Au bon sou­ve­nir des ton­tons flin­gueurs

Al­phonse, Ro­bert, Ray­mond, Si­mon et Pierre ont « fa­bri­qué » Su­per­besse

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Ces Gens D'en Haut - Jean-paul Gon­deau

L’an­cien maire de Besse, An­dré Gay, les sur­nomme « les ton­tons flin­gueurs ». Ro­bert, Al­phonse, Ray­mond, Si­mon et Pierre ont été les pre­miers à « fa­bri­quer » (sic) Su­per-besse en 1960. En pleine forme, le quin­tet nous en ra­conte de belles.

L’hi­ver fut si ex­ces­sif en 1962 à Su­per­besse qu’un jour de tour­mente on ap­pe­la à la res­cousse un dé­ta­che­ment du 92e RI de Cler­mont pour ai­der au dé­nei­ge­ment des pistes. « Des gars pas bien ré­sis­tants qui nous ont joué la re­traite de Rus­sie à quatre pattes », ri­cane en­core un té­moin de l’épo­pée, l’im­pi­toyable Al­phonse.

Un hi­ver comme il n’y en a plus beau­coup dans le haut pays bes­sard… « Les câbles des té­lé­skis étaient si épais de givre qu’on n’en fai­sait pas le tour avec les bras », mime Ro­bert avec les deux siens. « Mais tu as les bras courts », le ta­quine An­dré Gay, l’an­cien maire de Besse qui n’a pas son pa­reil pour ti­son­ner les braises.

« Plus de tours que de mi­racles »

Nous sommes en cé­nacle his­to­rique, ce ven­dre­di à la mai­rie de Besse. Au­tour de l’im­po­sante table du con­seil mu­ni­ci­pal, Ro­bert Sal­do, 93 ans, Ray­mond Fal­goux, 90 ans dit « To­tor », Al­phonse Char­bon­nel, 87 ans, Si­mon Cha­baud, 83 ans, et le « ju­nior » Pierre Vi­gier, 77 ans, sla­loment entre dates, noms propres et anec­dotes. Les « ton­tons flin­gueurs » (si­gné An­dré Gay) ap­par­tiennent à l’illustre confré­rie des pre­miers bâ­tis­seurs de Su­perBesse.

Le quin­tet a eu l’art de nous ré­jouir. Un ex­trait : « un jour, j’ai vou­lu ar­rê­ter le mé­tier et re­des­cendre (sic), j’en avais marre de ces abru­tis qui nous com­man­daient », s’em­porte To­tor, ex­tra­ceur­da­meur­bu­che­ron. « Mais j’étais l’un de ces abru­tis, rap­pelle­toi ! », le cor­rige Al­phonse, chef du ser­vice des pistes en 1966.

Tous étaient d’un bois dur et co­riace, la plu­part pay­sans mon­ta­gnards for­més à la rude ayant ap­pris à skier sur des planches de frêne. « Des douves de ton­neaux », vous épate le doyen, Ro­bert Sal­do, treize fois cham­pion d’au­vergne de ski de fond. « Ce­lui­là, il skiait na­ture », le vante jo­li­ment son co­pain, Al­phonse Char­bon­nel.

Ro­bert fut le pre­mier em­ployé de la so­cié­té Pa­vin­san­cy, fon­dée en 1960 pour faire du cirque de la Biche, ber­ceau de Su­perBesse, une sta­tion ca­pable de ri­va­li­ser avec « l’autre cô­té », en­ten­dez par là le Mont­dore. Ce pe­tit bon­homme à l’oeil ma­li­cieux ac­com­mode ses sou­ve­nirs de for­mules el­lip­tiques, du genre « on a fait plus de tours que de mi­racles ». Im­pos­sible d’en sa­voir plus.

« Des gars pas bien ré­sis­tants qui nous ont joué la re­traite de Rus­sie »

Dans la trace de Ger­main Gau­thier, cham­pion d’au­vergne de fond de 1936 à 1939 qui fut le tout pre­mier à re­con­naître les pistes de Su­per­besse, Pa­vin­san­cy a mis les bou­chés doubles : dès l’an­née 60, la route d’ac­cès est cons­truite, la gare su­pé­rieure est amé­na­gée, les re­mon­tées mé­ca­niques sont ti­rées… « Son­gez qu’il n’y avait que de la fo­rêt et le bu­ron… Tou­jours là, d’ailleurs », guide sur les lieux An­dré Gay, ga­min de vingt ans à l’époque.

Par­mi les ac­tion­naires de Pa­vin­san­cy, des hommes d’af­faires cler­mon­tois comme Re­né Chi­bret, de la fa­mille des cé­lèbres la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­ti­ ques, Mau­rice Mi­chy, père du pré­sident du Cler­mont­foot, et Claude Wolff, l’an­cien maire de Chamalières alors ex­pert­comp­table de la so­cié­té.

Le 25 dé­cembre 1961, jour de l’inau­gu­ra­tion, la neige laisse à dé­si­rer mais une té­lé­ca­bine et trois té­lé­skis as­surent néan­moins la des­serte de la Per­drix. Ro­bert Sal­do sou­pire : « Peu après, un té­lé­ski est tom­bé en rade à cause du gel. C’était le bliz­zard ! Comme le chasse­neige ne pas­sait pas, le maire, Al­fred Pi­pet, nous a de­man­dé de mon­ter de Besse pour le ré­pa­rer. Nous, les six em­ployés de la sta­tion, avons grim­pé à pied et à ski ! Per­sonne ne vou­drait le faire au­jourd’hui ! ».

Un an plus tard, ouvre le pre­mier des trois hô­tels, à l’en­seigne « Le Sa­bri­na ». À la va­vite se­lon Al­phonse : « les clients at­ten­daient à l’en­trée, va­lises à la main alors qu’il était en­core en chan­tier… ». « Le Sa­bri­na » est tou­jours de ce monde.

À l’heure du dé­jeu­ner, dans un res­tau­rant en­va­hi par des sco­laires mont­lu­çon­nais, Dé­dé Gay n’a pas ré­sis­té, pous­sé au crime par Si­mon Cha­baud, ex­di­rec­teur de la sta­tion : « il fal­lait bien qu’il y ait quatre mètres de neige pour skier parce que vous n’en­le­viez pas les souches ». Cris et pro­tes­ta­tions de To­tor ! An­dré Gay s’en est sor­ti in­demne.

PHO­TO PIERRE COUBLE

CARTE POS­TALE. Ro­bert, Pierre, Ray­mond dit « To­tor », Si­mon et Al­phonse sur la digue de la sta­tion.

NOIR ET BLANC. Sor­tie de la té­lé­ca­bine au som­met pen­dant l’hi­ver 1962. La neige était si abon­dante qu’il a fal­lu creu­ser un tun­nel. Se­lon Ro­bert, « on a connu 11 mètres de neige à La Per­drix en 63 ». « Une congère », a re­la­ti­vi­sé An­dré Gay.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.