Cler­mont in­sur­gé, Cler­mont dé­vas­té…

Du genre tai­seux et dur au mal, nos an­cêtres pou­vaient par­fois fondre les plombs… Sur­tout quand l’etat s’avi­sait de far­fouiller dans leur porte-mon­naie. En 1841, à Cler­mont, une ré­forme fis­cale dé­clen­cha pillages, in­cen­dies et mas­sacres.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Puy-de-dôme actualité - Jean-paul Gon­deau

Nos an­cêtres les bou­gnats tai­seux, be­so­gneux, durs au mal et à la mi­sère ?

Jean­claude Ca­ron, pro­fes­seur d’his­toire à l’uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne, tord le cou à ces cli­chés folk­lo­ristes. En com­pul­sant les mé­moires d’hip­po­lyte Conchon, maire de Cler­mont entre 1835 et 1843, il a dé­cou­vert que les gens d’ici pou­vaient fondre les plombs. Ce fut le cas les 9, 10 et 11 sep­tembre 1841 (*) quand des émeutes en­flam­mèrent la ville, de la rue Saint­hé­rem à la place de Jaude.

Une his­toire de portes et de fe­nêtres

Le bou­te­feu s’ap­pe­lait Georges Hu­mann. Mi­nistre des Fi­nances de LouisP­hi­lippe, il en­ten­dait ré­ for­mer un im­pôt qui lais­se­rait rê­veur les contri­buables d’au­jourd’hui. Cet im­pôt di­rect était as­sis sur le re­cen­se­ment des… portes et des fe­nêtres afin de cal­cu­ler au plus juste la sur­face fi­nan­cière de leurs pro­prié­taires ! Der­rière ce dé­compte que l’état dé­lé­guait aux mu­ni­ci­pa­li­tés, les contri­buables ont vu la me­nace du coup de trique fis­cal. D’où un mouve­ ment na­tio­nal de protestation qui se ré­vé­la le plus violent à Cler­mont, pro­vo­quant la mort d’une ving­taine de per­sonnes au mi­lieu des in­cen­dies, des pillages, des voies de fait sur les no­tables et la troupe, conju­gués au sac­cage de la mai­son du maire, place de Jaude. Le 11 sep­tembre, « l’ordre ma­té­riel était ré­ta­bli à Cler­mont » clai­ron­nait un Conchon sou­la­gé. Du nombre des morts et des bles­sés, pas un mot…

« La guerre ci­vile »

Qui étaient donc ces « sé­di­tieux », comme les a bap­ti­sés le pre­mier ma­gis­trat ? Hip­po­lyte Conchon, « no­table or­léa­niste, phi­lan­thrope, poète ama­teur, es­prit éclai­ré et vol­tai­rien » se­lon le por­trait contras­té de Jean­claude Ca­ron, montre du doigt les « rouges «, les « anar­chistes », les « com­mu­nistes », tous do­mi­ci­liés à… Beau­mont et Au­bière ! « Des es­prits ja­loux de la pros­pé­ri­té de leurs voi­sins » les ac­cablent fiel­leu­se­ment Hip­po­lyte. Jean­claude Ca­ron n’épargne pas ce li­bé­ral, pa­ran­gon de « l’élite so­ciale », qui tape à bras rac­cour­cis sur « une cam­pagne en­vi­ron­nante dé­peinte comme un re­paire de pay­sans en­vieux at­ta­quant les pro­prié­taires de la ville par frus­tra­tion so­ciale ». Bref, les cou­pables sont ve­nus d’ailleurs et ses 35.000 conci­toyens n’ont été que té­moins ou vic­times…

Dix ans de ré­clu­sion

Cinquante­six ha­bi­tants de Cler­mont, Au­bière et Beau­mont, trente­deux de Chauriat (où le pres­by­tère et l’église ont été mis à sac) et quatre de SaintGer­main­lem­bron ont été ju­gés en fé­vrier 1842. « La guerre ci­vile et le pillage ont été au­da­cieu­se­ment por­tés dans une des grandes ci­tés du royaume » a gran­di­lo­qué le pro­cu­reur de Riom. Un culti­va­teur de Dur­tol a ré­col­té dix ans de ré­clu­sion pour « ten­ta­tive d’ho­mi­cide vo­lon­taire », une di­zaine d’autres pré­ve­nus entre six mois et sept ans.

Un an jour pour jour après les faits, les condam­nés ont été « ex­po­sés » sur la place de Jaude de­vant les ruines de la mai­son du maire avant de ga­gner leur pri­son. La va­riante « mo­derne » du pi­lo­ri…

(*) Il en a ti­ré un livre « Mé­moire de M. Conchon, maire de Cler­mont­fer­rand, sur les troubles de cette ville en 1841 ». 239 pages, Col­lec­tion Études sur le Mas­sif Cen­tral.

Cet élé­gant jouf­flu fût le maire de Cler­mont entre 1835 et 1843. Sa mai­son, place de Jaude, fut mise à sac par les émeu­tiers qui lui re­pro­chaient d’avoir contri­bué à la ré­forme fis­cale du gou­ver­ne­ment de Louis-phi­lippe en or­ga­ni­sant le re­cen­se­ment im­mo­bi­lier.

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