Com­ment ra­con­ter une his­toire avec Gar­cia­mar­quez

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Jean-marc Laurent

Pour Ga­briel Gar­cia Mar­quez, No­bel de littérature, écrire des scé­na­rios de films, de sé­ries TV, ou des ro­mans, c’est avant tout ra­con­ter une « bonne his­toire ». Oui, mais com­ment être sûr qu’elle soit bonne ? Au­cune mé­thode ne fonc­tionne évi­dem­ment clé en main mais la re­trans­crip­tion fi­dèle de deux ses­sions d’un ate­lier d’écri­ture qu’ani­ma Gar­cia Mar­quez à Cu­ba dans les an­nées 1980, qui vient de pa­raître chez Se­ghers, nous per­met de pé­né­trer au coeur d’une ré­flexion col­lec­tive sur cette dy­na­mique de la créa­tion et de la dra­ma­tur­gie. « Ga­bo » ne donne pas de cours ma­gis­tral, ne dé­livre au­cune vé­ri­té, mais dia­logue en toute hu­mi­li­té avec les ap­pren­tis scé­na­ristes en train d’es­sayer de faire avan­cer une fic­tion et ses per­son­nages. Des idées sont je­tées sur la table, Ga­bo pousse ses élèves à se lâ­cher pour leur don­ner du corps… mais toutes n’abou­tissent pas à des his­toires. A force d’in­ter­pel­la­tions, Ga­bo in­vite ses in­ter­lo­cu­teurs à den­si­fier leurs scé­na­rios, à al­ler plus loin que l’anec­do­tique, à re­com­men­cer quand ils se re­trouvent blo­qués dans une im­passe, à ex­plo­rer plu­sieurs op­tions et à ne pas hé­si­ter à mettre en pé­ril leur construc­tion plu­tôt que d’al­ler au plus fa­cile, au connu. Osez l’in­sé­cu­ri­té pro­fesse­t­il. « Il n’y a pas de vraie créa­tion sans risque, et donc sans un élé­ment d’in­cer­ti­tude. Moi, je ne re­lis ja­mais mes livres une fois qu’ils ont été im­pri­més, par crainte d’y dé­cou­vrir des dé­fauts qui m’au­raient échap­pé. »

Se­ghers, 462 p., 24€.

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