Avec les ou­tils par­ta­gés de l’éco­no­mie so­li­daire, les jeunes di­plô­més s’arment pour fran­chir l’étape dé­ci­sive des études vers l’em­ploi.

Avec le Cre­dis, et les ou­tils par­ta­gés de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire, les jeunes di­plô­més ap­prennent à construire leurs propres pas­se­relles pour fran­chir l’étape dé­li­cate et dé­ci­sive des études vers l’em­ploi.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

Alix a 24 ans et un mas­ter en droit so­cial. Cette toute fraîche di­plô­mée – elle a quit­té la fac en sep­tembre après cinq ans d’études – fré­quente le Cre­dis (Col­lec­tif ré­gio­nal pour l’étude et le dé­ve­lop­pe­ment des ini­tia­tives so­li­daires) de­puis un mois. Elle re­cherche un pre­mier em­ploi et a trou­vé dans ce lieu as­so­cia­tif cler­mon­tois de quoi en­tre­te­nir son an­glais, mus­cler et dé­fendre son CV, cer­ner l’at­tente des re­cru­teurs.

La jeune femme suit as­si­dû­ment les ate­liers col­lec­tifs et gra­tuits où le jeu de rôle, parce qu’il si­mule une réa­li­té, per­met de li­bé­rer des freins, d’iden­ti­fier ses qua­li­tés et les amé­lio­rer tout comme ses points faibles.

« Je crois que croi­ser d’autres jeunes qui se trouvent dans ma si­tua­tion me ras­sure. En plus, on s’ap­porte tous quelque chose », ajoute Alix.

« Main­te­nant, j’ose frap­per à une porte et de­man­der un coup de main »

Ca­mille Cou­ra­geot, 24 ans, ex­cé­dée par le re­frain « trop jeune, pas as­sez d’ex­pé­rience », et meur­trie par une pro­messe d’em­bauche non te­nue, a pous­sé la porte du Cre­dis sur les conseils de l’apec (As­so­cia­tion pour l’em­ploi des cadres). « Je suis ar­ri­vée en co­lère, dé­pi­tée, ayant per­du confiance en moi. Main­te­nant, j’ose frap­per à une porte et de­man­der un coup de main. »

La jeune di­plô­mée (Bac +5) est en ef­fet de­ve­nue une ré­si­dente, pour plu­sieurs mois, dont le tra­vail bé­né­fi­cie au ré­seau de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire au­ver­gnat, le socle du Cre­dis. « J’aide des as­so­cia­tions à cher­cher du mé­cé­nat, à dé­ve­lop­per leur com­mu­ni­ca­tion et j’ap­prends mon mé­tier avec elles. J’ai re­trou­vé le sou­rire, et trou­vé un rythme de tra­vail, une éner­gie col­lec­tive qui me pousse. Ici, on a droit à l’er­reur et on ne coche pas de case. »

« Nous par­tons du prin­ cipe que si un jeune doit pas­ser le len­de­main l’en­tre­tien d’em­bauche de ses rêves, nous de­vons être là pour l’ai­der, le mettre dans les meilleures condi­tions pour qu’il le réus­sisse. Et s’il a be­soin de se po­ser, de ré­flé­chir à son ave­nir, il doit trou­ver ici, de la même fa­çon, le temps né­ces­saire, des gens qui l’épaulent et des ou­tils », ex­plique Em­ma­nuelle Poix, res­pon­sable des pro­jets. « On peut pas­ser trois heures sur une lettre de mo­ti­va­tion. Mais une fois qu’on a plan­ché en­semble, la com­pé­ten­ ce est dans la poche. »

« Nous ne rem­pla­çons par la Mis­sion lo­cale, in­siste­t­elle. Nous sommes com­plé­men­taires. Mal­heu­reu­se­ment, il y a suf­fi­sam­ment de de­man­deurs d’em­ploi pour ne pas se dis­pu­ter les gens. »

Un avant et un après

De­puis que ce dis­po­si­tif 18­25 ans est né, il y a dix­huit mois, il a ac­cueilli 130 jeunes dont 60 les six der­niers mois. La moi­tié a trou­vé de­puis, soit un CDI ou un CDD de plus de six mois, soit est re­tour­née vers la for­ma­tion.

Ro­sine La­gra­feuille, 27 ans, peut té­moi­gner d’un avant et d’un après. Son doc­to­rat de mi­cro­bio­lo­gie (l’étude des bac­té­ries) en poche, elle se heur­tait de­puis sep­tembre à des lettres res­tées sans ré­ponse. « Tout s’est dé­blo­qué en jan­vier. Non seule­ment j’ai re­çu des re­tours à cer­tains de mes cour­riers mais un chas­seur de têtes m’a contac­tée sur in­ter­net. Le Cre­dis y est pour beau­coup, as­sure­t­elle. J’ai su dé­fendre mon pro­fil. Ici, ma re­cherche d’em­ploi s’est en­ri­chie des autres, de temps, d’échanges. »

« Par­ler de soi, sa­voir se pré­sen­ter et en même temps ai­der ses ca­ma­rades à si­mu­ler un en­tre­tien sur des champs scien­ti­fiques, c’est de la co­construc­tion. Et j’ap­pré­cie la bien­veillance qui règne entre nous. » Tant et si bien qu’avec Ca­mille, elles ont échan­gé des con­tacts : un moyen d’étendre cha­cune leur ré­seau et, pour­quoi pas, un jour, de can­di­da­ter en­semble ?

De 2004 à 2015, le Cre­dis a ac­com­pa­gné 180 pro­jets d’éco­no­mie so­li­daire, créa­teurs d’ac­ti­vi­té en Au­vergne, fi­nan­cés par le Fonds so­cial eu­ro­péen.

ATE­LIER. « C’est toi qui em­bauches », ou com­ment in­ver­ser les rôles pour mieux sai­sir l’at­tente des re­cru­teurs. PHOTO JEAN-LOUIS GORCE

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