Et si on mar­chait (un peu) plus ?

La plu­part des Fran­çais sont en­core loin des 10.000 pas re­com­man­dés par jour

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Pau­line Ma­reix ig@cen­tre­france.com

Une étude de l’as­su­reur At­ti­tude Pré­ven­tion ré­vèle que le nombre de pas quo­ti­diens des Fran­çais est en lé­gère hausse. Pour être pré­cis, nous avons fait 386 pas de plus qu’en 2015. C’est bien. Mais si l’on s’en tient aux re­com­man­da­tions de l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la San­té, ce n’est pas suf­fi­sant. Faut-il s’in­quié­ter ?

Ques­tion ac­ti­vi­té phy­sique et spor­tive, les Fran­çais ne sont pas en­core cham­pions toutes ca­té­go­ries. En 2016, les trois quarts d’entre eux ont ef­fec­tué 7.889 pas par jour en moyenne. Pour se main­te­nir en forme, il fau­drait at­teindre… 10.000 pas ! De là à dire que nous sommes pa­res­seux…

Mau­vaises ha­bi­tudes, mé­téo et manque de temps freinent notre mo­ti­va­tion

Com­ment ex­pli­quer notre ten­dance à l’im­mo­bi­lisme ? La force de l’ha­bi­tude, sans doute. Pour Anaïs Roc­ci, so­cio­logue et spé­cia­liste de l’ana­lyse des chan­ge­ments de pra­tiques de mo­bi­li­té, c’est aus­si une re­cherche de confort, « le fait de se re­trou­ver dans un pe­tit chez soi, avec ses af­faires à por­tée de main, sa mu­sique, d’être au chaud ou, au contraire, au frais l’été grâce à la clim… ». La mé­téo, se­lon l’étude me­née pen­dant cinq ans, fait par­tie des nom­breux fac­teurs qui in­fluent sur notre nombre de pas. Qu’il fasse trop chaud ou trop froid, on trou­ve­ra tou­jours une bonne ex­cuse...

Le manque de temps, aus­si, est l’une des prin­ci­pales rai­sons pour les­quelles on se dé­file quand il s’agit de mar­cher. « Nous vou­lons al­ler tou­jours plus vite. Et, entre al­ler au tra­vail à pied ou dor­mir quelques mi­nutes de plus, notre choix est ra­pi­de­ment fait », note le pro­fes­seur Fre­de­rick Grou­zet, du dé­par­te­ment de psy­cho­lo­gie de l’uni­ver­si­té de Vic­to­ria, au Ca­na­da

Reste qu’un Fran­çais sur deux dit connaître cet ob­jec­tif san­té. Une prise de conscience… qui ne se tra­duit pas dans les faits ! La faute au manque de temps, mais aus­si aux écrans. Plus de la moi­tié des Fran­çais es­timent que le temps pas­sé de­vant l’or­di­na­teur ou la pe­tite lu­carne l’est au dé­tri­ment des ac­ti­vi­tés phy­siques et spor­tives. Un manque de mo­ti­va­tion que – ne le niez pas ! – beau­coup d’entre nous connaissent ou ont connu un jour.

« Il n’est ja­mais trop tard pour chan­ger d’at­ti­tude »

D’où ce­la vient­il ? Pour Fre­de­rick Grou­zet, il y a deux ca­té­go­ries de per­sonnes. Celles qui bougent par plai­sir, qui boudent l’as­cen­seur, qui des­cendent une sta­tion plus tôt pour fi­nir un tra­jet en mar­chant… Et celles qui freinent des quatre fers quand il s’agit d’al­ler cher­cher le pain à pied. Si, à l’école, les cours D’EPS étaient une souf­france heb­do­ma­daire, vous avez de grandes chances de faire par­tie de la se­conde ca­té­go­rie.

« Si on se sent for­cé quand on est jeune, on peut, plus tard, dé­ve­lop­per une aver­sion pour l’exer­cice phy­sique », pour­suit le pro­fes­seur. Mais que l’on se ras­sure, « il n’est ja­mais trop tard pour chan­ger d’at­ti­tude. »

Alors, si vous faites par­tie des 76 % de Fran­çais à ne pas mar­cher au­tant que le pré­co­nise L’OMS, y a­t­il de quoi culpa­bi­li­ser ? « Non », ré­pond ce spé­cia­liste de la mo­ti­va­tion. L’ob­jec­tif des 10.000 pas est « to­ta­le­ment ar­bi­traire », dit­il, et n’est pas à consi­dé­rer comme une pa­role d’évan­gile. Le plus im­por­tant, c’est de se fixer de pe­tits ob­jec­tifs. « On doit le faire pour soi­même, c’est la meilleure forme de mo­ti­va­tion qui soit », mar­tèle Fre­de­rick Grou­zet. Et se po­ser les bonnes ques­tions : « Est­ce que je prends ma carte à la salle de sport parce que j’ai lu que c’était bon pour la san­té ? Parce que d’autres me mettent la pres­sion ? Si tel est le cas, la mo­ti­va­tion risque de s’éva­po­rer aus­si vite qu’elle est ar­ri­vée. »

Pour pré­ser­ver sa san­té, il n’est pas ques­tion de faire les Jeux Olympiques ou de cou­rir un se­mi­ma­ra­thon. Il ne s’agit pas non plus de mar­cher plu­sieurs ki­lo­mètres par jour à un rythme digne de Yo­hann Di­niz ! Tout ce qui compte, c’est de bou­ger. « Faire du bri­co­lage ou pro­me­ner son chien, ça contri­bue dé­jà à être en forme », re­la­ti­vise Fre­de­rick Grou­zet.

Alors, étei­gnez la té­lé, al­lez cher­cher à la cave ce meuble re­four­gué que vous de­vez mon­ter de­puis des lustres, sor­tez re­dé­cou­vrir votre ville… Bref, es­sayez de te­nir la ré­so­lu­tion prise au cours d’un dî­ner bien ar­ro­sé. Sans vou­loir vous mettre la pres­sion, bien en­ten­du.

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