En­ga­gé à « pen­ser l’im­pen­sable »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Terreur. Mu­riel Min­gau

Dans son nou­veau livre, Terreur, Yann Moix in­vite à re­gar­der le réel bien en face. Ter­ri­fiant ou pas.

Ce­la fait par­tie du pro­jet lit­té­raire de Yann Moix : dé­cryp­ter le monde et le dire. Dire : l’im­pos­sible, l’in­di­cible, l’hor­reur, l’in­sou­te­nable, tout ce qui au quo­ti­dien échappe, ob­jet de ta­bou. Il peut s’agir de l’amour, de la mort, etc. Avec Terreur, Yann Moix s’en­gage à « pen­ser l’im­pen­sable », en l’oc­cur­rence le ter­ro­risme, re­la­ti­ve­ment ré­cent en Oc­ci­dent, en France.

Il a écrit Terreur au jour le jour après les at­ten­tats contre Char­lie Heb­do et l’hy­per­ca­cher. Il pu­blie le livre deux ans après, le temps que le deuil se fasse. Yann Moix n’est ni so­cio­logue, ni his­to­rien, ni théo­lo­gien, ni phi­lo­sophe. Il est écri­vain. Se­lon lui, pour tout écri­ vain, comme pour tout ci­toyen, pen­ser son temps est un de­voir. Il s’y at­telle.

Par­mi ses pen­sées, cer­taines ont dé­jà été en­ten­dues, lues, mais res­tent de bon sti­mu­li pour les nôtres. D’autres plus in­édites in­ter­pellent, comme ses consi­dé­ra­tions très in­té­res­santes sur le vir­tuel qui do­ré­na­vant ap­par­tient lui aus­si au réel et in­ter­agit avec lui, comme la conscience des bon­heurs simples ra­fraî­chie par la mort pos­sible au coin de la rue. Le ton est ra­di­cal, comme tou­jours avec Moix.

On est d’ac­cord ou pas. C’est tout l’en­jeu de son in­vi­ta­tion à la ré­flexion. Un bé­mol. Yann Moix n’a au­cune « bien­veillance » pour les ter­ro­ristes. Il sou­ligne com­bien ils n’en ont pas. Il a rai­son. Ô com­bien. Mais ne se­rait­il pas bon d’en­vi­sa­ger à leur en­droit, si ce n’est une bien­veillance, du moins une ou­ver­ture ? Le dji­ha­diste peut s’af­fir­mer « re­pen­ti ». Ce­la s’est vu. Et ce n’est pas sans po­ser ques­tion. Mais cette prise de conscience ne peut­elle être une porte de sor­tie dans l’im­passe qu’est le ter­ro­risme ? Com­ment ne pas en­fer­mer l’in­di­vi­du dans son en­fer­me­ment ? Ce­la pour­rait aus­si se pen­ser.

YANN MOIX. PHOTO AR­CHIVES/CHRISTOPHE MAS­SON

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