N’être per­sonne et tout le monde

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ré­mi Bon­net

Il de­vient de plus en plus rare de se re­trou­ver de­vant un livre dont on n’a pas la clé.

Gé­né­ra­le­ment, tout s’éclair­cit au fil des pages, et les au­daces qui éblouis­saient au dé­part de­viennent de simples pro­cé­dés, plus pré­vi­sibles, et fi­na­le­ment simples à maî­tri­ser.

Mais N’être per­sonne est un ro­man im­pos­sible à ap­pri­voi­ser. Est­ce un ro­man, d’ailleurs ? Sans doute, mais cette ques­tion n’est pas for­cé­ment cen­trale.

Gaëlle Oblié­gly, an­cienne pen­sion­naire de la vil­la Mé­di­cis à Rome, ne donne pas le mode d’em­ploi de son ré­cit, et c’est tant mieux.

Le lec­teur se re­trouve de­vant un texte que l’on pour­rait qua­li­fier de « lit­té­ra­ture de re­cherche » si le terme n’était pas aus­si aride. Car les émo­tions, contra­dic­toires, par­fois ex­trêmes, pal­pitent à chaque page.

Ça n’a ni queue ni tête, les pa­ra­graphes se té­les­copent sans lo­gique ap­pa­ rente, comme un amon­cel­le­ment de post­it d’apho­rismes mis bout à bout. Ça ne de­vrait pas fonc­tion­ner, mais bi­zar­re­ment, on plonge. Pour­quoi ? Im­pos­sible à ex­pli­quer.

Pour­tant, c’est par­fois bien grin­çant. L’écri­vain, ori­gi­naire de Chartres, sous cou­vert de fic­tion, règle ses comptes avec sa ré­gion d’ori­gine, qu’elle qua­li­fie de « trou à bet­te­raves ». Les Beau­ce­rons ap­pré­cie­ront…

Comme des post­it mis bout à bout

N’être per­sonne. Gaëlle Obié­gly, édi­tions Ver­ti­cales, 320 pages, 22 €.

ÉCRI­VAIN. Gaëlle Obié­gly re­bat les cartes de la lit­té­ra­ture avec N’être per­sonne. PHO­TO FRAN­CES­CA MANTOVANI

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