À Is­soire, des po­ta­gers qui grouillent de vie même en fé­vrier

Pour­quoi la neige vaut­elle fu­mier ? Com­ment cer­tains lé­gumes font­ils pour ré­sis­ter au froid ? Nous avons me­né l’en­quête au­près des fins ob­ser­va­teurs de la terre que sont les jar­di­niers de la Couze, à Is­soire.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Oli­vier Cho­rusz­ko

Ni­chés entre une zone pa­villon­naire et l’au­to­route A75, les Jar­dins de la Couze consti­tuent l’un des pou­mons verts les plus ap­pré­ciés des Is­soi­riens. Cet en­semble de po­ta­gers, à deux pas du centre­ville, offre aux pro­me­neurs une na­ture sa­vam­ment agen­cée par un ba­taillon de jar­di­niers ama­teurs.

On croi­rait ce pa­ra­dis ma­raî­cher com­plè­te­ment en­dor­mi au coeur de l’hi­ver. Er­reur. Contre toute at­tente, la sai­son blanche est peut­être la plus vi­vante au­tour des ca­ba­nons en bois. Ce n’est pas Jean­claire Se­gard, an­cien res­pon­sable du parc bo­ta­nique du Prieu­ré d’or­chaise (Loir­etC­her), qui di­ra le contraire.

« Dans la na­ture, rien ne meurt »

Au­jourd’hui re­trai­té et heu­reux lo­ca­taire d’une par­celle sur le bord de la Couze, le voi­là qui passe en re­vue, en une belle après­mi­di en­so­leillée de jan­vier, poi­reaux paillés et per­sil sous châs­sis. Le re­gard ex­pert et plu­tôt ra­vi ! Les 10 cm de neige tom­bées il y a deux se­maines et la longue pé­riode de gel n’au­ront en rien gâ­té ses pro­té­gés à ra­cines.

« Dans la na­ture, rien ne meurt », confie­t­il. « Il y a tou­jours un bour­geon en at­tente. Quelque chose qui va re­par­tir. » Mais com­ment cer­tains lé­gumes font­ils pour ré­sis­ter à des tem­pé­ra­tures dignes de la toun­dra si­bé­rienne ?

« Moins ils ont d’eau, moins ils ont ten­dance à être sen­sibles », af­firment Ch­ris­tian de la Brosse et Pa­trick Au­blanc, autres com­pères de po­ta­ger. Cer­

taines es­pèces dis­posent aus­si d’un man­teau na­tu­rel for­mé par l’em­pi­le­ment ser­ré de leurs feuilles.

Loin d’être as­sas­sin, le gel s’avère même être le meilleur des auxi­liaires. « Il fait tou­jours moins froid sous, que sur la glace », rap­pelle Jean­claire. « Dans des ré­gions, on bru­mise cer­tains arbres et plantes par grand froid. Ce­la forme une en­ve­loppe pro­tec­trice. »

Sous terre, c’est aus­si tout bé­né­fice. « Le gel va frac­tion­ner les mottes et tuer les pa­ra­sites. Quant à la neige, con­trai­re­ment à une forte pluie, elle s’in­filtre tout dou­ce­ment dif­fu­sant avec elle des élé­ments nu­tri­tifs. »

Qu’on se ras­sure, le lom­bric, le plus ef­fi­cace des la­bou­reurs, dont on re­dé­couvre toutes les ver­tus de­puis quelques an­nées, ne se­ra nul­le­ment in­quié­té par ces fri­mas. « Il s’en­fonce, il ne craint pas. »

Les bac­té­ries et mi­croor­ga­nismes utiles, is­sus du fu­mier et autres amen­de­ments que le jar­di­nier au­ra préa­la­ble­ment éta­lés sur son sol, conti­nuent eux aus­si leur pa­tient et in­dis­pen­sable tra­vail de dé­com­po­si­tion. Un bouillon­ne­ment de vie à l’échelle mi­cro­sco­pique. L’hi­ver, sous terre, c’est dé­jà le prin­temps !

RÉSISTANCE. Jean-claire Se­gard ins­pecte une pas­si­flore qui a bra­vé le gel sans pro­blème. PHOTOS MA­RION CHAVOT

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