Si si, on casse aus­si la croûte à Saint-sat’ ! Le casse-croûte fa­çon Saint-sat’

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Bistrots de pays - Jean-paul Gon­deau

Après nous avoir van­té dix va­rié­tés de thé, le pa­tron est re­ve­nu à de meilleurs sen­ti­ments : « Il y a tou­jours le pe­tit ca­non de rouge à 80 cen­times…». Le Bis­trot d’ici, à Saint-saturnin, va re­ce­voir le la­bel «Bis­trot de pays». Une ré­com­pense. Mieux, une re­con­nais­sance.

L’ac­cueil est en­le­vé : « Voyez la pa­tronne, c’est elle qui com­mande ! ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : au Bis­trot d’ici, à Saint­saturnin, le pa­tron, heu­reuse na­ture, n’a rien du mâle do­mi­né. Et vous in­forme qu’étant di­rec­teur com­mer­cial dans le civil, il se borne à se­con­der sa com­pagne, la vé­ri­table maî­tresse des lieux. « J’ai le sta­tut de conjoint col­la­bo­ra­teur, je suis af­fi­lié au RSI (N.D.L.R. : ré­gime so­cial des in­dé­pen­dants)… À l’in­verse de Pé­né­lope, je tra­vaille et je paie ! ».

Nous voi­là dans le vif du su­jet, di­manche ma­tin 5 fé­vrier, à Saint­sat’ la chic, place du 8­Mai, épi­centre de la vie com­mu­nau­taire avec la mai­rie, l’of­fice de tou­risme, ses mar­chés, ses fêtes et son par­king grand for­mat. « La vie est concen­trée ici » se pour­lèche l’in­ter­mit­tent du pa­tro­nat.

Conti­gu au bar où vont et viennent les bu­veurs de pe­tits noirs et les ache­teurs « du jour­nal », le sa­lon thé­res­tau­ra­tion aux cou­leurs pas­tel que fré­quente ce ma­tin­là une ré­si­dente ita­lienne, deux cy­clistes et quatre mo­tards, la pa­tronne Pa­tri­cia Labbe, 47 ans, et son com­pa­gnon Ber­trand Li­vet, 57 ans, in­dé­ra­ci­nables Saint­sa­tur­ni­nois.

Elle en­sei­gnait l’an­glais

S’ac­cor­dant une pause entre le comp­toir et la cui­sine, Pa­tri­cia nous ra­conte ce vi­rage à angle vif qu’elle a osé prendre en 2015 alors qu’elle en­sei­gnait l’an­glais de­puis dix ans dans un col­lège de Thiers. « À faire le tra­jet chaque jour, c’était usant et je me suis dit qu’il fal­lait faire autre chose, ce n’était plus pos­sible ». Pa­tri­cia avait dé­jà sa pe­tite idée en tête…

En ap­pre­nant que les pro­prié­taires de l’an­cien bar des Tilleuls « n’avaient plus en­vie », le couple pressent la bonne au­baine, achète, re­con­fi­gure et ra­fraî­chit. « Je sa­vais que vu l’em­pla­ce­ment, il y avait du po­ten­tiel » in­voque Ber­trand.

Fort d’une ter­rasse « ba­roque » (sic), d’un in­té­rieur « co­sy » (re­sic) agré­men­té d’un vi­deo pro­jec­teur grand écran « pour L’ASM » et d’une cui­sine aux pro­duits du ter­roir, le Bis­trot d’ici – ain­si nom­mé sans cé­der à l’épate – connaît l’af­fluence dès son ou­ver­ture à l’été 2016. « Avec la ter­rasse, on a ser­vi plus de 70 re­pas par jour » a cal­cu­lé le di­rec­ teur com­mer­cial qui a iden­ti­fié son monde : « Notre clien­tèle est moi­tié lo­cale moi­tié tou­ris­tique ».

Au pia­no, une cui­si­nière du cru qui com­pose en vir­tuose le casse­croûte fa­çon Saint­sat’: la tête de veau, la mo­rue, les cuisses de gre­nouille ou le fish and chips que goû­te­rait un cer­tain Brice Hor­te­feux, en­fant du pays, dont les pa­rents ha­bitent à proxi­mi­té.

Il est vrai que l’an­cien plus beau vil­lage de France (*) reste une at­trac­tion et que le duo d’ici four­mille d’ini­tia­tives pour y contri­buer : un Tub Ci­troën ré­agen­cé en bar iti­né­rant pour ré­jouis­sances et ma­riages, des concerts, des lec­tures mu­si­cales, des conférences, des ate­liers gas­tro­no­miques, des ex­po­si­tions de pein­ture, sans ou­blier un cours heb­do­ma­daire d’an­glais dis­pen­sé par Pa­tri­cia.

« On ne se re­fait pas ! J’ai entre quinze et trente élèves de 15 à 89 ans et je peux vous dire qu’ils sont as­si­dus… ».

Une telle plu­ra­li­té d’ani­ma­tions, une telle ef­fer­ves­cence créa­tive a trou­vé sa ré­com­pense avec l’ob­ten­tion en mars pro­chain du la­bel « Bis­trot de pays » at­tri­bué à tout ca­fé­res­tau­rant qui re­donne de la lu­mière à la grise mine des pe­tits pa­te­lins. On re­cense pour l’heure dix de ces tro­quets sa­lu­taires dans le dé­par­te­ment.

« Tous AOC » a ri­go­lé Ber­trand qui connaît ses clas­siques. Com­pre­nez par­là « Ap­pel­la­tion d’ori­gine de Comp­toir »…

(*) La com­mune a été dé­clas­sée en 2015 pour mau­vaises res­tau­ra­tions et construc­tions de pa­villons.

« A l’in­verse de Pé­né­lope, je tra­vaille et je paie ! » Une AOC : « Ap­pel­la­tion d’ori­gine de Comp­toir »

EN AC­TION ! Ber­trand et Pa­tri­cia, di­manche, à 10 heures, en plein coup de feu. Sur le comp­toir, pe­tits noirs et de­mis… La bou­teille de vin au pre­mier plan, c’est plus pour le dé­cor que pour la consom­ma­tion vu l’heure ma­ti­nale. « Comme le ca­lice sur l’au­tel » di­ra un client qui connaît ses clas­siques… PHOTO RÉ­MI DUGNE

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