et aus­si le corps du pe­tit Jo­seph dé­cé­dé, le frère aî­né dont ils ont fé­mi­ni­sé le pré­nom pour leur ca­dette.

Peut­être pour fuir ce pas­sé au­tant que par amour, Jo­sèphe, re­bap­ti­ sée Théa par An­toine, se plonge dans l’his­toire de l’ar­gen­tine, suit at­ten­ti­ve­ment la guerre aux Malouines, es­saie de tis­ser les liens de la vie d’an­toine, avant. Sans la co­opé­ra­tion de ce der­nier, qui dis­pa­raît ré­gu­liè­re­ment. Leur re­la­ tion s’avère aus­si pas­sion­née que tu­mul­tueuse. Et sa nar­ra­tion par­fois un peu la­bo­rieuse. Mais quelques lon­gueurs n’em­pêchent pas de sa­vou­rer ce ro­man d’ap­pren­tis­sage qui, en dé­pit d’ombres pe­santes, sait aus­si faire une place à l’hu­mour. La nar­ra­trice évoque ain­si « Ro­ger, le voi­sin de mes pa­rents, – qui est par consé­quent leur ami, puisque pour eux, la proxi­mi­té géo­gra­phique est une ga­ran­tie de longévité des re­la­tions ». Ou en­core à tra­vers des évo­ca­tions de la vie po­li­tique fran­çaise : « Ils s’amu­saient beaucoup moins, les mi­li­tants, de­puis que Mit­ter­rand était au pou­voir ».

Au fil de ses re­cherches, sur le monde, sur sa fa­mille, sur celle d’an­toine, Jo­sèphe com­prend que le plus im­por­tant, c’est de se ris­quer à vivre.

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