Des hêtres tor­tueux, ves­tiges vi­vants de la tech­nique du ples­sage

Un mys­tère plane au­tour des hêtres tor­tueux de la Blet­te­rie, à Saint­ni­co­las­des­biefs (Al­lier). Plan­tés en ligne il y a 400 ans, ils se­raient les ves­tiges vi­vants de la tech­nique du ples­sage qui ser­vait à créer des bar­rières.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - De­nis Lo­rut de­nis.lo­rut@cen­tre­france.com

Le meilleur mo­ment pour vi­si­ter l’al­lée des géants, c’est un jour de brouillard épais. Et c’est sou­vent le cas à la Blet­te­rie, dans la com­mune de Saint­ni­co­las­des­biefs, à 930 m d’al­ti­tude.

Quand la na­ture joue à cache­cache à tra­vers la brume, les bras des hêtres tor­tueux s’élancent dans tous les sens, comme s’ils étaient prêts à sai­sir le vi­si­teur.

Qui sont ces arbres bi­zarres, tor­dus, dé­for­més, à l’al­lure mal en point ? Ce sont 48 hêtres plan­tés de chaque cô­té du che­min com­mu­nal de Creux, à deux mètres d’écar­te­ment. Des arbres qui ont entre 400 et 350 ans.

« Si cet ali­gne­ment existe, c’est grâce à l’homme », ex­plique Mar­tin Pav­lik, char­gé de mis­sion en­vi­ron­ne­ment et car­to­gra­phie au Syn­di­cat mixte des Monts de la Madeleine.

Tech­nique per­due

Ces arbres se­raient les ves­tiges vi­vants du ples­sage. Une tech­nique an­cienne que le Syn­di­cat tente de re­mettre au goût du jour par le biais de stage (ci­contre).

« Cette tech­nique s’est per­due il y a un siècle, ex­plique Mar­tin Pav­lik. Elle consiste à en­tailler un tronc d’arbre de quelques cen­ti­mètres de dia­mètre sur les deux tiers. On plie en­suite l’arbre à l’ho­ri­zon­tale et on le laisse re­prendre sa pousse. »

En cou­chant plu­sieurs arbres sur un ali­gne­ment, on crée une bar­rière na­tu­relle qui se tra­vaille au fil des an­nées en taillant les branches et en les pliant et tres­sant.

« Les ronces grimpent dans cet en­che­vê­tre­ment et on ob­tient une clô­ture

presque im­pé­né­trable, sou­ligne Mar­tin Pav­lik. Il y a aus­si un as­pect es­thé­tique évident mais sur­tout un plus pour la bio­di­ver­si­té. »

Mais il y a entre 100 et 150 ans, les hêtres du che­min des Creux n’ont plus été tra­vaillés. Des branches char­pen­tières se sont éle­vées à la ver­ti­cale, jus­qu’à 25 m de hau­teur.

« Une ex­per­tise fo­res­tière a été me­née, pré­cise le char­gé de mis­sion. Si ces hêtres sont dans un bon état sa­ni­taire, leur état mé­ca­nique est mau­vais ».

Comme ces arbres ont été taillés en hau­teur du­rant les deux pre­miers tiers de leur vie, ils n’ont pas dé­ve­lop­pé un sys­tème ra­ci­naire pro­fond. Et main­te­nant qu’ils ont des branches char­pen­tières très hautes, ils ne sont pas stables. D’au­tant plus qu’une coupe à blanc les a mis au jour d’un cô­té et qu’un che­min de dé­bar­dage passe à leur pied.

« Le trans­port de grume a abî­mé cer­tains hêtres, ex­plique Mar­tin Pav­lik. D’où l’idée de créer un es­pace na­tu­rel sen­sible au­tour d’eux sans pour au­tant les mettre sous cloche (ci­contre )».■

NA­TURE. Après avoir été tra­vaillés par la tech­nique du ples­sage, les hêtres du che­min de Creux ont été aban­don­nés, d’où des branches char­pen­tières qui ont pous­sé à la ver­ti­cale pour al­ler cher­cher le so­leil. PHO­TO DO­MI­NIQUE PARAT

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