L’art de « conter » le réel

Avec Marx et la Pou­pée, Ma­ryam Mad­ji­di signe un pre­mier ro­man très réus­si, né de ce lieu trouble ap­pe­lé « exil », entre l’iran et la France.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Mu­riel Min­gau Twit­ter : @mmin­gau Marx et la Pou­pée.

Une grâce fa­rouche, une rage de vivre ex­pri­mée avec nuances et poé­sie, un puis­sant sou­ci de vé­ra­ci­té dans l’ana­lyse des res­sorts d’une exis­tence… Telles sont quelques­unes des belles im­pres­sions lais­sées par Marx et La Pou­pée.

Pour­quoi « Marx » ? Parce que les pa­rents de la pe­tite Ma­ryam – Ma­ryam Mad­ji­di, l’au­teure – étaient com­mu­nistes. Pour­quoi « La Pou­pée » ? Parce qu’après la ré­vo­lu­tion is­la­mique de 1979 en Iran, quand ses pa­rents dé­cident de s’exi­ler en France en 1986, ils exigent que Ma­ryam donne tous ses jouets aux en­fants de leur quar­tier de Té­hé­ran. Dont la plus ai­mée de ses pou­pées…

Ma­ryam naît en 1980, en pleines « purges » san­glantes. Ses oncles vont en pri­son. Leur évo­ca­tion re­vient, mo­tif ex­pri­mant les vio­lences qui frappent les in­di­vi­dus et les fa­milles. Tou­te­fois, l’au­teure n’in­siste pas. Pour l’en­fant qu’elle fut, c’était le cadre, drôle de cadre de vie… De l’iran, elle par­tage aus­si les beau­tés, les charmes, l’af­fect sen­suel qui re­lie au pays, à Té­hé­ran. Elle par­ tage la dou­ceur, celle du foyer où elle a gran­di. Elle peint de beaux por­traits de ses proches, sa grand­mère tant ai­mée, son père, sa mère, la fa­çon dont ils perdent leurs convic­tions, leur éner­gie vi­tale en exil.

À six ans, Ma­ryam ar­rive en France. Elle ra­conte la chambre de bonne des dé­buts, l’école où elle se tient à l’écart des autres, ses des­sins cau­che­mar­desques.

Avec style

Elle ra­conte ses ré­voltes et stra­té­gies de sur­vie, comme le re­jet de la langue ira­nienne. Elle ra­conte le long che­min pour de­ve­nir femme et ré­soudre ses contra­dic­tions. No­tam­ment, elle écrit.

Avec style ! Le sien en­tre­lace au­to­bio­gra­phie et fic­tion. Son écri­ture donne au réel des al­lures de conte avec un sens émou­vant de la mé­ta­phore, comme cette vieille femme as­sise sur un banc. Elle n’est autre que sa langue ma­ter­nelle… Avec le conte mais aus­si la poé­sie, l’amour du fran­çais se ma­rie ici à la culture per­sane. La ré­so­lu­tion des contra­dic­tions se pour­suit au sein même de l’écri­ture. Su­perbe !

MA­RYAM MAD­JI­DI. Une grâce fa­rouche. G.AUGENDRE-CAM­BON

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