L’ASM et Brett en piste à Bor­deaux

L’ASM Cler­mont à Bor­deaux, cet après­mi­di, avec un n° 10 qui vient de chan­ger de monde

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - La une - Va­lé­ry Le­fort

In­croyable des­ti­née que celle du Néo-zé­lan­dais Ste­phen Brett. En­cal­mi­né à Nar­bonne (Por D2), il se voit of­frir par la grâce de la bles­sure de Fer­nan­dez une ex­po­si­tion in­ouïe et in­es­pé­rée à Cler­mont.

Quand tu roules tous les jours en Fiat Pan­da et que la Mi­sé­ri­corde te conduit à agrip­per ­ du jour au len­de­main ­ le vo­lant ser­ti de cuir d’une Fer­ra­ri ru­ti­lante et sur­vi­ta­mi­née, on ima­gine as­sez fa­ci­le­ment la confu­sion des sen­ti­ments…

On en vient ai­sé­ment à sup­pu­ter sur la sen­sa­tion de plai­sir, de fier­té. Ce cô­té gri­sant qui doit par­cou­rir l’échine… Mais cette même co­lonne doit aus­si sen­tir pas­ser le vent froid de l’an­goisse, de l’in­tros­pec­tion, de la peur même peut­être de fi­nir vio­lem­ment dans le dé­cor…

« A Bor­deaux, pour lui, ça va être à balles réelles » Azé­ma

Évi­dem­ment, toute res­sem­blance avec un joueur de rugby évo­luant à l’ou­ver­ture ­ et pas­sé en trois se­maines de Nar­bonne (Pro D2) où il ne jouait guère, à Cler­mont ­ n’a rien de for­tuit. Mais prise de court par la bles­sure longue du­rée de Pa­tri­cio Fer­nan­dez, L’ASM a fait avec les moyens du bord et les règles d’un mar­ché atone pour éga­le­ment pal­lier l’ab­sence de Lo­pez, re­te­nu chez les Bleus. Et pour faire bonne me­sure, Toe­va a aus­si convo­qué la scou­moune pour dis­pa­raître de l’ef­fec­tif…

Et voi­là com­ment Ste­phen Brett (31 ans) a dé­bar­qué à Cler­mont un peu comme un pa­ra­chu­tiste lar­gué sur Kol­we­zi. À lui de réus­sir cet at­ter­ris­sage ha­sar­deux, cet après­mi­di, dans le cadre su­perbe d’un Mat­mut Sta­dium dont le stan­ding et l’af­ fluence lui rap­pel­le­ront ses plus belles an­nées quand il se po­sait en dou­blure convain­cante de Car­ter, tant en club (Cru­sa­ders) qu’avec les Blacks.

À Cler­mont, il le ré­pète à l’en­vi, « tout le monde a été for­mi­dable pour fa­vo­ri­ser mon in­té­gra­tion ». Le re­gard est droit, le sou­rire sin­cère, le pro­pos clair et mo­ti­vé. De la graine de bon gars, as­su­ré­ment. Pas ques­tion en tout cas pour son en­traî­neur, Franck Azé­ma, de lui qué­man­der la lune au re­gard des cir­cons­tances.

Le coach a d’ailleurs pré­fé­ré lui ad­joindre lo­gi­que­ment l’ex­pé­rience de Par­ra plu­tôt que la jeu­nesse de Cas­sang pour as­su­rer au­tant que faire se peut cette in­té­gra­tion ex­press qui, ad­met­tons­le, ne va pas sans risque.

« Dix jours, c’est court, mais on n’a pas le choix, plaide sans dé­tour Azé­ma. Ça fait par­tie des contraintes liées aux bles­sures. Il faut s’adap­ter à ça. Après, Ste­phen n’est pas un ca­det, il ne sort pas de l’oeuf, il connaît le rugby. Il a été ca­pable de très vite as­si­mi­ler notre fa­çon de jouer. Là, ça va être à balles réelles, il y au­ra une autre in­ ten­si­té ». In­quiet, Brett, alors que ses pas­sages pré­cé­dents à Bayonne et Lyon n’ont pas for­cé­ment dé­clen­ché l’en­thou­siasme ? « Je suis sur­tout ex­ci­té. Non, je n’ai pas peur car tout le monde m’a épau­lé. Je vais d’abord m’at­ta­cher à rendre une co­pie propre ».

Une ap­proche très pro dont Azé­ma ne doute pas un seul ins­tant qu’elle gui­ de­ra Brett, fort d’une ex­pé­rience et d’un ba­gage qui ont fait de lui un dé­fen­seur re­dou­té et un joueur pré­cis au pied : « Il au­ra à coeur de don­ner le meilleur de lui­même, mais ce qui est im­por­tant sur­tout, c’est de voir la ma­nière dont les autres joueurs vont l’ai­der ».

À ce pe­tit jeu de l’opé­ra­tion « il faut ai­der le sol­dat Ste­phen », le centre Ben­son Stanley ne se­ra ja­mais très loin. À l’évo­ca­tion de son nom, le vi­sage de Brett s’illu­mine : « C’est as­sez in­croyable de se re­trou­ver ici, lui et moi. On a joué en­semble avec les Au­ck­land Blues. Je sais qu’il se­ra aus­si de bons conseils ».

Ste­phen Brett a prou­vé par le pas­sé que son ta­lent n’avait rien d’ir­réel. Le jeu « so ki­wi » de Cler­mont peut être une clé sal­va­trice… À lui de for­cer le pas­sage lors de cette ou­ver­ture ex­cep­tion­nelle et grand for­mat qui s’offre à Bor­deaux.

PHO­TO RI­CHARD BRUNEL.

TECH­NIQUE. Ele­vé au bi­be­ron du rugby néo-zé­lan­dais, long­temps dou­blure de Car­ter aux Cru­sa­ders de Can­ter­bu­ry et même pas­sé par la pres­ti­gieuse écu­rie all-black, Ste­phen Brett a connu cer­taines dif­fi­cul­tés pour s’im­po­ser dans le rugby fran­çais. Cler­mont lui offre au­jourd’hui une ex­po­si­tion sans équi­valent au sein d’une équipe dont le jeu peut in­con­tes­ta­ble­ment conve­nir à ses qua­li­tés pre­mières.

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