Tou­jours de­bout

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - La une - Geneviève Thi­vat & Ju­lien Do­don

8.500 per­sonnes dans un Zé­nith qui n’avait qu’une im­mense ten­dresse et un vrai res­pect pour Re­naud le re­nard. C’était hier soir.

Grand écart. De­puis Gé­rard Lam­bert, jus­qu’à Hé­loïse, c’est tout ou presque l’his­toire de Re­naud qui dé­file. Entre un aven­tu­rier de quar­tier et une pe­tite fille de presque six ans dont la ma­man est cette Lo­li­ta sui­vie en son temps par un ma­riole d’au moins quatre ans qui vou­lait lui pi­quer sa pelle et son seau. D’hier à au­jourd’hui. D’avant­hier à hier soir, au Zé­nith d’au­vergne, où 8.500 per­sonnes étaient réunies pour cé­lé­brer le re­tour de chan­teur à per­fec­to qui hier ar­bo­rait un tee­shirt à l’ef­fi­gie d’yvan Co­lon­na.

« Ni Dion ni Pa­gny »

Voi­là pour l’em­bal­lage. Si­non, la voix ? C’est Re­naud qui en parle le mieux et très ra­pi­de­ment his­toire d’éva­cuer l’af­faire. Dès après l’ou­ver­ture et l’exé­cu­tion de Tou­jours de­bout. « J’ai une sa­crée rhi­no qui af­fecte sin­gu­liè­re­ment mes cordes vo­cales (!) Mais bon, vous n’êtes pas ve­nus écou­ter Cé­line Dion ou Pa­gny hein » ? Voi­là. L’iro­nie est maî­tri­sée, la lu­ci­di­té avé­rée. Place à ces mor­ceaux ins­crits au pa­tri­moine de la chan­son et que cha­cun va s’ap­pli­quer à re­prendre plus de deux heures du­rant. Peu im­porte ce qui sort du mi­cro. En cloque, Marche à l’ombre, La pêche à la ligne, la dé­si­gnée my­thique Mis­tral ga­gnant, Ma­nu , Mor­gane de toi, Hexa­gone, etc. « Je sais que vous pré­fé­rez les vieilles…, mais je vais vous chan­ter aus­si de nou­velles chan­sons », ponc­tue ce­lui de­ve­nu Phé­nix mais qui avoue une san­té fra­gile. Dé­filent alors J’ai em­bras­sé un flic, Hy­per­ca­sher ou Les mots.

Le Zé­nith chante. Il y a de la nos­tal­gie, de la com­pas­sion, de la ten­dresse, de l’amour et tou­jours un res­pect ma­gis­tral pour cet ar­tiste qui a sé­duit il y a presque qua­rante ans, un bon pa­quet de celles et ceux qui sont là et re­vien­dront, peut­être, le 9 mars pro­chain pour la deuxième séance.

Un pu­blic in­ter­gé­né­ra­tion­nel a as­sis­té, hier soir, au concert de Re­naud. Des fans de la pre­mière heure ont cô­toyé de jeunes ad­mi­ra­teurs. Avec la même pas­sion et un en­thou­siasme iden­tique.

Le Zé­nith d’au­vergne af­fi­chait complet, hier soir, pour la ve­nue de Re­naud. Afin d’être au plus près de leur idole, cer­tains fans s’étaient pos­tés der­rière les bar­rières dès le dé­but de l’après­mi­di. « Nous sommes ar­ri­vés à 14 h 30, et il y avait dé­jà du monde », ra­conte Na­tha­lie, ex­ploi­tante agri­cole au Ver­net­sainte­mar­gue­rite qui était dans les toutes pre­mières places de la file d’at­tente quelques mi­nutes avant l’ou­ver­ture des portes en com­pa­gnie de son ma­ri Bru­no, de son filleul Pierre et de son cou­sin, Loïc.

Plu­sieurs heures d’at­tente qui ont été l’oc­ca­sion « de faire des connais­sances, s’amuse la quin­qua­gé­naire qui n’avait pas re­vu l’in­ter­prète de Doc­teur Re­naud, Mis­ter Re­nard, sur scène de­puis ses seize ans. Nous sommes tous de­ve­nus co­pains. »

Sa pas­sion, la pro­duc­trice de Saint­nec­taire l’a trans­mise à son fils et à son pe­tit­fils de qua­ tre ans. Une his­toire sem­blable à celle de Co­ren­tin. Le jeune Cler­mon­tois d’une ving­taine d’an­nées, ban­da­na rouge dans la poche « pour se rap­pro­cher de l’es­prit que Re­naud in­car­nait », l’a « dans les oreilles de­puis tout pe­tit. Mon père était fan et il m’a tout fait dé­cou­vrir. Lors de sa der­nière tour­née, j’étais trop jeune pour al­ler le voir. Je ne pen­sais pas qu’il re­pren­drait la scène. C’est in­es­pé­ré. »

Son ban­da­na, Thier­ry l’a, lui, lais­sé dans l’ar­moire. « Quand j’étais jeune, je m’ha­billais comme lui », se rap­pelle l’in­con­di­tion­nel du chan­teur. Avec sa belle­soeur, San­drine, pré­sente à ses cô­tés hier, l’ha­ bi­tant de Neus­sar­guesMois­sac (Can­tal) avait « as­sis­té au concert à la Mai­son des sports de Cler­mont­fer­rand. C’est un très bon sou­ve­nir. » Sa pas­sion « a dé­teint, ri­gole son fils Yoan, pré­sent à leurs cô­tés. J’ai été ber­cé avec Re­naud. On l’écou­tait toute la jour­née. » Le chauf­feur rou­tier, « qui met une cas­sette ou un CD du chan­teur dans le ca­mion », se montre ad­mi­ra­tif du par­cours de son idole. « Il est ba­lèze. Pas­ser par où il est pas­sé et re­ve­nir comme ça, il faut le faire. »

« Nous avions peur de ne plus le re­voir »

« Comme le dit la chan­son, il est tou­jours de­bout, tou­jours vivant, s’en­thou­siasment Do­mi­nique et Ma­rie qui ont pris place, grâce à une op­por­tu­ni­té de der­nière mi­nute, pour la pre­mière fois à un concert de leur ar­tiste pré­fé­ré. Nous ne l’avons ja­mais vu sur scène. Nous avions peur de ne plus le re­voir. »

Peu de temps avant de prendre place dans la fosse, le couple ve­nu de Vi­chy s’at­ten­dait à ne « plus voir le Re­naud que l’on a connu à cause de sa voix cas­sée et de ses déboires mais ce se­ra un plai­sir quand même. » Et c’était bien ça le plus im­por­tant.

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« ZÉ­NITH, HIER SOIR. Le Phé­nix Tour de Re­naud a ras­sem­blé 8.500 per­sonnes, en at­ten­dant la pro­chaine séance, le 9 mars ! PHO­TOS JEAN-LOUIS GORCE

IN­CON­DI­TION­NELS. Laurent et Do­mi­nique, de Gelles, sont ar­ri­vés plu­sieurs heures avant le dé­but du concert. PHO­TO JEAN-LOUIS GORCE

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