Des rou­tiers « im­puis­sants et désa­bu­sés »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Dossier - Ke­vin Las­tique

En l’es­pace de quelques an­nées, les rou­tiers fran­çais ont vu leurs ho­mo­logues des pays de l’est bous­cu­ler un sec­teur fra­gile. Entre in­quié­tude et in­com­pré­hen­sion, ren­contre avec des chauf­feurs au centre rou­tier de Tou­lon-sur-al­lier.

Si pour la plu­part d’entre nous ce ne sont que des ca­mion­nettes, pour eux, c’est leur gagne­pain qui avale les ki­lo­mètres aux quatre coins de la France.

À l’heure de l’apé­ro, et après avoir lar­gué leur se­mi sur le par­king at­te­nant, la force de frappe des pays de l’est fait par­ler au centre rou­tier de Tou­lon­sur­al­lier, tout près de Mou­lins. Entre deux his­toires de rou­tiers, les ca­mion­nettes, bâ­chées et im­ma­tri­cu­lées en Po­logne le plus sou­vent, font ré­agir. Râ­ler même.

« Ils prennent tous les mar­chés, pour les pe­tits lots et le co­li­sage », constate Oli­vier, qui passe la nuit dans le Bour­bon­nais avant de re­joindre Lyon. « Ils font le même tra­vail que nous, mais ils n’ont pas de contrôle. Ils peuvent rou­ler quinze heures de rang, les di­manches… On ne peut pas lut­ter, ajoute son col­lègue, Da­vid. Ils font par­tie de l’eu­rope, et pour­tant ils ne sont pas sou­mis aux mêmes règles. Et ça fait des an­nées que ça dure. »

Une si­tua­tion qui a de quoi in­quié­ter les chauf­feurs rou­tiers fran­çais. Des rou­tiers qui ne chargent pas, pour au­tant, leurs ho­mo­logues po­lo­nais, rou­mains ou bul­gares. Bien au contraire.

Ces chauf­feurs qu’ils croisent sans vrai­ment les connaître, les rou­tiers fran­çais ne les jugent pas. Mieux ils les com­prennent.

« Bien sûr le tra­vail qu’ils font, c’est au­tant de tra­vail en moins pour nous, lance le Sté­pha­nois Ma­nu. Mais je ne les in­cri­mine pas eux, ils le font pour man­ger et s’en sor­tir. Ce qui me gêne, c’est plu­tôt les pa­trons fran­çais qui en pro­fitent. »

« À la place des Po­lo­nais, on fe­rait pa­reil, conclue Syl­vain. Si on me di­sait : “va tra­vailler en Po­logne ou en Rou­ma­nie et tu ga­gne­ras six fois ton sa­laire”, je n’hé­si­te­rais pas. »

« À la place des Po­lo­nais, on fe­rait pa­reil »

TOU­LON-SUR-AL­LIER. À par­tir de 18 heures, chaque jour de la se­maine, le centre rou­tier, es­cale pour les chauf­feurs, au sud de Mou­lins, entre RCEA et RN 7, se rem­plit. PHO­TO FRAN­ÇOIS-XA­VIER GUTTON

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