Ra­chel et An­toine mul­ti­plient la vie

À 1.100 mètres d’al­ti­tude, en Haute­loire, l’as­so­cia­tion Geb Nout fait pros­pé­rer des blés an­ciens sur des terres dé­fri­chées ja­dis par les moines de l’ab­baye de La Chaise­dieu.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Pomme La­brousse pomme.la­brousse@cen­tre­france.com

Au com­men­ce­ment, ils étaient vingt. Vingt pe­tits grains de blé qui te­naient dans le creux de la main. Quatre ans et au­tant de mois­sons plus tard, il y en avait sur trois hec­tares. « Même avec un seul grain de blé, on peut re­cons­ti­tuer une po­pu­la­tion. C’est un conte de fée, mais c’est une réa­li­té vé­gé­tale. » Voi­là com­ment Ra­chel et An­toine Ber­lier Serre sont de­ve­nus mul­ti­pli­ca­teurs. Leur mis­sion : faire se mul­ti­plier des va­rié­tés an­ciennes de blé. « Ce sont des blés is­sus de sé­lec­tions pay­sannes qui évo­luent li­bre­ment. »

« Ce conte de fée, c’est une réa­li­té vé­gé­tale »

Ain­si, ces fa­meuses graines se­mées dans le jar­din se sont sen­ties pous­ser des ailes sous les nuages gé­né­reux de La Chai­seDieu. « Les causses du Quer­cy, c’est sec et cal­caire… Ici, le bar­dot a “pé­té les plombs”. Les tiges fai­saient deux mètres de haut. Mais dès l’an­née sui­vante son com­por­te­ment a chan­gé, la taille a di­mi­nué. » Les vingt grains de blé du dé­part se trou­vaient sur des épis bar­bus et jaunes. Après trois ans à se mul­ti­plier sur les terres de Ra­chel et d’an­toine, des épis blancs et des épis rouges sont ap­pa­rus. « On est tou­jours sur du bar­dot, mais il s’est adap­té. »

Ra­chel et An­toine Ber­lier Serre ont ain­si été mul­ti­pli­ca­teurs pour le compte de l’in­ra et des ins­ti­tuts semblables de Hol­lande et de Ré­pu­blique Tchèque. « On signe un contrat avec eux. Le ma­té­riel, donc les

grains, leur ap­par­tient. Nous sommes char­gés de les mul­ti­plier. » Il faut dire que les dix hec­tares dont dis­posent An­toine et Ra­chel Ber­lier Serre, à « Baf­four », sont un ter­rain de jeu idéal pour ces blés an­ciens. Sur des terres dé­fri­chées ja­dis par les moines, qui n’avaient pas été culti­vés de­puis cent ans, leur as­so­cia­tion Geb Nout a bâ­ti « un site d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Un lieu de ré­serve du vivant qui crée du rayon­ne­ment. » Un lieu où blés an­ciens et tech­niques poin­tues d’ana­lyse des sols se cô­toient. Un lieu où l’échange avec le vivant est roi. Un lieu où l’on ne craint pas de par­ler d’éner­gie, d’ho­lis­tique.

« Il y a deux fa­çons de voir les choses, af­firme An­toine Ber­lier Serre. Soit on se sert des va­rié­tés an­ciennes pour se cal­quer sur les sché­mas agri­coles ac­tuels, et on en fait un pur pro­duit éco­no­mique. Soit on voit l’agri­cul­ture dans sa glo­ba­li­té, de la se­mence à la san­té hu­maine, en pas­sant par l’ali­men­ta­tion. Ici, nous cher­chons sim­ple­ment à conti­nuer le tra­vail qui se fait de­puis 14.000 ans. »

VIVANT. Ces grains de blé de la va­rié­té blanc des Flandres se re­trou­ve­ront bien­tôt dans le pain et les gâ­teaux de la ferme des Mel­lys, à Baf­four (La Chaise-dieu).

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