Au temps des « beefs » et des « bou­lons »

Re­dé­cou­verte de l’his­toire des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment cler­mon­tois

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont vivre sa ville - Pro­pos re­cueillis par Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Des an­nées 1950 à 1980, le collège Amé­dée­gas­quet avait une double vo­ca­tion, hô­te­lière et technique. Ce qui n’al­lait pas sans quelques dif­fi­cul­tés…

Jé­rôme, fi­dèle lec­teur de cette chro­nique se sou­vient : « Je suis un an­cien élève d’amé­dée­gas­quet, sec­tion hô­tel­le­rie, der­nière pro­mo­tion avant le pas­sage à Chamalières entre sep­tembre 1979 et juin 1980. Ha­bi­tant à l’époque à Vi­chy, j’étais in­terne. L’in­ter­nat pour moi a été la sé­pa­ra­tion d’avec les pa­rents et l’ap­pren­tis­sage de la vie…

» Dans le dor­toir de plus de qua­rante lits, il y avait un sur­veillant, sou­vent un étu­diant en ar­chi­tec­ture que l’on fai­sait en­ra­ger et qui n’avait pas tou­jours une nuit de som­meil ré­pa­ra­teur ! Nous or­ga­ni­sions des “pe­tits grailloux” dans les douches, en fai­sant chauf­fer une boîte de ra­vio­lis sur un vieux ré­chaud à gaz à 3 heures du ma­tin (avec le re­cul, “bon­jour la sé­cu­ri­té !”).

» Le collège n’était pas mixte puisque les filles qui sui­vaient le même en­sei­gne­ment étaient en classe à Si­doine­apol­li­naire. Nous avons été re­grou­pés en 1980 au ly­cée de Chamalières où j’ai même eu l’oc­ca­sion lors de son inau­gu­ra­tion de ser­vir à table M. Va­lé­ry Gis­card d’es­taing, alors pré­sident de la Ré­pu­blique.

» Quel choc pour nous alors d’étu­dier et d’ha­bi­ter dans un éta­blis­se­ment tout neuf avec des chambres de trois per­sonnes et un self hy­per­mo­derne pour l’époque… Car il faut bien le dire, “Amé­dée” était plus que vé­tuste ! L’in­sa­lu­bri­té se fai­sait aus­si sen­tir au ré­fec­toire avec de nom­breux ca­fards et autres sou­ris qui fai­saient la course entre les as­siettes, ce qui nous amu­sait beau­coup. Nous en­ga­gions même des pa­ris sur les plus ra­pides !

» L’en­sei­gne­ment était strict, plus de 42 heures de cours par se­maine, et les profs pas tou­jours tendres. Les tra­vaux pra­tiques de ser­vice à table au res­tau­rant d’ap­pli­ca­tion le sa­me­di mi­di se ter­mi­naient vers 14 h 30… C’était la course, le train pour Vi­chy à 16 heures, ar­ri­vée à la mai­son à 17 heures, re­tour à l’in­ter­nat le di­manche soir par le train de 18 heures, au­tant dire que le week­end était court !

» À Amé­dée­gas­quet, il n’y avait que trois classes de sec­tion hô­te­lière de trente­deux élèves cha­cune, ce qui nous met­tait en mi­no­ri­té. Nous étions sur­nom­més les “beefs”, les autres élèves en sec­tions tech­niques, les “bou­lons”. Et bien sûr, sans être la guerre, c’était par­fois ten­du ! Le bi­zu­tage exis­tait mais as­sez bon en­fant, ja­mais mé­chant. La jour­née d’ac­cueil des “bi­zuts” était l’oc­ca­sion d’une fête (as­sez ar­ro­sée) et res­sem­blait un peu à un rite ini­tia­tique… En tant que pre­mière an­née, j’ai me­su­ré la place de Jaude avec un car­ré de cho­co­lat ! Évi­dem­ment, le nombre trou­vé s’est au­jourd’hui per­du de­puis les an­nées d’études aus­si tu­mul­tueuses qu’en­ri­chis­sant es…

Nos­tal­gie

» Cha­cun de nous avait un par­rain, un “3e an­née”, qui était aus­si notre pro­tec­teur, même si on lui ci­rait ses chaus­sures et si on lui ren­dait quelques me­nus ser­vices. On al­lait le trou­ver lors­qu’un “2e an­née” ou­tre­pas­sait ses droits en se ser­vant de nous ou en nous man­quant de res­pect. Le par­rain était très écou­té, sur­tout avec une pa­no­plie de cou­teaux de cui­sine à la cein­ture… »

Les sur­noms des dif­fé­rentes sec­tions ont été éga­le­ment évo­qués par un autre an­cien, Germain : « Les “bou­lons” c’était les élèves en élec­tro­nique et autres for­ma­tions tech­niques. Nous, cô­té collège hô­te­lier, nous étions les “beefs”, pour dire que nous étions les cui­si­niers… »

Lais­sons à Jé­rôme le soin de conclure : « Au­jourd’hui, la traversée du square Ama­deo me re­mé­more ces temps ré­vo­lus et c’est avec nos­tal­gie qu’ils oc­cupent mon es­prit. »

Des his­toires de gen­tils par­rains

PHOTO PIERRE-GA­BRIEL GON­ZA­LEZ

AMÉ­DÉE-GAS­QUET. La fa­çade de l’an­cien gym­nase vu du square Ama­deo.

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