Un nou­veau pro­gres­sisme

Thier­ry Pech, di­rec­teur gé­né­ral de la fon­da­tion Ter­ra No­va

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 jours en politique - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Thier­ry Pech pro­pose dans son der­nier livre une en­quête dans la fa­brique de la France de de­main. Là où les dis­si­dences forgent un nou­veau pro­gres­sisme.

Les in­sou­mis­sions mises en évi­dence par Thier­ry Pech sont une ex­plo­ra­tion des ré­bel­lions contre les règles et les sys­tèmes hé­ri­tés de la so­cié­té des Trente Glo­rieuses. Au pre­mier chef du mo­dèle, il y a le sa­la­riat tel qu’on le connaît avec un contrat de tra­vail et un es­pace où il se vit. Dé­sor­mais, les bou­le­ver­se­ments nous ont fait en­trer dans une so­cié­té « post­sa­la­riat ». Et, écrit Thier­ry Pech dans son der­nier livre In­sou­mis­sions (*), pu­blié au Seuil, les forces qui conduisent cette mu­ta­tion « pro­cèdent aus­si d’une de­mande so­ciale d’au­to­no­mie et d’un nou­vel idéal du tra­vail, no­tam­ment chez les plus jeunes et les plus qua­li­fiés. » Com­por­te­ments nou­veaux et rup­tures illus­trent ces fa­meuses in­sou­mis­sions.

La va­leur tra­vail, mais quel tra­vail ?

« L’in­su­bor­di­na­tion du tra­vailleur, écrit le di­rec­teur gé­né­ral de Ter­ra No­va, l’in­sou­mis­sion du consom­ma­teur et la ra­di­ca­li­sa­tion du ci­toyen gran­dissent sur les dé­combres de la so­cié­té sa­la­riale, des po­li­tiques de masse et du com­pro­mis post­for­diste avec le­quel elles fai­saient sys­tème. »

Et si à peu près tous les can­di­dats mettent le tra­ vail au pre­mier rang de leurs va­leurs, est­ce que leur lo­gi­ciel ne date pas ? « Les gens au­jourd’hui ne veulent plus d’un tra­vail comme l’avaient vou­lu leurs grands­pa­rents. C’est­à­dire s’ins­tal­ler dans un poste et y res­ter toute la vie. Mais la vieille idée de se réa­li­ser dans son oeuvre est une idée qui re­trouve beau­coup de mo­der­ni­té. Et c’est quelque chose que les po­li­tiques n’ont pas en­core bien com­pris. Il y a un idéal du tra­vail qui est une forte at­tente de réa­li­sa­tion de soi qui ne passe plus né­ces­sai­re­ment par le sa­la­riat clas­sique. »

Op­po­sé au re­ve­nu uni­ver­sel de Be­noît Hamon, Thier­ry Pech plaide pour « un état so­cial qui doit d’abord pro­fi­ter à ceux qui en ont le plus be­soin. Par ailleurs, cette idée ren­voie dans la so­cié­té une image du tra­vail très dis­cu­table. Très peu de gens n’ont pas en­vie de tra­vailler. »

Concer­nant le pay­sage po­li­tique lui­même, Thier­ry Pech per­çoit un sen­ti­ment de rup­ture « qui ne se li­mite pas à un camp mais qui se dif­fuse dans toutes les for­ma­tions du spectre po­li­tique. » Et, ajoute­t­il, « ce qu’on vit de­puis la pri­maire de droite jus­qu’à au­jourd’hui est symp­to­ma­tique d’un dé­sir d’en fi­nir avec un monde an­cien. On n’est plus à l’époque où on était dans la rhé­to­rique du chan­ge­ment, on est da­van­tage dans la rhé­to­rique de la rup­ture. »

Le doute face à une cer­taine dé­mo­cra­tie

L’au­teur ob­serve aus­si le désa­mour pour la dé­mo­cra­tie de re­pré­sen­ta­tion. Il ex­plique : « D’une ma­nière gé­né­rale, nous to­lé­rons de moins en moins que d’autres parlent pour nous car nous pré­ten­dons de plus en plus par­ler pour nous­mêmes. » Ain­si Nuit De­bout, dont les par­ti­sans « s’aven­turent sur les ter­rains es­car­pés de l’in­no­va­tion po­li­tique et so­ciale », ou le za­disme qui, op­tant pour la ra­di­ca­li­té de rup­ture, se pré­sente comme « un pro­jet de contre­so­cié­té or­ga­ni­sé sous forme d’en­claves ».

L’es­sai de Thier­ry Pech ex­plore par ailleurs les pistes de ce qu’il ap­pelle le pro­jet pro­gres­siste d’au­jourd’hui. Ve­nu de la deuxième gauche, proche d’un syn­di­ca­lisme du com­pro­mis so­cial et de la né­go­cia­tion, l’au­teur pose les bases d’un pro­gres­sisme pas si éloi­gné d’em­ma­nuel Ma­cron, même s‘il s’en dé­fend.

Pour lui, le nou­veau pro­gres­sisme doit prendre en compte deux ten­dances, d’une part la quête in­ven­tive d’in­no­va­tions et de li­ber­tés, et d’autre part la peur du dé­clas­se­ment. Il doit in­ven­ter « une po­li­tique so­ciale pour un temps li­bé­ral. »

THIER­RY PECH. « Nous to­lé­rons de moins en moins que d’autres parlent pour nous […] ». PHOTO DR

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