Une ac­trice au­da­cieuse et libre

Em­ma­nuelle Ri­va est morte à l’âge de 89 ans des suites d’un can­cer

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième Jour -

L’ac­trice fran­çaise Em­ma­nuelle Ri­va, cé­lèbre pour ses rôles dans Hi­ro­shi­ma mon amour d’alain Res­nais et Amour de Mi­chael Ha­neke, s’est éteinte, ven­dre­di, à l’âge de 89 ans, après un long com­bat contre le can­cer.

L

a co­mé­dienne Em­ma­nuelle Ri­va est morte à Pa­ris « des suites d’une longue ma­la­die », a­t­on ap­pris hier au­près de son en­tou­rage.

« Jus­qu’au bout, elle a été ac­tive », a dit son agent, Anne Al­vares Cor­rea. L’au­tomne der­nier, l’ac­trice avait ain­si don­né une lec­ture à la Villa Mé­di­cis à Rome, a­t­elle rap­pe­lé. Em­ma­nuelle Ri­va avait aus­si tour­né as­sez ré­cem­ment dans un film,

Pa­ris Pieds nus, de Do­mi­nique Abel et Fio­na Gor­don, qui doit sor­tir en mars sur les écrans. Elle avait aus­si par­ti­ci­pé à un film is­lan­dais qui n’est pas en­core sor­ti.

« Em­ma­nuelle Ri­va a pro­fon­dé­ment mar­qué le ci­né­ma fran­çais qu’il s’agisse, avec Hi­ro­shi­ma mon amour […] d’in­vo­quer une mé­moire bles­sée ou, avec Amour […] d’évo­quer la fin de la vie », a ré­agi le pré­sident Fran­çois Hol­lande dans un com­mu­ni­qué. « Au ci­né­ma comme au théâtre, sa car­rière est at­ta­chée à la nais­sance de nou­velles écri­tures dont celles de Mar­gue­rite Du­ras et de JeanPierre Mel­ville. Elle créait une émo­tion in­tense dans tous les rôles qu’elle in­ter­pré­tait », a­t­il pour­sui­vi.

Vi­sage har­mo­nieux, sil­houette élan­cée, Em­ma­nuelle Ri­va cap­ti­vait par sa voix et sa dic­tion. C’était « une femme bou­le­ver­sante, une ar­tiste à l’exi­gence rare. C’est une voix in­ou­bliable qui s’en va. Une voix ha­bi­tée par l’amour des mots et de la poé­sie », a sou­li­gné Fré­dé­rique Bre­din, pré­si­dente du Centre na­tio­nal du ci­né­ma et de l’image ani­mée (CNC).

Dans Hi­ro­shi­ma mon amour (1959) où elle in­ter­prète une ac­trice fran­çaise éprise d’un ar­chi­tecte ja­po­nais après la Se­conde Guerre mon­diale, « sa voix s’em­pa­rait du texte de Mar­gue­rite Du­ras », dé­clare Gilles Ja­cob, an­cien pré­sident du Fes­ti­val de Cannes. « Elle en fai­sait une chose unique, comme une es­pèce de can­tate re­li­gieuse. » « La voix d’em­ma­nuelle Ri­va di­sant “tu me tues, tu me fais du bien” dans ce film est in­ou­bliable », ajoute­t­il.

« Si je n’avais pas réus­si, j’en se­rais morte »

Née le 24 fé­vrier 1927, Em­ma­nuelle – qui s’ap­pelle en­core Pau­lette – gran­dit dans les Vosges, dans une fa­mille ou­vrière. Son père est un im­mi­gré ita­lien.

Elle ne se ré­sout pas à de­ve­nir cou­tu­rière et réus­sit le concours d’en­trée à l’école de la rue Blanche en 1953. Elle a 26 ans. « Si je n’avais pas réus­si, j’en se­rais morte. Je n’avais plus une se­conde à perdre. J’ai eu une di­zaine de de­mandes en ma­riage, toutes re­fu­sées. Pour­quoi me se­rais­je li­go­tée avec un ma­ri et des en­fants ? », avait­elle confié en 2012 à Li­bé­ra­tion. Elle dé­bute sur les planches. C’est après l’avoir vue au théâtre, que le réa­li­sa­teur Alain Res­nais lui confie le pre­mier rôle de son film Hi­ro­shi­ma mon amour.

En 1962, elle rem­porte le prix d’in­ter­pré­ta­tion de la Mos­tra de Ve­nise pour son rôle dans Thé­rèse Des­quey­roux, l’em­poi­son­neuse du ro­man de Fran­çois Mau­riac. Exi­geante et sé­lec­tive, elle tra­vaille en­suite pour le théâtre, la télévision et le ci­né­ma dans une cer­taine dis­cré­tion. Amour de l’au­tri­chien Mi­chael Ha­neke per­met sa re­dé­cou­verte par le grand pu­blic. Le film lui vaut de re­ce­voir en 2013 le Cé­sar de la meilleure ac­trice.

« Une femme bou­le­ver­sante, une ar­tiste à l’exi­gence rare »

PHO­TO AFP

2013. Elle re­çoit le Cé­sar de la meilleure ac­trice pour son rôle dans « Amour », de Mi­chael Ha­neke.

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