Il est com­ment Mé­len­chon ?

La jour­na­liste Ma­rion La­gar­dère a scan­né l’ani­mal po­li­tique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 jours en politique - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Ce qu’elle a pu l’en­tendre cette ques­tion ! A force, Ma­rion La­gar­dère, qui a sui­vi le can­di­dat de la France in­sou­mise pen­dant cinq ans, a dé­ci­dé d’y ré­pondre dans un livre ti­tré Il est com­ment Mé­len­chon, en vrai ?

Elle s’en est bien sor­tie, elle. Cer­tains de ses semblables se sont dé­jà vu trai­ter d’« es­pion » ou de « pe­tite cer­velle ». Il lui est ar­ri­vé par­fois de re­ce­voir, après des re­por­tages, quelques sms mé­con­tents si­gnés Mé­len­chon, mais ja­mais rien n’a me­né, entre eux, à un froid dé­fi­ni­tif. Di­sons que, ne se sen­tant pas vi­sée, elle pré­fé­rait rire de ses charges contre la cor­po­ra­tion jour­na­lis­tique, ren­gaine par ailleurs stra­té­gique des dis­cours du can­di­dat à la pré­si­den­tielle.

Ac­cro au ca­fé

En 2011, la jour­na­liste Ma­rion La­gar­dère est char­gée par France In­ter de suivre le tri­bun. Elle s’at­ten­dait à quel­qu’un de « bour­ru » – donc « pas de sur­prise » – mais, avec le temps, elle a aus­si dé­cou­vert une « per­sonne po­lie, cor­diale », mon­trant un in­té­rêt pour ses in­ter­lo­cu­teurs. « Il cherche à sa­voir qui il a en face de lui, il ne mo­no­logue pas, il est dans le dé­bat d’idées. C’est as­sez rare chez les po­li­tiques ».

« Hy­per­ac­tif », « mi­li­tant in­tel­lec­tuel vou­lant vrai­ment chan­ger la ci­té », « char­re­tier et poète », « exu­bé­rant et pu­dique », fé­ru de science­fic­tion (l’ho­lo­gramme, on y était presque !)… La jeune femme des­sine aus­si le por­trait d’un homme très culti­vé avec qui les in­ter­views peuvent du­rer trois/quatre heures. « Mais on ne s’en­nuie ja­mais ! ».

« Tau­bi­ra n’étant pas can­di­date », la jour­na­liste lui dé­cerne aus­si la mé­daille de « meilleur ora­teur » de cette cam­pagne. « Il est ca­pable de te­nir en ha­leine un pu­blic et de li­vrer une vi­sion com­plète du monde. Après, on aime ou on n’aime pas… ». On ap­prend aus­si, au pas­sage, qu’il est ac­cro au ca­fé, a long­temps souf­fert d’arach­no­pho­bie et que la « foule le stresse ». La vie doit être dure en ce mo­ment pour le can­di­dat de la France in­sou­mise…

Il n’aime pas trop qu’on vienne le cher­cher sur le ter­rain de son ca­rac­tère, un brin érup­tif. « Il ne sup­porte pas… Il s’est beau­coup po­sé de ques­tions là­des­sus », confie Ma­rion La­gar­dère. Mais c’est une his­toire de « dy­ na­mique po­li­tique ». « Le mé­len­cho­nisme, écrit­elle, c’est mettre du conflit par­tout pour gé­né­rer des in­ter­ro­ga­tions. C’est par­ler “cru et dru” pour sor­tir les gens de l’ato­nie gé­né­rale, être contre le dik­tat de la me­sure, de la mo­dé­ra­tion, de la tem­pé­rance ». Elle note quelque chose de « par­ti­cu­lier » chez cet homme po­li­tique : « Il ne fait pas sem­blant quand il s’in­digne. Il veut ex­pri­mer la co­lère des gens et crie pour les mettre en mou­ve­ment ».

L’épreuve du mi­roir

Elle as­sume la sub­jec­ti­vi­té de son por­trait. « Une per­son­na­li­té est for­cé­ment com­plexe. Il est im­pos­sible d’en trou­ver la vé­ri­té ». D’au­tant que la cible est mou­vante. « Il mute beau­coup, il consulte, écoute, change. Sa plus grande peur est la sclé­rose in­tel­lec­tuelle ». C’est ain­si que l’ex­gros consom­ma­teur de viande, com­pre­nant l’en­jeu pour la pla­nète, pi­core du qui­noa. « Il a tou­jours le sou­ci de mettre ses actes en adé­qua­tion maxi­male avec ses pa­roles. Il veut pou­voir se re­gar­der dans un mi­roir, m’a­t­il sou­vent dit ». Elle ne sait pas s’il a lu le livre. Mais, « de toute fa­çon, il ne lui plai­ra pas ». À lire. Il est com­ment Mé­len­chon, en vrai ?, par Ma­rion La­gar­dère, Gras­set, 234 pages, 18 eu­ros.

« Sa plus grande peur est la sclé­rose in­tel­lec­tuelle » MA­RION LA­GAR­DÈRE Jour­na­liste et au­teure (©JF. Pa­ga)

MÉ­LEN­CHON. En mee­ting, mer­cre­di der­nier, à Stras­bourg. AFP

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