Pre­mière jour­née à l’in­ter­nat

A la dé­cou­verte des éta­blis­se­ments sco­laires : au col­lège Amé­dée­gas­quet

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont vivre sa ville - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pas­cal.gui­nard@cen­tre­france.com

Fin des an­nées 1950, chaque ren­trée des classes amène son contin­gent de nou­veaux in­ternes. Té­moi­gnage du pre­mier jour d’un élève du col­lège Amé­dée-gas­quet.

Sep­tembre 1958, ac­com­pa­gné de ses pa­rents, Jean­Paul entre à l’in­ter­nat du Col­lège d’en­sei­gne­ment tech­nique Amé­dée­gas­quet. Il ra­conte : « après le poin­tage à l’en­trée, ins­tal­la­tion au dor­toir n° 4 équi­pé de 50 lits. C’est simple, grand et propre. Le dor­toir oc­cupe le 2e étage du pa­villon cen­tral­ouest. Les lits et les tables de nuit sont iden­tiques à ceux des hô­pi­taux. Une fois le lit fait, au car­ré (ou presque), ran­ge­ment du trous­seau dans le ves­tiaire type clas­sique. Cha­cune des pièces est mar­quée à mon pré­nom, nom et n° (pour moi le 179). Les mer­ce­ries ven­daient à cette époque des rou­leaux de bande per­son­na­li­sée à coudre. Une fois un ca­de­nas po­sé sur mon ca­sier, c’est la des­cente en étude 9 pour po­ser mes af­faires sco­laires dans un autre ca­sier avec un autre ca­de­nas ».

En­trée en si­lence

Jean­paul pour­suit son ré­cit : « Au re­voir aux pa­rents et pre­miers con­tacts avec les autres élèves. Nous sommes une dou­zaine de nou­veaux dans cette étude, dont seule­ment sept pour la 6e. Le temps de trou­ver des “pays” du Mon­tel­en­ge­lat et il est dé­jà 18 h 55, l’heure du re­pas du soir an­non­cé par la son­ne­rie. En­ca­drés par les grands (5e et 4e) nous nous ran­geons par étude de­vant l’en­trée du ré­fec­toire. En­trée en si­lence, nous res­tons de­bout de­vant notre table en at­ten­dant que tout le monde prenne place. Un des deux sur­veillants dans l’al­lée cen­trale tape dans ses mains et nous nous as­seyons dans un brou­ha­ha gé­né­ral. Le per­son­nel de ser­vice, au moins trois dames, dis­tri­bue les plats à l’aide d’un chariot en in­ox. C’est très ra­pide mal­gré les trente tables. Soupe, deux plats et fro­mage ou des­sert. À la fin du re­pas, un sur­veillant tape dans ses mains, si­lence, nous sor­tons table par table et nous voi­là en ré­créa­tion pour faire connais­sance ».

À 20 heures, nou­velle son­ne­rie, « nous nous met­tons en rang dans la cour de­vant l’étude. Le sur­veillant nous semble sé­vère mais comme il a une au­to­ri­té na­tu­relle ce­la ira sans pu­ni­tion. 21 h 30, son­ne­rie sor­tie 5 mn puis mon­tée au dor­toir. Dé­sha­billage et toi­lette, un gag… les la­va­bos sont de longues auges de gra­ni­to ali­men­tées en conti­nu par un tuyau de 50 mm per­cé de trous tous les 60 cm qui en­voient des jets de 2 mm d’eau tiède…

» À 22 heures, tout le monde au lit, ex­tinc­tion des feux, quelques bruits et plai­san­te­ries vite stop­pés par le” pion”. Il faut dor­mir et pour la pre­mière fois je vais” pro­fi­ter” du bef­froi de l’hô­pi­tal Sainte­ma­rie, cent mètres à vol d’oi­seau, qui sonne les quarts d’heure et n’aide pas à trou­ver le som­meil… Le len­de­main à 6 h 55 ré­veil, toi­lette, ha­billage et nous des­cen­dons à 7 h 20 pour la 1re son­ne­rie et cour­rons nous ran­ger de­vant le ré­fec­toire pour le pe­tit­dé­jeu­ner. Sor­tie vers 7 h 45, le ma­tin de ce pre­mier jour ras­sem­ble­ment vers le per­ron cen­tral, ap­pel et for­ma­tion des classes par an­née en com­men­çant par les grands. Li­ta­nie des noms… Les pro­fes­seurs prennent en charge les classes. Les 6e passent en der­nier, vers 10 heures. Je suis, comme les six autres in­ternes en 6e A. Un pro­fes­seur nous conduit salle 30 au­des­sus du ré­fec­toire. Il nous en­sei­gne­ra le fran­çais et se­ra notre pro­fes­seur prin­ci­pal… »

De­mi pans-cul et pans-cul

« À 11 h 55, son­ne­rie, en­trée au ré­fec­toire, on se range. Tou­jours la même pro­cé­dure mais cette fois­ci avec les de­mi­pen­sion­naires (les ”de­mi pans­cul” alors que les in­ternes sont les ”pans­cul”). Ré­créa­tion, étude tou­jours le rythme don­né par la son­ne­rie, l’après­mi­di je me sou­viens de deux cours : ma­thé­ma­tiques et d’an­glais. Pour nous, ap­prendre une langue étran­gère était en­tiè­re­ment nou­veau. Maî­tri­ser la lo­cu­tion The sky is blue, c’était pour moi dé­jà l’aven­ture !…»

« Dé­sha­billage et toi­lette, un gag… »

VÉ­TUSTE. L’éta­blis­se­ment Amé­dée-gars­quet, cô­té an­cienne École Nor­male avant les grands tra­vaux de 1992.

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