Ma­ri­lyn dans l’oeil des pho­to­graphes, à Aix-en­pro­vence

Les plus grands pho­to­graphes ont im­mor­ta­li­sé Ma­ri­lyn, fai­sant d’elle une icône ab­so­lue. Tan­dis qu’el­le­même as­su­rait leur re­nom­mée. Une exposition à l’hô­tel de Cau­mont d’aix­en­pro­vence ra­conte leurs re­la­tions et in­ter­ac­tions.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Jean-marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

«J’ai pho­to­gra­phié plein de femmes et Ma­ri­lyn est la meilleure. Elle ré­agit sur une idée. Vite, un clic et le stro­bo­scope fuse comme un flash – pchhhh – et l’image est dans la boîte en un mil­liar­dième de se­conde », ra­con­tait Bert Stern dans son livre La Der­nière séance (Gal­li­mard).

Le pho­to­graphe newyor­kais (1929­2013) cro­queur de stars a réa­li­sé la der­nière séance de pho­to­gra­phies de Ma­ri­lyn Mon­roe, en juin 1962 dans une suite de l’hô­tel Bel­air à Los An­geles, un mois avant la mort de l’ac­trice.

« Ma­ri­lyn est un fan­tasme. Si elle s’im­mo­bi­lise un seul ins­tant, sa beau­té va s’en­vo­ler. Pho­to­gra­phier Ma­ri­lyn, c’est comme pho­to­gra­phier la lu­mière même ».

L’hô­tel de Cau­mont à Aixen­pro­vence, où est pré­sen­tée jus­qu’au 1er mai l’exposition « Ma­ri­lyn, I wan­na be lo­ved by you », consacre une large place, à l’étage, à la fin du par­cours, à cette « der­nière séance » tout à fait ex­cep­tion­nelle.

Bert Stern, alors pho­to­graphe pour Vogue, prit 2.700 photos de Ma­ri­lyn sur trois jours. Ils étaient seuls dans la suite de Los An­geles im­pro­vi­sée en stu­dio, avec trois bou­teilles de cham­pagne Dom Pé­ri­gnon 1953. Et la ma­gie opé­ra…

« Ma­ri­lyn ac­cepte de po­ser nue, le corps sans ma­quillage, ex­plique Oli­vier Lor­quin, l’un des deux com­mis­saires de l’exposition d’aix­en­pro­vence. Un rap­port puis­sant, presque amou­reux, s’ins­talle entre le mo­dèle et son pho­to­graphe. Il la pho­to­gra­phie douze heures sans s’ar­rê­ter. Le ré­sul­tat est ex­cep­tion­nel, mais trop dé­nu­dé pour Vogue qui pro­pose à Bert Stern de la re­pho­to­gra­phier, mais cette fois ma­quillée et plus ha­billée. Ma­ri­lyn ac­cepte de po­ser une nou­velle fois pour Bert Stern. Elle meurt un jour avant la sor­tie de son re­por­tage dans Vogue .»

Dans la pre­mière sé­rie, Stern nous montre une Ma­ri­lyn sans fard, nue, ca­chée ou dé­voi­lée par des draps, des fou­lards, des bi­joux ou des fleurs de pa­pier, qui flirte avec l’ob­jec­tif, boit du cham­pagne, danse, montre la ci­ca­trice d’une ré­cente opé­ra­tion…

Mais une Ma­ri­lyn qui contrôle tou­jours cha­cune de ses images, comme sur ces planches con­tacts où elle barre les cli­chés qui lui dé­plaisent d’un coup de feutre orange, en croix… Une cin­quan­taine de ti­rages ori­gi­naux nous font pé­né­trer dans ce mo­ment d’in­ti­mi­té entre Ma­ri­lyn et le pho­to­graphe et dressent un portrait émou­vant de l’icône vul­né­rable avant son sui­cide. Une ré­plique de la robe noire Dior que por­tait Ma­ri­lyn pour cette der­nière séance est ex­po­sée sous vi­trine.

Les com­mis­saires Syl­vie Lé­cal­lier et Oli­vier Lor­quin ont eu la bonne idée de cen­trer l’exposition « Ma­ri­lyn, I wan­na be lo­ved by you » sur la re­la­tion par­ti­cu­lière que Ma­ri­lyn Mon­roe a tou­jours en­tre­te­nue avec la pho­to­gra­phie et les pho­to­graphes. « Une re­la­tion cen­trale dans la construc­tion de son image my­thique », jus­ti­fient­ils.

Ma­ri­lyn Mon­roe est cer­tai­ne­ment la star la plus pho­to­gra­phiée de l’his­toire du cinéma. An­dré de Dienes, Richard Ave­don, Mil­ton Greene, Phi­lippe Hals­man, Eve Ar­nold, Ce­cil Bea­ton, Sam Shaw, Ed Fein­gersh, George Bar­ris, Bert Stern… les meilleurs pho­to­graphes de son temps l’ont im­mor­ta­li­sée, fai­sant de Ma­ri­lyn une icône ab­so­lue, tan­dis qu’elle as­su­rait leur re­nom­mée.

« Plus en­core que la ca­mé­ra, Ma­ri­lyn ai­mait l’ap­pa­reil photo et les pho­to­graphes le lui ren­daient bien. On sait com­bien Ma­ri­lyn Mon­roe s’est prê­tée au jeu de la cé­lé­bri­té, ren­voyant à chaque pa­pa­raz­zi un sou­rire écla­tant » com­mente Syl­vie Lé­cal­lier.

Avec cette pho­to­gé­nie, les mé­dias ont bâ­ti l’image d’une femme joyeuse, ra­dieuse. Or Ma­ri­lyn est mul­tiple, com­plexe. L’exposition d’aix nous montre les deux faces de l’icône : celle, so­laire et lu­mi­neuse, de la blonde et celle, plus sombre, d’une jeune femme fra­gile et vul­né­rable.

« Pho­to­gra­phier Ma­ri­lyn, c’est comme pho­to­gra­phier la lu­mière même »

EVE AR­NOLD. Ma­ri­lyn Mon­roe sur le tour­nage de « The Mis­fits ». 1960 © Eve Ar­nold/mag­num Photos.

ICÔNE. L’af­fiche de l’exposition de l’hô­tel de Cau­mont d’aix-en­pro­vence et la Une du hors-sé­rie de Beaux Arts ma­ga­zine (10€).

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