Bien pre­pa­rer sa sor­tie neige

Pai­sible l’été, le Mas­sif cen­tral peut de­ve­nir pé­rilleux l’hi­ver s’il est abor­dé en di­let­tante. À l’heure où ra­quettes et skis de ran­don­née se dé­mo­cra­tisent, voi­ci quelques conseils.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - La une - Pierre Pey­ret pierre.pey­ret@cen­tre­france.com

«Pen­dant long­temps, les gens ont eu ten­dance à ou­blier que le dan­ger ne vient pas de la fa­çon dont on pra­tique la mon­tagne mais bien de la mon­tagne tout sim­ple­ment. »

As­si­mi­lés à une terre d’es­tives et à une pai­sible mon­tagne à vaches où poussent gen­tianes et se pro­mènent ran­don­neurs, les re­liefs du Mas­sif cen­tral, blan­chis par l’ar­ri­vée de l’hi­ver, re­prennent leurs droits.

Aus­si, Jean Don­na­dieu, pré­sident du co­mi­té ré­gio­nal Au­vergne de la FFME (*) le mar­tèle : « La mon­tagne, on ne peut pas y al­ler en di­let­tante. »

À l’heure où les sor­ties en ra­quettes à neige et ski de ran­don­née se dé­mo­cra­tisent, Jé­rôme Bernard, ac­com­pa­gna­teur au Bu­reau des guides d’au­vergne, constate chaque hi­ver un peu plus la lé­gè­re­té et l’in­sou­ciance dont font preuve cer­tains.

« On voit des choses qui font très peur. » Cer­tains s’en­gagent par exemple sans ra­quettes, sui­vant des traces alors qu’ils ne savent pas où elles vont les me­ner. « L’er­reur que l’on voit, ce sont des gens qui ont ef­fec­tué une sor­tie en été et qui vont es­sayer de la re­pro­duire l’hi­ver, dans des zones où le ba­li­sage a été re­cou­vert par la neige. Ils se re­trouvent alors dans des si­tua­tions cri­tiques. Même si l’on n’est pas à 3.000 mètres d’al­ti­tude, on a des condi­tions très par­ti­cu­lières, avec des zones de cor­niche. »

Constat confir­mé par Jean Don­na­dieu. Lui, in­siste sur un point sou­vent pris de haut par les ran­don­neurs : l’ava­lanche. « Ce­la fait long­temps que les skieurs savent qu’il y a un risque d’ava­lanche. Même dans nos mas­sifs. Dans un même temps, les gens qui passent en ra­quettes ne se sentent pas concer­nés alors que le dan­ger est le même pour tous ! » Pas de quoi pour au­tant se fer­mer l’ac­cès à la mon­tagne.

Deux voies s’offrent alors aux ran­don­neurs. « Soit on a en­vie de com­prendre ce qui se passe au­quel cas il y a des pra­tiques fé­dé­rales. Soit on peut se lais­ser gui­der par des pro­fes­sion­nels pour l’en­ca­dre­ment », pour­suit le pré­sident du co­mi­té ré­gio­nal pour qui le maître­mot reste le même : la préparation.

Sa­voir se re­pé­rer. Ce­la 1 com­mence par un élé­ment de bon sens : sa­voir se re­pé­rer. « Le GPS est un su­per ou­til… tant qu’il est char­gé. La carte IGN, elle, ne tombe pas en panne », sou­rit Jean Don­na­dieu. Mais en­core fau­til sa­voir la lire, pré­cise Jé­rôme Bernard.

Pré­pa­rer son iti­né­raire. 2 Res­pon­sable ré­gio­nal des for­ma­tions à la FFME, Pas­cal Ser­ra sou­ligne l’im­por­tance de connaître le ter­rain et l’ex­po­si­tion du ver­sant sur le­quel on va. « L’es­sen­tiel des ava­lanches se pro­duit dans des pentes orien­tées nord­est et nord­ouest, com­prises entre 30° et 45°. » De­puis peu, le site www.geo­por­tail.gouv.fr per­met de connaître les pentes su­pé­rieures à 30°, 35°, 40°, et 45°.

Ne pas se sur­es­ti­mer. 3 Au­de­là du ma­té­riel (voir ci­contre), la préparation dé­pend de l’iti­né­raire mais aus­si des gens pre­nant part à la sor­tie. Que ce soit en ski de ran­don­née ou en ra­quettes, il est pri­mor­dial de sor­tir ac­ com­pa­gné. « À dé­faut, il faut don­ner à ses proches les in­for­ma­tions comme l’heure de dé­part et d’ar­ri­vée ain­si que le sec­teur de pra­tique », ré­sume Jé­rôme Bernard. Pour Jean Don­na­dieu, « il ne faut pas se sur­es­ti­mer ni sur­es­ti­mer le ni­veau des autres. » Il rap­pelle l’exis­tence de la for­mule 3X3 de Mun­ter. Cette der­nière consiste à s’in­ter­ro­ger sur une sé­rie de trois va­riables : les condi­ tions (ciel, neige), le ter­rain et l’homme. Ce­ci à trois ni­veaux spa­tiaux et tem­po­rels suc­ces­sifs : à la mai­son, pen­dant l’ap­proche et dans la pente. À chaque fois, il faut ré­pondre à cette ques­tion : « Il fait tel temps, le ter­rain est de tant de de­grés, “j’y vais ou j’y vais pas ?”. En mon­tagne, re­non­cer est une force. »

(*) Fé­dé­ra­tion fran­çaise de la mon­tagne et de l’es­ca­lade.

VI­GI­LANCE. « L’er­reur que l’on voit, ce sont des gens qui ont ef­fec­tué une sor­tie en été et qui vont es­sayer de la re­pro­duire l’hi­ver, dans des zones où le ba­li­sage a été re­cou­vert par la neige », re­marque Jé­rôme Bernard, ac­com­pa­gna­teur au Bu­reau des guides d’au­vergne. PHOTO FRANCK BOILEAU

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